Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 05:39

Maurice Goldring, un de mes anciens collègues de Paris VIII, a récemment pris l'Eurostar puis un train bien anglais.

 

Dans la salle d’attente, vous déjeunez d’un croissant et d’un café assis sur une banquette en moleskine qui baigne encore du café précédent, recouverte des miettes de viennoiserie du train de 9.58. Une averse crève le toit de l’espace voyageur protégé par une bâche, des flaques d’eau reflètent le ciel gris. Des employés entourent les lacs d’indicateurs jaunes pour prévenir les glissades ; d’autres employés aspirent l’eau avec des serpillières. La file zigzague entre les points d’eau vers l’entrée des wagons de 1 à 10. L’Eurostar, ce n’est pas n’importe quel train, un groupe de jeunes parle à voix basse, on n’entend pas leurs tablettes, ils ne mettent pas les pieds sur les sièges. Je vous jure que c’est vrai.

 

 

Les valises ont été rangées, les journaux déployés, les feuilles à garder arrachées, la bouteille d'eau décapsulée, les vestes allongées sur le porte-bagages, nous sommes serrés comme dans un avion locauste et nous entendons un message urgent. D'habitude, on n'écoute pas les messages, qui vous disent le train où vous avez pris place se dirigent vers Saint-Pancras et mettez des étiquettes au bagage, depuis le temps qu'on voyage, on sait tout ça. Mais le message dit autre chose. Il dit que pour des raisons de sécurité, à la suite d'une "intrusion", tous les voyageurs, donc aussi Brigitte et moi, tous les voyageurs doivent prendre leur valise, descendre du train, ne rien laisser à bord, sortir du train, recommencer tout comme si on venait d'arriver, et qui est décrit plus haut, je ne vais pas recommencer, tout se passe une seconde fois, billets contrôlés, passeports aplatis, comme dans ce film avec Bill Murray, Un jour sans fin où chaque jour tout recommence pareil. Tout pareil.  Y compris un coup de téléphone avec arrêt. Sauf le petit déjeuner. Tout ça prend une heure et demi, une heure et demi de retard, on va avoir une sacrée compensation.

 

 

