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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 05:26

Une équipe de La France insoumise, dirigée par Bernard Cassen, vient de proposer un livret sur la francophonie : « Passer à la francophonie politique ».

 

Je propose ici la première partie du livret qui établit l’état des lieux.

 

 

Cette oligarchie qui parle le dollar

 

Dans son ouvrage Combats pour le français, Claude Hagège, professeur au Collège de France, cite l’écrivain britannique T. B. Macaulay qui, en 1835, assignait à la colonisation de l’Inde la mission de former « une classe d’individus indiens de sang et de couleur, mais anglais par leurs goûts, leurs opinions, leurs valeurs et leur intellect ».

 

 

Un peu moins de deux siècles plus tard, l’entreprise de colonisation des esprits des « élites » est devenue planétaire. Elle sert cependant moins les intérêts politiques du Royaume-Uni que ceux des États-Unis en tant que promoteurs et premiers bénéficiaires de la mondialisation néolibérale. Mais elle a toujours comme principal vecteur la diffusion de l’anglais, ou plus exactement de l’angloaméricain. Claude Hagège montre bien la « solidarité naturelle » qui, depuis l’économiste écossais Adam Smith (1723-1790) et son collègue britannique David Ricardo (1772-1823), «unit l’idéologie libre-échangiste et la langue anglaise ». Ces « assises libérales communes » sont confortées par les actions volontaristes de la nébuleuse des décideurs politiques et économiques anglo-saxons qui, eux, ont parfaitement compris les avantages – en premier lieu le formatage des esprits sur leur « modèle » – et la rente financière qu’ils retirent de l’imposition d’une langue unique mondiale, la leur, qui joue le même rôle que celui du billet vert comme monnaie de réserve dans le système financier international.

 

 

En France, les situations quotidiennes où le libéralisme impose l’anglais sont nombreuses : industrie du divertissement, publicités, documents de travail dans les grandes entreprises, ou encore pratique de naming de produits, etc.

 

 

Une langue est plus qu’un simple code pour l’échange d’informations : elle constitue le creuset même de l’identité de chacun. Nombreuses sont même les personnes qui en maîtrisent plusieurs. On ne voit pas et on ne pense pas le monde, pas plus que l’on ne crée ou n’invente de manière identique à travers le prisme du norvégien et à travers celui du quechua ou du chinois. Ce qui est vrai des individus l’est aussi des communautés et des nations. Pour le grand historien Fernand Braudel, « la France, c’est la langue française ». Tout comme, pour Umberto Eco,

« l’Italie c’est avant tout une langue ». Pourtant, en France, les « élites » ont tôt fait de qualifier de « nationalisme » l’attachement des peuples à leur langue, alors que c’est parfois tout ce qui leur reste pour « faire société » et s’inscrire dans une histoire partagée.

 

 

Passer à la francophonie politique

Un exemple affligeant entre mille de la démission de ces « élites » est le choix d’un slogan en anglais (Made for sharing), projeté sur la Tour Eiffel, pour le dossier de candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024 et cela dans la patrie de Pierre de Coubertin, initiateur des Jeux olympiques modernes dont le français est la langue officielle ! Pire encore, en choisissant de basculer leur documentation interne à l’anglais des entreprises s’affranchissent de la loi Toubon, qui stipule pourtant que « le français est la langue du travail et des échanges ». C’est même le cas dans des entreprises dans le conseil d’administration desquelles des représentants de l’État siègent. C’est une souffrance au travail supplémentaire pour des francophones d’être contraints de travailler dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas aussi bien que leur langue maternelle. L’indignité va jusqu’à mener des réunions en anglais en France, dans des firmes françaises, très souvent entre des salariés qui sont tous francophones ou français.

 

 

Les instances européennes cherchent à casser les jugements contre les délinquants linguistiques condamnés en France au titre de la loi Toubon et qui allèguent au niveau européen la « concurrence libre et non faussée ». Mais outre-Atlantique la solidarité anglophone est un puissant ciment politique. Ainsi, ce n’est certainement pas un hasard si le réseau d’espionnage de la National Security Agency (NSA), employant plusieurs dizaines de milliers d’agents et doté de puissants moyens de communication dématérialisé comme Internet ou par satellites, a pour seuls partenaires à part entière des pays anglo-saxons – l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni – pour lesquels les États-Unis sont une seconde patrie. Nous aussi faisons de la francophonie un grand espace géopolitique !

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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