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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 06:48

C’est un très bon article de Lucie Delaporte dans Mediapart qui m’a incité à rebondir sur un fait divers qui ne fait pas diversion et dont on n’est pas près d’avoir fait le tour.

 

Comme beaucoup, lorsque j’ai découvert que la femme de François Fillon se prénommait Penelope (la prononciation anglaise est magnifique à l’oreille), m’est revenue en mémoire la facétieuse complainte de Brassens, encore plus prémonitoire que l’entretien accordé à la journaliste anglaise :

 

Toi l'épouse modèle

Le grillon du foyer

Toi qui n'as point d'accrocs

Dans ta robe de mariée

Toi l'intraitable Pénélope

En suivant ton petit

Bonhomme de bonheur

Ne berces-tu jamais

En tout bien tout honneur

De jolies pensées interlopes

De jolies pensées interlopes...

 

En toute honnêteté intellectuelle, je dois confesser (filons la métaphore religieuse, cela ne fera pas de mal) que frôler le monde de Fillon est pour moi encore plus hasardeux que si je me rendais chez les Bororos. Je ne « décrypte » pas (comme on dit dans les médias neuneux) spontanément. Les familles de notaire, le centre-ouest catholique intégriste (ah, mes randonnées à vélo en Vendée le dimanche matin, personne dans les rues, tout le monde à la messe !), la droite dure, ce monde où la femme idéale (n’est-ce pas Chirac ?) est celle de « l’ancien temps, dure à la peine, qui sert les hommes à table, ne s’assied jamais avec eux et ne parle pas », tout cela m’est très étranger. Après tout, sur la désormais célèbre photo montrant les six membres de la famille Fillon au cours d’une garden party devant la désormais célèbre « maison » dont la valeur vénale est passée en une semaine de 600 000 à 750 000 euros (750 000 euros, my foot !), la seule personne debout n’est autre que Penelope.

 

Depuis que le scandale des activités monstrueusement surpayées de l’« assistante parlementaire » a éclaté, des élus de droite et des médias complaisants ont vanté, ad nauseam, la « discrétion » de Penelope, à leurs yeux le commencement et la fin des vertus cardinales du “deuxième sexe”. La pauvre Ségolène Royal, fille de militaire d’extrême droite, a embrayé : en demandant le respect pour Penelope, elle l’a ramenée à sa condition de « mère de famille respectable » ignorante des montages diaboliques de son mari aimant. Nous sommes à Sablé dans une droite aux antipodes de celle de Macron, celle des familles recomposées, urbaine, où un homme n’hésite pas, dans une démarche transgressive plutôt courageuse, il faut bien le dire, à épouser une femme un quart de siècle plus âgée que lui. En profondeur, Fillon est le candidat de certains banquiers et financiers (qui n’ont jamais autant prospéré que sous les Solfériniens) comme le montre l’article du Monde Diplomatique “De qui Fillon est-il le prête-nom ? ; en surface, le fils de notaire est le représentant de la France des manoirs et de valeurs proches de celles du pétainisme. Cela dit, on n'entre pas chez les Fillon comme dans du beurre : anglicane, Penelope Fillon dut se convertir à la religion catholique, ce qui, si l'on excepte une poignée de grands intellectuels ou créateurs au XXe siècle, reste une démarche très rare outre-Manche.

 

Je n’irai pas jusqu’à dire que, pour Penelope, Emma Bovary, c’est elle, mais on admettra sans peine qu’elle a un long et lourd passé de discrétion, et sûrement de soumission, comme tendrait à prouver cette courte séquence qui a fait le tour du monde où l’on voit François, non pas prendre la main de Penelope, mais se saisir fermement de son poignet. A-t-il fait de même lorsqu’elle lui a apprit que, onze ans après la venue au monde de leur quatrième enfant, elle en attendait un cinquième ? L’histoire le dira peut-être un jour. Quand le monde clos des Fillon, où l'une des sœurs de Penelope a épousé un des frères de François, aura fini d'exploser.

