« Je suis pour un rapport à l’autorité construit à l’école ». Emmanuel Macron au Grand Oral du Medef.

 

Dans un précédent article nous pointions déjà les dysfonctionnements de la plate-forme APB qui ont amené près de 87000 bacheliers dans l’attente, jusqu’au 19 juillet, pour avoir une proposition d’affectation dans une Université, ainsi que le manque de moyens donnés aux universités, encore amputées financièrement. Nous prédisions à long terme une destruction de l’enseignement supérieur. Eh bien l’on peut penser que bientôt il en sera de même du baccalauréat, premier grade universitaire, l’épreuve reine de la scolarité française.

 

Macron, lors de son passage au Grand Oral du Medef, avançait, entre autres, vouloir reconstruire un savoir à l’école, mais un savoir utilisable pour l’entreprise (les fameuses « compétences »), avec à la clé une accentuation de la mise en compétition des élèves, et tous les effets néfastes qu’elle apporterait sur le collectif, l’augmentation des stages durant le secondaire et une présence plus accentuée des entreprises à l’école. Dans le programme de l’ancien Ministre de l’Économie on retrouve l’idée d’imposer seulement quatre matières obligatoires au bac, le reste étant évalué par contrôle continu. Ce contrôle continue nous est justifié encore une fois par le soi-disant coût « exorbitant » du Bac.

 

Jean-Michel Blanquer, ancien directeur de l’école de commerce l’Essec et nouveau ministre de l’Education nationale, lors d’une interview, émettait son souhait de mettre très rapidement en place, en parallèle du contrôle continu, un bac « plus musclé » : un simple tour de passe-passe visant à faire passer la pilule de la sélection à l’entrée de l’université, véritable enjeu de la réforme du Bac et de l’enseignement supérieur.

 

Jetons un œil ensuite sur le fameux « Contrat de réussite étudiant ». Celui-ci repose sur quatre points : 1) les souhaits du futur étudiant, 2) les exigences de chaque cursus, 3) la capacité d’accueil des formations et 4) prendre « en compte sans s’y réduire, les attentes et les besoins exprimés par la société et l’économie française ». Ce dernier point trahit clairement une idée de mise en concurrence entre les jeunes concernés et qui aura pour effet, non pas de faire « sortir du lot » les meilleurs éléments, mais de créer un fossé entre les jeunes ayant de bonnes conditions pour étudier et ceux n’en ayant pas, cela alors que le « bac donne l’accès de droit en licence car c’est le premier grade de l’enseignement supérieur ». Ce projet va à l’encontre d’une orientation librement choisie sur le long terme à la fois pré-bac et post-bac.

 

On remarquera également que depuis plusieurs années l’entreprise s’installe à l’école. Citons dans le cas du Collège le fameux (et inutile) stage découverte d’une semaine en entreprise pour les élèves de troisième, institué en 2005, et qui fait chaque année perdre de l’argent aux écoles, du temps pour les élèves qui d’une part perdent des heures de cours et d’autre part, lors de ces stages, n’apprennent la plupart du temps rien car ils sont relégués aux tâches subalternes. *** Parlons aussi de l’« esprit d’entreprendre » qui a pris attache dans le secondaire sous Sarkozy. La présence dans les lycées d’associations idéologiques comme « Entreprendre pour apprendre », dont l’activité est entre autres d’aider les lycéens à faire une sorte de mini-entreprise au sein de l’établissement, avec une répartition du travail non par connaissances mais par traits de caractère, ce qui est typique du management capitaliste, n’est pas anodine.

 

Attention, si destruction du baccalauréat il y a ce n’est point forcément par une baisse de niveau, quand bien même l’acquisition de la langue et de certaines bases a baissé à cause de classes surchargées et de programmes ne s’attardant pas assez sur certains points, car le niveau de culture est lui relativement élevé par rapport à avant. Le vrai problème c’est que continuer à dire « tu auras un bon travail si tu bosses bien à l’école » est à l’heure actuelle une pure escroquerie. Non, actuellement, on a une surqualification à l’embauche et une déqualification à l’emploi, c’est-à-dire qu’une personne ayant un haut niveau universitaire doit prendre un travail à qualification inférieure, prenant ainsi l’emploi de celui qui a les qualifications requises ! Nous ne saurions qu’inciter le lecteur à regarder la très bonne vidéo sur le sujet réalisée par le camarade Loïc Chaigneau : « Travaille à l’école, tu auras un bon job... OU PAS ! »

 

Au fond la bourgeoisie souhaite détruire le bac parce qu’il ne répond plus aux exigences du patronat et représente encore trop cette idée que tout un chacun, même le plus modeste d’entre nous, peut accéder aux études supérieures. Elle essaye de conserver son pouvoir en le transformant, par l’intermédiaire d’une mise en place d’une présélection à l’entrée en Université (ou désormais en Master, l’obtention de la licence ne permettant plus de droit l’entrée en Master) et en implantant l’entreprise à tous les échelons de l’école afin de créer, au plus tôt, des générations pour qui « l’école est faite pour trouver un travail », en réalité des serviteurs.

 

L’école est faite pour instruire et enseigner, pour former la jeunesse à sa future citoyenneté !