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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 05:39

J'ai plaisir à reproduite un article de Philippe Meyer paru dans La Montagne le 21 mai 2017.

 

The Voice, The Wall, The Battle, Focus, Secret story, Money drop, Wish list, The Island, Cash investigation, The Voice kids, The Island, Punchline, AcTuality, les chaînes de télévision rivalisent de titres d’émission en anglais. C’est une maladie hautement contemporaine et nos rues regorgent d’enseignes anglicisantes : Carrefour-city ou Street-food, Bodyshop, Best-buy ou Space Hair. Ajoutons-leur les innombrables titres de films que les distributeurs ne prennent plus la peine de traduire, en tout cas pas en français : le long métrage tchèque intitulé « Stasti », mot qui signifie « bonheur », a été commercialisé en France sous le titre « Something like Happiness ». Nous transposons en anglais jusqu’aux titres… anglais. « Hang over » (« Gueule de bois ») est devenu « Very bad trip » ; « No Strings attached » («Sans engagement ») s’est affiché comme « Sex friends » ; « The boat that rocks » (« Le bateau qui tangue ») s’est mué en « Good morning England », quant à « Made in Dagenham » (« Fabriqué à Dagenham » – une banlieue de Londres), il fut rebaptisé « We want sex equality ».


Les Québécois se paient notre tête, eux qui ont fait de « Fame », « La Fièvre des planches », de « Crossroads », « La Croisée des chemins », de « In the cut », « A vif », de « In her shoes », « Chaussure à son pied » et de « Missing », « Porté disparu », tandis que nous avons conservé les titres anglais de ces longs métrages. Sans doute les Canadiens francophones n’ont-ils pas toujours été bien inspirés et «Ferrovipathes» ne donne guère envie de voir « Trainspotting », tandis que « Fiction pulpeuse » est une traduction aussi erronée que comique de « Pulp Fiction », qui désigne en anglais ce que nous appelons les romans de gare.

Signe de reconnaissance


Le cinéaste Luc Béraud observe que, du temps où nous traduisions systématiquement les titres de films étrangers, nous n’avions pas toujours non plus la main heureuse. « My Darling Clementine », devint « La Poursuite infernale », quoique ce film soit dépourvu de poursuite aussi bien que de vision de l’enfer ; «Stagecoach to Kansas », (« Diligence pour le Kansas »), devint « Tonnerre sur le Texas », et « No Way out » (« Sans issue ») s’appela à Paris « La Porte s’ouvre » ! Sans parler de « Wish you were there », (« Je voudrais que tu sois là »), devenu en France, sinon en français, « Too much ! ». On voit par là de quoi le mieux est l’ennemi.


Ce n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain. Les abus de dénominations à l’anglaise sont comme la prolifération de rubans sur les vêtements des marquis de Molière : des artifices destinés à montrer qu’on fait partie des gens en vue puisque l’on parle le sabir qui leur tient lieu de signe de reconnaissance. Parler de « benchmarking » vous pose son homme. Comparaison ferait parfaitement l’affaire mais manquerait d’allure, ne suggérerait pas que l’on est dans la mondialisation comme le poisson dans l’eau. Le comique involontaire de ce patois des gens désireux de paraître importants n’a guère de rapports avec la langue à laquelle ils croient emprunter leur vocabulaire.


Mon ami Alex Taylor, si polyglotte qu’il en est hexalingue, ne cesse de s’émerveiller devant notre penchant pour des mots en – ing. « Après un footing autour du camping, il gara sa voiture au parking. Après avoir consulté son planning, il passa au pressing récupérer son smoking. » Aucun Anglais n’utiliserait un seul de ces vocables qui nous semblent sonner si britannique. Il dirait : « After his jog around the camp-site, he left his car in the carpark. Then he checked his schedule and went to the dry-cleaner to get his tuxedo [1] back. » Cette fausse anglicisation en expansion constante est bouffonne. Pour nous sauver du ridicule, il est temps de pousser un cri : « Help ! » Le ciel vous tienne en joie.

 

Philippe Meyer

 

 

[1] Pardon, cher Philippe, mais un Britannique n'aurait pas utilisé le mot “tuxedo ” qui est zunien, à moins d'être américanisé lui-même. Outre-Manche, on utilise “dinner jacket".

L'aliénation linguistique, ça continue et ça s'amplifie !

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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commentaires

Torsade de Pointes 31/05/2017 13:00

À Bruxelles, ville très majoritairement francophone, les eaux d’Évian mènent en ce moment une campagne publicitaire entièrement en anglais. Les affiches comportent une série de photos totalement ridicules dont on cherche en vain le sens. Inutile de préciser que l’accent aigu a disparu du mot Évian. Ce n’est hélas ! pas un cas isolé ; plusieurs autres marques françaises ne se profilent plus qu’en anglais et on a l’impression parfois qu’elles s’efforcent à cacher soigneusement leurs origines françaises. Est-il prouvé qu’une telle attitude fait vendre ? Cela n’a-t-il pas plutôt pour effet de pousser le consommateur à acheter des produits authentiquement anglo-saxons, puisque l’usage d’anglais par des marques françaises suggère indirectement que les productions anglo-saxonnes sont préférables ? En outre, par cet acharnement à rendre partout le français invisible, il n’y a plus d’incitation pour les non francophones à apprendre le français, donc à faire des séjours linguistiques en France, à acheter des livres et revues en français, à aller voir des films français etc. À combien se chiffre la perte de recettes ?

Gensane 31/05/2017 15:44

Parfaitement d'accord avec vos hypothèses. Ça fait du bien de vous retrouver, cher Torsade.

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