Le “mystère”  Penelope Fillon

 

Ce qui m'a frappé dans l'interview avec la journaliste anglaise – outre qu'elle dévoile rétrospectivement le pot aux roses (the skeleton in the closet) – c'est que Penelope Fillon se montre franchement décontractée avec une journaliste qu'elle ne connaît pas ou, en tout cas, pas plus que cela. Nous sommes loin de la personne timide, effacée, qui ne veut pas parler en public. Nous sommes sûrement au plus près de la jeune Anglo-Galloise de dix-huit ans qui a quitté le cocon familial pour étudier en France. Dans cet entretien, elle se livre en creux et en bosses. Au débotté, elle nous informe que, si elle a voulu reprendre des études (de littérature anglaise, of all subjects !), c’est pour montrer à ses enfants, diplômés comme il faut, qu’elle n’était pas une cloche (« that stupid »). C’est que, vraisemblablement, c’est ainsi qu’ils la percevaient. Il faut dire que, dans le monde de la ruralité fillonesque de la Sarthe, une épouse, même si elle a réussi une capacité d’avocat, est d’abord une mère. « Si je n’avais pas eu le dernier, je serais sans doute allée chercher un travail », dit-elle avec une pointe d’amertume. Par parenthèse, les soutiens de Fillon n’ont pas été intrigués que Penelope ait souhaité trouver un emploi… alors qu’elle travaillait pour son mari depuis dix ans, pour un salaire plus que confortable, mais sans adresse électronique, ce qui est singulier de nos jours. Comme elle le dit dans l’entretien, le travail était lui-même confortable : elle glissait de temps en temps des prospectus dans des boîtes au lettres, mais surtout elle s’asseyait au fond des salles où s’exprimait François car elle aimait bien écouter comment les gens réagissaient. Une tâche fort prenante, que dis-je, éreintante ! Et lorsqu’elle reconnaît ne s’être jamais occupée de sa communication, alors que lui affirme – droit dans ses bottes – le contraire, elle a un petit rire triste sur elle-même signifiant : « j’en eusse été bien incapable ».

 

Elle est mélancolique, au sens vrai du terme. En quittant l'Angleterre, elle s'est sûrement quittée elle-même. François a saisi un poignet inerte. Jean-Jacques Rousseau aurait dit que son vague à l'âme était peut-être sa volupté, sa jouissance secrète. A-t-elle, à ses yeux, manqué de reconnaissance, gâché sa vie de femme (pas d’épouse ou de mère) ? On finira par le savoir, forcément.

 

PS : un entretien d'octobre 2016 avec Penelope Fillon. Á l'évidence, elle sait penser par elle-même !

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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commentaires

Adario 08/02/2017 10:56

Fillon, Macron, Macron, Fillon and Co ! et la turlutte pour attraper la seiche, cette experte du camouflage qui, paraît-il, n'en mène pas moins une vie bien remplie. Turlututu chapeau pointu ! Tout ça pour enfumer Margot à défaut de la faire pleurer.

jean-jacques clement 08/02/2017 10:50

A y voir la photo de deux choses l'une: il n'y a que 5 fauteuils de jardin pour 6 personnes. Il est clair que FF après s'être payé son manoir n'a plus les moyens de s'acheter un fauteuil supplémentaire. Ou alors il y a mauvaise éducation des enfants: la politesse voudrait que l'un au moins se lève pour laisser son siège à la mère. Tout fout le camp même chez les aristos.

Gensane 08/02/2017 11:00

Chez les pseudo, les snobs (latin sine nobilitate).

AF30 08/02/2017 09:55

Je me dis depuis le début de cette affaire que toute la famille - père, mère, enfants - sachant que le père ment - car il ment - l'ambiance autour de la table familiale ne doit pas être très détendue. Si on y ajoute un pincée de morale chrétienne je pense que la 'maison' doit être sous une sacrée pression. Quant à Pénélope, il est difficile de se faire une opinion aussi détestable que pour son mari.

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