À partir de là, tout se déglingue. Arrivée à Saint-Pancras avec une heure et demie de retard, nous allons acheter des billets pour Liverpool à la gare de Euston. Environ un kilomètre de marche, le trottoir est en plus mauvais état que les trottoirs de Biarritz, mais Londres, c’est une capitale tout de même. Les roulettes se coincent, les poussettes dérapent, les chaussures trébuchent. Une demi-heure, le soleil brille. Nous demandons notre chemin vers la gare de Euston, les gens sont aimables et nous montrent la direction. Nous devions être à Liverpool à 19 heures pour un repas chinois. Le temps est mesuré. Nous ne pourrons pas manger le fish and chips dont je rêvais. Nous reprenons une place dans la queue pour les guichets sur un chemin marqué par des rubans bleus. Vingt minutes d'attente, canne et roulettes. L’employée du guichet nous explique que les trains de Londres à Liverpool et retour, selon l'horaire, selon qu’il est direct ou avec changement, selon la compagnie, le tarif varie de 80 livres à 600 livres. Vous avez bien lu. De 1 à 8. Donc évidemment nous prenons les billets à 80 livres, à ce prix, ce n'est pas direct, il faut changer à Statford. Le train part dans une demi-heure, sans déjeuner, à cause de l'intrusion Gare du Nord, sans doute un clandestin qui voulait se rendre en Angleterre. À lui tout seul, il a fait descendre près de mille personnes du train. On a les billets, on prend le train,  Mille personnes qu'il a dérangées ce jour-là. Malgré la perturbation, il me reste suffisamment de cœur pour penser à ce clandestin qui a dû maintenant quitter l’Eurostar pour le bitume de la Gare du Nord. Je ne vérifie pas la liste des gares, je regarde juste l’heure, il faut descendre à Statford. On prend le train, le train démarre, et nous descendons à Stegford parce que Statford n’est pas sur la liste des arrêts. On descend à ce qui est phonétiquement le plus proche, ce qui est d’une absurdité sans nom, et témoigne d’une certaine nervosité collective du groupe ensemble embarqué,  elle et moi, qui dans l’adversité tient bon, se tape sur l’épaule, mais comment peut-on descendre à une gare phonétique pour changer de train ? Stegford ou Statford. Pour aller à Vichy, descendez à Clichy. On se retrouve à Stegford, nous étions les seuls à descendre, Stegford est la petit gare d’un village desservi trois par semaine par une navette et c’est tombé sur nous. Personne ne descend avec nous qui aurait pu nous renseigner, pas une boutique à l’horizon pour une boisson et un biscuit, je rappelle au lecteur négligent que nous n’avions pas eu le temps de déjeuner en garde de Euston. Le quai est désert. Une rampe d’escalier aussi haute que les pyramides Incas est la seule issue. Brigitte monte les marches, je reste en bas avec les valises à roulettes immobiles. Là-haut, Brigitte discute avec un employé aimable, excité comme un pou, une telle aventure, une histoire qu’il pourra raconter le soir au pub, pendant des semaines, un couple de voyageurs égarés, affamés, à qui il a donné un verre d’eau, qui ont confondu Statford et Stegford. J’ai cherché sur mon ordinateur et j’ai trouvé un train pour Birmingham où ils devraient changer pour Liverpool et changer encore une fois à Statford. Ils ne seraient pas à Liverpool avant neuf heures du soir et pour le resto chinois, c’était râpé. Le monsieur disait à la dame, on s’est trompé de train et on aurait pu lire le sous-texte de ses paroles que la dame aurait pu mieux vérifier, ou bien qu’ils n’auraient pas dû descendre à Stegford et on pouvait entendre, tu t’es énervée et du coup on est descendu où il ne fallait pas, mais le verre d’eau a tout calmé et on sentait malgré tout, malgré un énervement passager (c’est le mot juste), malgré une irritation compréhensible, que entre ces deux-là, c’était du solide.  À Birmingham, le train pour Statford ne nous a pas permis d’acheter un paquet de biscuits, nous avons demandé au contrôleur si le train allait bien à Statford, cette fois, la prudence n’était pas excessive, il a regardé la liste et nous a d’abord dit non, et j’ai cru alors que ma compagne de voyage allait s’effondrer, puis il a vérifié encore une fois et il a dit, oui, effectivement. Vous changez à Statford, il faut prendre l’ascenseur et monter sur le quai numéro un, vous avez quinze minutes, vous n’aurez pas le temps d’acheter une bouteille d’eau et un paquet de biscuit, mais à neuf heures, nous dit le contrôleur à qui on a rien demandé, la plupart des hôtels servent une collation. Une petite gare de village, avec nos roulettes et la canne, et en reprenant un train pour Birmingham, on finit par arriver à LiverpooL. On a trouvé des places assises.

