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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 06:29

 

Médiapart a récemment publié un entretien avec Christoph Butterwegge, candidat de Die Linke, sur la pauvreté en Allemagne. Extraits :

 

On parle peu de pauvreté en Allemagne, on la voit aussi assez peu …

 

Je vous garantis qu’il y a des endroits où on peut la voir. Bien sûr, quand je parle de pauvreté ici, je ne parle pas de pauvreté comme à Calcutta où vous avez des gens qui meurent de faim au coin de la rue. La pauvreté à Cologne, par exemple, c’est une pauvreté qui se dissimule bien. On se cache parce que l’on a encore plus honte d’être pauvre quand on vit dans une société riche et peu solidaire. Par ailleurs, Heinrich Heine n’a pas écrit pour rien que l’Allemagne est le pays de l’obéissance. Ici, on ne se révolte pas. Et la société allemande a tendance à estimer que celui qui est pauvre n’a pas mérité autre chose, parce qu’il a dû commettre des erreurs, parce qu’il ne sait pas gérer son argent, parce qu’il a bu sa paye, parce que c’est un parasite social, etc. À l’opposé, la richesse est considérée comme la juste récompense de l’effort. Pauvreté et richesse sont appréhendées dans une perspective qui ramène tout au niveau de l’individu et qui ne tient pas du tout compte des conditions générales réelles d’acquisition de la richesse ou de soumission à la pauvreté. C’est absurde. Ainsi, de nombreux laissés-pour-compte se sentent responsables et se perçoivent comme des perdants. Si l’on ne réagit pas, la pauvreté a un effet de dissolvant sur la solidarité et le lien social. La pauvreté a de multiples visages, mais quel que soit ce visage, et quel que soit le niveau de pauvreté, notre devoir est de la combattre.

 

 

En comparant les taux de chômage français et allemand, certains estiment que la méthode Schröder et les réformes brutales de l’Agenda 2010 étaient, en dépit de tout, la bonne méthode. Qu’en dites-vous ?

 

Les réformes du marché de l’emploi lancées par Schröder, et préparées par son chef de cabinet Frank-Walter Steinmeier, ont un peu aidé à réduire le chômage. Mais en échange, elles ont plongé une importante partie de la société dans la précarisation et ce pour trois raisons. D’abord, elles ont déclenché une dérégulation catastrophique du marché du travail. Celle-ci a conduit à la constitution d’un des plus larges bassins d’emplois précaires d’Europe. On estime que le secteur précaire commence sous un salaire horaire brut de 9,30 euros. En Allemagne, cela concerne près de 24,3 % des actifs, soit une personne sur quatre ! Désormais, à la place d’un emploi à plein temps soumis à cotisations sociales, on trouve souvent un emploi précaire sous l’une de ces innombrables dénominations : minijob, midijob, intérim, contrat de prestation de services, temps partiel imposé, etc. Ceci conduit à la pauvreté, et plus tard à la pauvreté des personnes âgées. La seconde raison de la précarisation est le démontage de l’État social. Par exemple avec l’introduction de Hartz IV, qui a conduit à la suppression de l’aide spécifique aux chômeurs de longue durée. Celle-ci garantissait une couverture et un statut un peu plus décents, un cadre pour de vraies mesures de réinsertion et non, comme aujourd’hui, une allocation d’assistance qui est d’ailleurs la même que ce que reçoit quelqu’un qui n’a jamais travaillé.

 

Notre État social ne doit pas être démonté, mais transformé et amélioré. Je plaide ainsi pour la création d’une assurance citoyenne qui élargisse l’obligation de cotisation à absolument toutes les professions et tous les statuts, c’est-à-dire aussi les indépendants, les fonctionnaires, les députés ou les ministres, mais aussi à toutes les formes de revenu, ceux du travail et ceux du capital. La troisième cause de la fracture sociale est la politique fiscale. Depuis plusieurs années, tous les gouvernements ont réduit, ou même supprimé, les impôts pesant sur les bénéfices du capital qui sont aujourd’hui à un taux de 25 %. C’est beaucoup moins que la pression fiscale qui pèse sur les revenus du travail. De même, l’ISF n’est plus prélevé, les droits de succession sur les entreprises sont insignifiants et le taux plafond de l’impôt sur le revenu a été abaissé de 53 % à 42 %. Si j’étais élu, j’attirerais l’attention du gouvernement et des députés sur la nécessité absolue d’inverser cette tendance. Face aux populismes et à la pauvreté, les dirigeants politiques actuels appellent à une société plus solidaire. Mais ils ne proposent rien.

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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chb 19/02/2017 02:24

Ils "appellent à une société plus solidaire. Mais ils ne proposent rien."
Certain P"S" propose une (folle) mesure de redistribution. Ca peut être une alloc de 800 ou disons 600 euros pour chacun, à réduire à 400 par pragmatisme en attendant. Et hop la sécu se diluerait davantage, dans une aumône que la droite la plus patrono-libérale appelait de ses voeux en lieu et place de salaire décent.
Pendant que la politique passe au rang de "métier", le devoir du citoyen dans l'urne devient vachement ardu. Du coup, il se raccrocherait à n'importe quel thaumaturge, LePen ou Macron...

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