Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 06:21

 

 

Quand j’étais gamin, la bourgeoisie française envoyait ses jeunes filles ayant fauté se faire avorter en Suisse. A la rigueur aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne, mais c’était moins chic. Dans notre imaginaire, la Suisse, dans ce domaine, c’était le pays de l’hygiène classe, des cliniques régénérantes où l’on se faisait changer son sang et où on ingérait des glandes de mouton, merveilleux produit dopant légal. On lisait La Montagne magique avec ses tuberculeux raffinés.

 

Pour la crème de la crème, les choses n’ont guère dû changer. Mais pour le commun, suisse ou pas suisse résidant en Suisse, la situation se dégrade d’année en année. Pour faire simple, disons que l’assurance maladie est obligatoire et obligatoirement privée. Il s’agit donc d’un véritable modèle pour Macron et sa bande de jeunes barbus de trois jours, d’autant que le gouvernement helvète regorge de lobbyistes en provenance de l’assurance privée ou de l’industrie pharmaceutique.

 

La dernière loi sur l’assurance maladie date de 1996 Elle fut adoptée après référendum.

 

La Suisse compte plusieurs dizaines de caisses d’assurance-maladie, toutes privées. Selon la bonne vieille loi de concentration capitalistique, les 10 caisses les plus importantes assurent plus de 80% des Suisses. Une initiative populaire pour une caisse « unique et sociale » a été rejetée en 2007 par 71% des citoyens. Une seconde initiative a été refusée en 2014.

 

Le système actuel, où les cotisations sont indépendantes du revenu, distingue trois catégories d’âge : les enfants de 0 à 18 ans, les jeunes adultes de 19 à 25 ans et les adultes âgés de 26 ans et au-delà.

 

Les pauvres peuvent obtenir des aides cantonales. Chaque assuré peut souscrire une franchise de 300 à 2 500 francs suisses. La concurrence étant forcément « libre et non faussée », les assurés peuvent quitter leur caisse à la fin de chaque année. Les compagnies sont tenues d’accepter tout nouvel assuré, quels que soient son âge et son état de santé. Bien que les prestations soient les mêmes pour tous les assurés, les Suisses payent des primes d’assurance différentes les uns des autres. Les citoyens des grandes villes payent davantage que les campagnards. Certaines caisses offrent des primes généreuses pour les jeunes de 19 à 25 ans. Plus la franchise choisie est élevée plus la prime est réduite. Si l’on anticipe une tranche de vie sans maladie sérieuse, l’intérêt est de payer une franchise élevé pour réduire le coût des primes. Les compagnies sont donc gagnantes-gagnantes.

 

Le montant des primes d’assurance change le 1er janvier de chaque année.

 

Le système de franchise est particulièrement pernicieux. Si un assuré a une franchise de 1000 francs suisses et a eu pour 800 francs de frais médicaux dans l'année, il ne sera pas remboursé, comme les frais ne dépassent pas les 1 000 francs de franchise. Si un assuré a une franchise de 1 000 francs et a eu pour 1 500 francs de frais médicaux dans l'année, il ne sera remboursé que de 450 francs.

 

Les critiques contre ce système ne manquent pas. Le manque de transparence permet aux compagnies d’assurer les « bons risques », les personnes recevant des soins peu coûteux, loin de toute pratique de solidarité. Par ailleurs, les compagnies dépensent leurs bénéfices en frais de gestion et publicité sans penser à en redistribuer aux assurés. Plusieurs associations de consommateurs ont récemment proposé, en vain, la création d’une caisse publique unique qui séparerait les comptes des complémentaires de ceux des prestations de bases obligatoires.

 

Les lobbies sont à l’oeuvre, très efficaces. Le socialiste Pierre-Yves Maillard estime que « les membres d'une commission (parlementaire fédérale) ont une influence quasi totale sur le groupe de parlementaires… On recrute donc des parlementaires des partis bourgeois (de droite) membres des commissions spécialisées pour composer les conseils d'administration des caisses maladies. Il y a un vrai réseau d’influence  économique sur la politique dans le domaine de la santé et malheureusement cette tendance s'accentue. Elle va dans la direction d'un caractère toujours plus commercial des assureurs maladie et vers un poids politique toujours plus fort auprès des parlements fédéraux. ».

 

Pour le privé, il y a donc encore beaucoup d’argent à faire sur le dos des malades.

 

 

Se soigner en Suisse, ça fait mal
Partager cet article
Repost0

commentaires