Prendre un train en Angleterre

À partir de là, tout se déglingue. Arrivée à Saint-Pancras avec une heure et demie de retard, nous allons acheter des billets pour Liverpool à la gare de Euston. Environ un kilomètre de marche, le trottoir est en plus mauvais état que les trottoirs de Biarritz, mais Londres, c’est une capitale tout de même. Les roulettes se coincent, les poussettes dérapent, les chaussures trébuchent. Une demi-heure, le soleil brille. Nous demandons notre chemin vers la gare de Euston, les gens sont aimables et nous montrent la direction. Nous devions être à Liverpool à 19 heures pour un repas chinois. Le temps est mesuré. Nous ne pourrons pas manger le fish and chips dont je rêvais. Nous reprenons une place dans la queue pour les guichets sur un chemin marqué par des rubans bleus. Vingt minutes d'attente, canne et roulettes. L’employée du guichet nous explique que les trains de Londres à Liverpool et retour, selon l'horaire, selon qu’il est direct ou avec changement, selon la compagnie, le tarif varie de 80 livres à 600 livres. Vous avez bien lu. De 1 à 8. Donc évidemment nous prenons les billets à 80 livres, à ce prix, ce n'est pas direct, il faut changer à Statford. Le train part dans une demi-heure, sans déjeuner, à cause de l'intrusion Gare du Nord, sans doute un clandestin qui voulait se rendre en Angleterre. À lui tout seul, il a fait descendre près de mille personnes du train. On a les billets, on prend le train,  Mille personnes qu'il a dérangées ce jour-là. Malgré la perturbation, il me reste suffisamment de cœur pour penser à ce clandestin qui a dû maintenant quitter l’Eurostar pour le bitume de la Gare du Nord. Je ne vérifie pas la liste des gares, je regarde juste l’heure, il faut descendre à Statford. On prend le train, le train démarre, et nous descendons à Stegford parce que Statford n’est pas sur la liste des arrêts. On descend à ce qui est phonétiquement le plus proche, ce qui est d’une absurdité sans nom, et témoigne d’une certaine nervosité collective du groupe ensemble embarqué,  elle et moi, qui dans l’adversité tient bon, se tape sur l’épaule, mais comment peut-on descendre à une gare phonétique pour changer de train ? Stegford ou Statford. Pour aller à Vichy, descendez à Clichy. On se retrouve à Stegford, nous étions les seuls à descendre, Stegford est la petit gare d’un village desservi trois par semaine par une navette et c’est tombé sur nous. Personne ne descend avec nous qui aurait pu nous renseigner, pas une boutique à l’horizon pour une boisson et un biscuit, je rappelle au lecteur négligent que nous n’avions pas eu le temps de déjeuner en garde de Euston.

 

Le quai est désert. Une rampe d’escalier aussi haute que les pyramides Incas est la seule issue. Brigitte monte les marches, je reste en bas avec les valises à roulettes immobiles. Là-haut, Brigitte discute avec un employé aimable, excité comme un pou, une telle aventure, une histoire qu’il pourra raconter le soir au pub, pendant des semaines, un couple de voyageurs égarés, affamés, à qui il a donné un verre d’eau, qui ont confondu Statford et Stegford. J’ai cherché sur mon ordinateur et j’ai trouvé un train pour Birmingham où ils devraient changer pour Liverpool et changer encore une fois à Statford. Ils ne seraient pas à Liverpool avant neuf heures du soir et pour le resto chinois, c’était râpé. Le monsieur disait à la dame, on s’est trompé de train et on aurait pu lire le sous-texte de ses paroles que la dame aurait pu mieux vérifier, ou bien qu’ils n’auraient pas dû descendre à Stegford et on pouvait entendre, tu t’es énervée et du coup on est descendu où il ne fallait pas, mais le verre d’eau a tout calmé et on sentait malgré tout, malgré un énervement passager (c’est le mot juste), malgré une irritation compréhensible, que entre ces deux-là, c’était du solide.  À Birmingham, le train pour Statford ne nous a pas permis d’acheter un paquet de biscuits, nous avons demandé au contrôleur si le train allait bien à Statford, cette fois, la prudence n’était pas excessive, il a regardé la liste et nous a d’abord dit non, et j’ai cru alors que ma compagne de voyage allait s’effondrer, puis il a vérifié encore une fois et il a dit, oui, effectivement. Vous changez à Statford, il faut prendre l’ascenseur et monter sur le quai numéro un, vous avez quinze minutes, vous n’aurez pas le temps d’acheter une bouteille d’eau et un paquet de biscuit, mais à neuf heures, nous dit le contrôleur à qui on a rien demandé, la plupart des hôtels servent une collation. Une petite gare de village, avec nos roulettes et la canne, et en reprenant un train pour Birmingham, on finit par arriver à LiverpooL. On a trouvé des places assises.

Partager cet article

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
commenter cet article

commentaires

Lyonnais 07/09/2017 07:37

Pendant un court instant j'ai cru vivre la même aventure que le héros de "Un jour sans fin" ! Mais non, j'ai compris que la répétition du texte était une fantaisie de l'informatique...

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche