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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 05:54

L'incendie du Cuba Libre à Rouen m'a rappelé la catastrophe du Pacha Club d'Abidjan. Je résidais dans la capitale de la Côte d'Ivoire depuis quelques mois quand ce drame, qualifié de "cuisant" par un journaliste qui ne l'avait pas fait exprès, endeuilla de nombreuses familles libanaises, françaises et ivoiriennes. Je reprends ici des sources de l'époque.

 

Le mercredi 9 juin 1977 à Abidjan, une discothèque prend feu: 42 personnes périssent.

 

Le Pacha Club était un grand dancing au rez-de-chaussée de la tour Nour Al Hayat ("Lumière de la vie" en arabe). L'immeuble à été construit sur le Plateau, non loin du boulevard De Gaulle, par les Ismaéliens, une secte islamique, pour honorer le prince Aga Khan.

 

Cet établissement a été ravagé en juin 1977 par un incendie qui a fait 42 victimes. Une hypothèse probable est qu'un court-circuit se soit déclenché dans les compteurs électriques à l'entrée, car une semaine auparavant, la discothèque à fermé durant deux jour pour cause de problèmes dans l'installation électrique. 


On évoque aussi l'hypothèse de l'incendie criminel puisque deux ans plus tôt, le club avait déjà connu un incendie dont l'origine n'a pas été élucidée. Une tentative de racket par le milieu libanais est envisagée.

 

Cette première alerte n'a eu aucun effet sur les gérants. Des murs recouverts de mousse synthétique, de la moquette, des poutres en bois, du revêtement plastique inflammable au plafond, toutes sortes d'ornements prêts à flamber avec une allumette, le club était une salle close accessible par un escalier montant qui semblait agencée pour provoquer une catastrophe.

 

Elle a eu lieu le jour où elle était le plus fréquentée. Les examens du bac venaient d'être passés et beaucoup de jeunes étaient venus danser pour se relaxer. La salle était bondée, plus de cent personnes s'y trouvaient quand l'incendie s'est produit.

 

On est assis à des tables tout autour de la piste ou les danseurs se collent l'un contre l'autre. Deux niches sont même ménagées dans un mur pour les soupirants fortunés. 


Malheureusement se sont ceux qui n'auront aucune chance de s'en sortir, l'incendie a été si rapide que seuls ceux qui étaient debout ont eu le temps de s'échapper.

 

Dans le silence inhabituel dans lequel se trouvait plongée la ville le lendemain, des parents sont entrés au matin dans la chambre de leur enfants pour la trouver vide: ils avaient fait le mur pour aller au Pacha Club. Ils ne sont pas revenus.

 

Une personne nous raconte qu'elle se trouvait avec d'autres dans un théatre, l'Ascott. Deux de ses amis sont partis à l'entracte pour le Pacha. Ils y sont morts.

 

Un autre qui revenait d'un séjour dans un pays voisin et qui ne fréquentait jamais les boites de nuit, a cependant décidé d'y accompagner sa soeur et son ami pour passer un peu de temps avec elle. Ils y sont restés tous les deux.

 

Deux marins restés à bord d'un navire dont l'équipage est allé se divertir au Pacha racontent une histoire similaire: personne n'est revenu. Seul le commandant est mort dans l'incendie en fait, les autres étaient hospitalisés. Le dernier à quitter le navire contrairement au personnel du club.

 

D'autres encore avaient hésité, puis avaient décidé de ne pas y aller. Ils ont eu raison.

 

Lorsque les pompiers sont arrivés, il leur a été impossible de pénétrer dans la salle. Une chaleur de plus de 1200 degrés les stoppait. Ils n'ont pu qu'asperger les flammes pour éteindre l'incendie avant de pouvoir atteindre les victimes. Il leur a fallu 2 heures pour en venir à bout, c'est le plus grand sinistre survenu à Abidjan jusque là.

 

Quand ils pourront enfin entrer, ils trouveront 40 corps carbonisés, tous entassés près de la sortie.

Il y a 40 ans, l'incendie du Pacha Club à Abidjan

Ce qui s'est passé selon le témoignage de rescapés...

Vers 1h10, de la fumée arrive par la porte d'entrée. La musique continue cependant et personne ne s'en inquiète. Peu a peu, les gens commencent à réagir. Cependant le personnel leur demande de ne pas s'inquiéter.


Puis la fumée devient noire et prend de l'importance. On se décide enfin à sortir, mais l'entrée est envahie par les flammes qui se propagent dans la salle avec une rapidité stupéfiante.

 

Un rescapé, d'origine libanaise raconte:

 

Vers 1h20 j'ai senti une odeur de brûlé, je me suis immédiatement précipité vers la porte. Mais j'ai vu dans les escaliers des langues de flammes qui montaient vers la salle. J'ai donc fait demi tour, j'ai suivi un groupe qui enjambait le comptoir pour passer par une issue de secours située derrière le bar.

 

La foule est aveuglée, on tousse.


Le personnel invite à sortir par la petite porte derrière le bar. On leur demande de rester calme, ce qu'ils font, mais soudain, les gens se sentent asphyxiés et c'est la panique générale.. On se pousse, on hurle, il n'y a plus qu'une mêlée indescriptible devant la petite porte. Un dicton est populaire chez les ivoiriens, c'est: "Chacun pour soi, Dieu pour tous". 


Il n'y avait plus maintenant ni garçon ni fille, juste des forcenés voulant survivre à tout prix.

 

Un autre rescapé raconte:

 

Ce fut l'enfer. Dans la fumée, dans les cris, tandis que les revêtements en plastique s'écroulaient, les gens se précipitaient vers les issues de secours. Mais les portes étaient fermées à clé.

 

Les gens se piétinaient. Toute la salle était en flamme, la chaleur extrême faisait voler les vitres en éclats.

 

Le premier rescapé:

 

A ma sortie j'avais les poumons pleins de fumée, il m'a fallu un moment pour les vider. 


Tous ceux qui sont restés dans la salle deux ou trois minutes après moi sont mort asphyxiés avant d'être brûlés.

 

Ceux qui parviennent à franchir la petite porte ne sont pas encore tirés d'affaire. Il se retrouvent sur une terrasse au premier étage. Certains sautent, puis on amène deux échelles, mais le feu semble se propager à tout l'étage et les autres sont obligés de sauter quand même.

 

Les membres du personnel, et d'autres rescapés, sont rentrés à plusieurs reprises dans le tunnel derrière le bar pour aider d'autres personnes à sortir.

 

Un des premiers sortis, qui s'est rendu compte que sa soeur était toujours à l'intérieur, est retourné dans la salle pour la retrouver. Il n'est jamais ressorti. (Il s'agissait d'Edgar Debraban à ce qu'on m'a rapporté).

 

Aux 42 victimes du désastre, d'autres se sont ajoutées. Une femme qui avait déjà perdu son mari dans un accident deux mois plus tôt, y a perdu ses deux enfants. Elle s'est suicidée. Une autre qui s'est trouvée aussi dans le même cas est devenue folle.

 

Cette tragédie nous laisse plus que perplexe. Alors qu'un incendie s'est déjà produit dans le passé, on tapisse la salle de produits inflammables, et apparemment, aucun extincteur n'est disponible près de l'entrée. On voit aussi que la seule issue de secours soit pour le personnel.

 

Il y a 40 ans, l'incendie du Pacha Club à Abidjan

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Published by Bernard Gensane - dans culture
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