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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 05:41

 

 

 

Ville très chère à mon cœur, Auch est une bien jolie cité historique. Sa cathédrale vaut vraiment le détour, avec ses stalles magnifiques et le bleu et le rouge de ses vitraux uniques au monde.

 

A deux pas de ce joyau, l’escalier monumental. 347 marches, dont Gilbert Sourbadère, ancien adjoint à la culture de la mairie, nous dit qu’elles sont « nées de la violence » : « Louis-Napoléon Bonaparte effectue son coup d’État le 2 décembre 1852. Mais son autorité n’est pas reconnue partout. Loin de là. Les Auscitains s’insurgent, ils sont quelque 10 000 à se lever contre le nouvel empereur ». Napoléon III envoie un nouveau préfet, Paul Féart, pour organiser la répression. 338 Auscitains sont déportés en Algérie. Il faut désormais trouver un moyen d’occuper les autres. « À l’image d’Haussmann à Paris, de grands travaux sont organisés à Auch. S’associant à l’évêque d’Auch, Mgr de Salinis, Paul Féart fait dessiner à l’architecte Léopold Gentil, un plan qui est présenté au Conseil général le 28 août 1854 . » Les travaux débutent. L’ancienne chanoinie et son cloître qui se trouvaient à l’emplacement de l’actuelle place Salinis sont rasés. La prison et le tribunal qui jouxtaient la chanoinie sont également détruits. Ne subsistent de l’époque que le porche du collège Salinis et la tour d’Armagnac. Ce sont très probablement des centaines d’Auscitains qui ont construit ces marches, indique l’adjoint à la culture. Main-d’œuvre pas chère, ils ont permis un avancement rapide du chantier. » Les matériaux utilisés sont locaux. Les vieilles pierres de la chanoinie sont réutilisées. Les blocs de calcaire du Gers ont fait le reste. »

 

Depuis plusieurs années, cet escalier subissait l’outrage des ans. D’importants travaux de réfection s’imposaient. Seulement, comme on dit en Côte d’Ivoire, y avait pas l’arzent. En tout cas, pas suffisamment. La pauvreté s’est durablement installée dans les espaces publics français. On fit la manche, on sollicita la générosité des Auscitains qui donnèrent 10, 20,50 euros. Cela ne suffit pas, naturellement, les travaux étant estimés à 8 millions d’euros. Heureusement, il existe une fondation étasunienne visant à préserver les vieilles pierres de France. Elle donne généreusement : à la chapelle des Jésuites de Saint-Omer dans le Pas-de-Calais, à l’Hôtel de la Monnaie à Paris, au Mont Saint-Michel A la mairie d’Auch, elle donna 200 000 euros, en gros 3% du financement total. Le maire solférinien de la ville qualifia ce geste d’ « affectif et de symbolique ».

 

Une plaque en l’honneur de la fondation fut fixée au pied de l’escalier. Le maire souhaite que ce partenariat fasse des petits.

 

La Fondation Total a, elle aussi, craché au bassinet (270 000 euros). Vive la France !


 


 

 

Pauvre France, France des pauvres

 

Pauvre France, mais aussi France de pauvres. Depuis 20 ans, je n’ai jamais vu aussi peu de touristes dans la ville. Le célèbre parking ombragé des allées d’Etigny est quasi vide, même si 90% des places sont gratuites (les 10% payants le sont à l’initiative de la récente municipalité solférinienne). Au marché du jeudi, j’évalue à 40% la baisse de fréquentation. Chez le poissonnier qui connaissait naguère des queues de 25 mètres, on est servi en trois minutes. On ne peut impunément étrangler les classes moyenne et ouvrière sans que le petit commerce s’en ressente. Les hypermarchés aussi, d’ailleurs. Et ne parlons pas des pensions qui perdent inexorablement en pouvoir d’achat dans cette ville où la proportion de retraités est nettement supérieure à la moyenne française.

 

 

Un dernier point. La fille d’un de mes proches fréquentait cette année une classe de CM2 dans une école publique de la ville. Tous les élèves sauf elle et une de ses copines fréquenteront en septembre le célèbre établissement privé de l’Oratoire. L’enseignement n’y est pas meilleur, les joints y passent de main en main autant que dans le public mais cette institution offre deux avantages : il dispose d’un internat et il offre une très bonne qualité d’entre soi aux classes moyenne et supérieure d’Auch.

 

 

Le godelureau et Bri-Bri d’amour, qui ont largement profité du privé tout en bénéficiant de l’argent public, savent bien tout cela.

 

 

PS : Cela ne se murmure plus, cela se dit franchement. Dans le Gers, les Landes, le Lot-et-Garonne, la Dordogne, la fin des petits éleveurs de canards est programmée à moyen terme. Pour le profit des gros industriels français et de l'Europe centrale. C'est leur projeeeet !

Pauvre France, France des pauvres

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Published by Bernard Gensane - dans culture et politique
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AF30 28/07/2017 12:28

Cette pauvreté organisée a le privilège d'être internationale. Ainsi par exemple le sujet d'une émission de France inter en 2012 : https://www.franceinter.fr/emissions/interception/interception-30-septembre-2012. Votre article soulève par ailleurs plusieurs autres questions. Celle bien évidemment du mécénat. Mais également celle du tourisme qui est devenu un tourisme de masse avec les conséquences que l'on constate et que l'on devine et enfin la prolifération des musées divers et variés dans nos communes et dans le monde. La culture semble ainsi rejoindre la logique actuelle du sport : de grands machins qui s'inscrivent dans la logique de la société marchande au bénéfice symbolique ou pécuniaire des promoteurs.

Gensane 28/07/2017 11:23

Merci pour ton témoignage. Une des raisons pour lesquelles de nombreux nouveaux arrivants vont s'installer, par exemple, à Pavie, c'est que les impôts locaux à Auch comptent parmi les plus élevés de France. Ma famille auscitaine paye deux fois plus que moi à Lyon.

Le Monolecte 28/07/2017 09:52

Ne pas perdre de vue qu'Auch est la ville la plus riche du Gers, celle où se concentrent TOUS les emplois qualifiés et/ou de qualité.
Cela dit, les salariés bien payés d'Auch préfèrent résider dans les petites communes alentours, avec une nette préférence pour celles qui sont juste à côté de l'axe Auch-Toulouse. Ainsi, ils bénéficient des infrastructures de la préfecture où ils travaillent sans y contribuer par leur taxe d'habitation et d'un accès accéléré à leur zone de chalandise de prédilection (ben non, ils ne vont pas redistribuer leurs revenus dans le Gers, non plus, c'est bon pour les ploucs!). Il y a des bleds alentours où le PIB/habitant est supérieur à ce que l'on trouve dans les meilleurs quartiers de la métropole régionale.
Du coup, on se retrouve avec des quartiers d'Auch classés dans les 10 plus pauvres de France! Et bien sûr, on ne voit pas du tout la pauvreté rurale, suffisamment diffuse pour passer sous les écrans radar, malgré sa féroce intensité.

Je vis et je parcours le Gers depuis des années et nous n'avons pas tant un problème de pauvreté que d'inégalités de plus en plus profondes. Il y a dans la campagne gersoise des demeures très très cossues et il y en a même de plus en plus. Il y a aussi des entreprises très prospères, mais dont la prospérité profite assez peu aux alentours : les salariés gersois sont considérés comme captifs, le SMIC est plus un plafond blindé qu'un plancher gluant. Certaines communes font l'article de leur population précaire pour attirer de nouvelles entreprises… Si, si, tu peux me croire…

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