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26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 05:56

 

En ces temps absurdement politiquement corrects, la question n’est pas aussi farfelue qu’elle en a l’air. On vient d’apprendre que le vénérable collège va enlever des bustes de fondateurs blancs au motif qu’ils « intimident les minorités ethniques ». Pourquoi pas, en effet ? Tenez, moi, l’autre jour, je me promenais dans je ne sais plus quelle ville et je tombe nez à nez avec un buste de Victor Hugo. Je ne m’y attendais pas du tout et je me sentis foudroyé par autant de génie poétique et de puissance intellectuelle. Qu’étais-je, moi, petit étron de la terre face à un tel demi-dieu ? Que n’ai-je demandé au maire de la commune de briser cette idole et d’enlever cette figure ô combien «intimidante» du passage public où elle se situait ? Qu’était Hugo sinon un homme blanc, mort et âgé de plus de cinquante ans ? Une pauvre merde fasciste, donc.

 

Dans l’entrée de l’Institut de psychiatrie du vénérable collège royal fondé - par George IV, un roi honni à la fin de son règne, et par le duc de Wellington - toute personne normalement « intimidée » se sentira agressé par des bustes des fondateurs du collège, blancs de peau comme seuls les Anglais savent l’être. La direction du collège (un collège aux 12 prix Nobel) a donc décidé de mettre un terme à ce climat de terreur en enlevant les bustes de deux professeurs (Henry Maudsley et Frederick Mott) qui ont brillé au début du XXe siècle en fondant l’Institut de psychiatrie, de psychologie et de neuroscience du College.

 

Mais aujourd’hui, cachez-moi ces Blancs que nous ne saurions voir. Cachez ces bustes qui, selon le doyen Patrick Leman, « intimident » au plus haut point les minorités ethniques. Et oublions que ces mâles Blancs morts ont contribué à faire de cet établissement l’un des plus prestigieux de la planète dans la spécialité. Pendant ce temps, comme tous ses collègues, le doyen pourra continuer à recruter de brillants jeunes docteurs sur des contrats précaires, ce qui n’est pas du tout « intimidant », on le sait bien.

 

Le courageux professeur Leman a donc pris en compte les récriminations de « minoritaires ethniques » en estimant que des hommes blancs et barbus du XIXe siècle n’étaient plus représentatifs de la science d’aujourd’hui. Les représentations de Maudsley, de Mott et de quelques autres brillants savants d’antan seront remplacés par un « mur de la diversité ». Les figures des grands savants seront déplacées et réinstallés ailleurs dans un lieu moins passant et moins majestueux.

Que la recherche psy ne soit plus, aujourd’hui, l’apanage de l’Europe et des Etats-Unis tout le monde en convient. Que d’éminents chercheurs soient asiatiques ou africains, c’est une évidence. Mais on ne réécrit pas l’histoire, sauf si on a trop et mal lu 1984 et si on accepte d’être un savant hors sol pour qui l’histoire ne compte plus.

 

On peut aussi se demander si cette démarche prétendument interculturelle n’est pas un appel du pied aux étudiants lointains qui acceptent, parce qu’ils le peuvent, de payer des frais universitaires exorbitants. Quand la science est une marchandise, elle est négociable.

 

Ce n’est pas la première (ni la dernière) fois que des étudiants « ethniquement minoritaires » s’en prennent au système universitaire par ailleurs très accueillant dans ce type de combat imbécile. Récemment, des étudiants de l’Ecole des études orientales et africaines de l’Université de Londres avaient demandé que des philosophes aussi insignifiants que Platon, Aristote, Descartes ou Kant soient exclus des programmes au profit d’auteurs africains et asiatiques. En d'autres termes, la seule culture illégitime en Europe serait la culture européenne.

 

 

La Tour Eiffel, le château de Versailles et celui de Bleinheim ont été conçus et réalisés (pardon : conçu.e.s et réalisé.e.s) par des Blancs (pardon : des Blanc.e.s). Il serait peut-être temps de les raser.

 

A quand Shakespeare en djellabah ?

 

Le King’s College de Londres a-t-il été fondé par l'opération du Saint-Esprit ?

Intimidants ces deux Blancos, non ?

 

PS qui n'a rien à voir, à propos de l'humanité hors sol que j'évoquais plus haut. Un employé de France Telecom (pardon : Orange) m'explique qu'il doit changer de poste après chaque client. Il ne faut surtout pas que lui et ses collègues se sentent "propriétaires" des chaises minables et des tables de bar minables sur lesquelles se trouvent leur ordinateur. Il faut qu'ils bougent sans cesse, hors sol, désorientés, jamais proches du même collègue.

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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AF30 26/07/2017 13:16

Ça me fait penser à la célèbre phrase que certains ont tendances à oublier :" nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants "
Phrase d'ailleurs reprise à leur compte par certains qui n'étaient pourtant pas des nains mais plutôt de l'autre catégorie.

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