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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 05:48

Pascal Maillard vient de publier dans Mediapart un article sur la politique universitaire de Macron. Rien à attendre du banquier si ce n'est une privatisation accrue de l'enseignement supérieur et la défonctionnarisation totale des universitaires.

 

Je crains que la résistance ne s'organise pas : dans mon université d'origine, lors d'élections professionnelles récentes, les maîtres de conférences ont émis des votes modérés tandis que les professeurs votaient à gauche. Les jeunes enseignants ne savent plus à quels saints se vouer, ils ont peine à penser des revendications collectives et ils craignent – à juste titre, il faut le dire – pour leur carrière s'ils bougent un cil.

 

 

Emmanuel Macron, affiche un positionnement « ni droite, ni gauche ». Or son programme pour l’Enseignement supérieur et la Recherche ne comporte aucune ambiguïté : il prolongera et aggravera les politiques néolibérales de ces dix dernières années, en faisant sauter les derniers verrous des cadres nationaux de l’ESR et en mettant en œuvre une politique radicale de « défonctionnarisation ». 

 

Le programme pour l’Enseignement supérieur et la Recherche d’Emmanuel Macron porte le titre suivant : « Donner aux universités une autonomie réelle ». Le concept d’autonomie doit ici s’apprécier à l’aune de ce que le candidat préconise pour les établissements primaires et secondaires : une autonomie administrative forte, mâtinée de contractualisation, possible prélude à une privatisation de l’enseignement. L’autonomie des universités sera quant à elle élevée au carré, avec des modèles de gouvernance à la carte et un recrutement des présidents par des comités composés de membres extérieurs et internationaux. Exit le rôle des CA et les élections démocratiques. Il en ira de même avec le recrutement des enseignants-chercheurs, effectué en dehors de tout cadre national. Le candidat d’« En Marche » entend bien supprimer le Conseil national des universités (CNU), une proposition qui mettra le feu à l’université et qui suscite déjà une polémique et des réactions indignées, aussi bien des organisations syndicales que de certains présidents d’université.

 

Concernant le financement des universités, même si Emmanuel Macron entend « sanctuariser » le budget de l’ESR, il ne prévoit d’allouer des moyens supplémentaires à certaines universités que sur la base d’une contractualisation. Seules en bénéficieront les grandes universités de recherche, accentuant ainsi la dérive vers une Université française à deux vitesses : les grands pôles d'excellence et les petites et moyennes universités, transformées en collèges universitaires de premier cycle. Nous ne sommes donc pas étonné que Macron valorise les financements par appels à projets, au détriment des crédits pérennes. Un choix politique en totale continuité avec les réformes de Pécresse-Sarkozy  et Fioraso-Hollande, et bien sûr en totale cohérence avec les orientations européennes en matière de financement de la recherche. La libéralisation des offres de formation est également conçue comme un levier fort de l’autonomie des établissements. Sans que le programme ne l’explicite, nous comprenons que les cadres nationaux qui font la spécificité du service public de l’ESR seront considérablement affaiblis. Chose singulière pour un ancien Ministre de l’Economie, son programme n’est pas du tout chiffré.

 

Emmanuel Macron ou l'université entreprise

Fidèle à la ligne libérale et managériale des réformes de ces dernières années, le programme d’Emmanuel Macron décline l’excellence et l’innovation à tous les niveaux : « l’excellence en matière de formation, d’insertion professionnelle et de mobilité sociale, … l’excellence en matière de recherche fondamentale et d’innovation ». Cette rhétorique creuse de l’excellence et de l’innovation est aussi une caractéristique majeure des politiques destructrices de ces dernières années. Aucune « révolution » en ce domaine, sinon celle du néolibéralisme. Les modèles de l’ESR sont pour Macron « les pôles d’innovation comparable à la « Silicon Valley » ou la « Route 128 » aux Etats-Unis ». Il va même jusqu’à souhaiter « l’encouragement des chercheurs à l’entreprenariat ».L’université Macron est fortement orientée par une stratégie de professionnalisation et de soumission au marché de l’emploi et au secteur privé. Mettre encore davantage la recherche au service des entreprises du CAC 40, tel est l’objectif de Macron.

 

A noter que les propositions concernant la réussite étudiante sont indigentes : renforcement de l’offre de logements et plages horaires élargies pour l’ouverture des bibliothèques. Il est vrai que les étudiants bénéficieront de la possibilité d’évaluer les cours des enseignants-chercheurs et se verront attribuer des bourses au mérite, point commun avec les programmes de Le Pen et de Fillon. D'une manière plus générale, on observe des ressemblances frappantes entre les propositions pour l'ESR de Macron, Fillon et même Hamon. Une aggravation des politiques antérieures pour les deux premiers, une forte continuité pour le troisième. Alors que Mélenchon propose une rupture profonde avec les politiques néolibérales.

 

Le candidat du mouvement « En marche ! » poursuivra ainsi, en les aggravant, les logiques délétères des lois LRU et Fioraso. Mais son programme pour l’ESR ne relève pas seulement d’une conception néolibérale et entrepreneuriale de la recherche et de l’enseignement supérieur. L’université Macron est post-démocratique. Elle est « en marche » vers la « défonctionnarisation ».

 

Pascal Maillard

 

PS : Pour prolonger utilement cette analyse critique du programme de Macron sur l’ESR, on peut se reporter à l’étude très solide du Groupe Jean-Pierre Vernant. Je précise par ailleurs que mon billet constitue la reprise d’un article paru dans la revue Le Snesup qui a consacré un dossier à l’étude comparative des programmes pour l’ESR de 8 candidats à l’élection présidentielle. Le dossier peut être téléchargé en deux parties grâce à ce lien.

 

Source.

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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commentaires

Adario 16/04/2017 11:46

Sorry, un mot encore pour l'hôte de ce blog : "captcha" ?? !! Why ?

Adario 16/04/2017 11:41

Bien sûr que l'Université est "en marche vers la défonctionnarisation" !! A l'américaine ! Elle l'est déjà par ailleurs !! Comme son programme, les arguments de M. Macron sont d'une nullité crasse ! On attaque les candidats sur leur âge et donc dans leur intimité, style : " Lorsque M. Mélenchon était sénateur, j'étais encore au Collège ! " Cela montre l'irréflexion, la vacuité et l'ineptie de l'argument alors que le lambda a envie de lui crier : "n'importe quoi ! et ta femme elle avait quel âge et elle faisait quoi ?" Face à de tels arguments, si on est un crétin d'électeur, assez des consensus qui veulent qu'on attaque ni sur le physique ni à propos de la vie privée ! Ce sont quand même les citoyens qui supportent et supporteront, qui paient et continueront de payer faute de pouvoir se "faire la malle", parce qu'ils risquent beaucoup, justement dans leur intimité et leur intégrité, pour aller voir si le ciel est plus bleu ailleurs quand ce n'est pas tout simplement pour sauver leur peau ou... ce qu'il en reste.

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