Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 octobre 2017 4 12 /10 /octobre /2017 05:32

 

 

Il y a bien des manières, mais il en est une douce, discrète et hypocrite. Elle consiste à dire au bon peuple qu’on va lui donner du pouvoir d’achat en abaissant, voire en supprimant, les cotisations sociales (et patronales, tant qu’on y est).

 

Lorsqu’Ambroise Croizat (et non Pierre Laroque ou Alexandre Parodi) crée la Sécu, son objectif est de « mettre fin à l’obsession de la misère ». Soixante-dix ans après, alors que la France s’est considérablement enrichie, la misère est là. Pas seulement son spectre ou son « obsession ».

 

La droite et la bourgeoisie française – relayés par les médecins libéraux – n’ont jamais accepté la Sécurité sociale. Elles n’ont cessé de lui flanquer des coups de boutoirs pour l’affaiblir et la dénaturer. Un exemple : en 1967, les ordonnances du gouvernement Pompidou, sous De Gaulle, démantèlent la Sécu en séparant des domaines désormais distincts et autonomes : maladie, famille, vieillesse. Le patronat exige et obtient un paritarisme strict entre ceux qu’on n’appelle pas encore systématiquement les « partenaires sociaux » qui auront dès lors le même nombre de représentants dans les conseils d’administration. Les ordonnances suppriment par ailleurs les élections des administrateurs salariés qui seront désormais désignés. En d’autres termes, la Sécu qui gère désormais le salaire différé des travailleurs est dominée par les patrons.

 

Le grand problème est effectivement celui du salaire différé. Les cotisations sont toutes du salaire. Différé. Un salaire que l’on touche à côté du salaire proprement dit ou quand on part en retraite. Accepter aujourd’hui 2% du pouvoir d’achat en plus par l'abaissement ou la suppression des cotisations c’est accepter des soins toujours de moins en moins gratuits et des pensions toujours de plus en plus faibles. La cotisation est le fondement de la Sécu. Pour simplifier, elles signifient : « je suis malade, tu payes ; tu es malade, je paye ; je travaille, je paye ta retraite ; tu travailles, je vis une retraite décente ». Les cotisations sont l’alpha et l’oméga de la solidarité entre les assurés contemporains et intergénérationnels.

 

Depuis les attaques de De Gaulle, les menées n’ont cessé, de droite comme de gauche. Après les plans Barre, la création de la CSG par Rocard, nous eûmes Georgina Dufoix qui inventa les déremboursements des médicaments, les lois Veil et Balladur imposant l’allongement de la cotisation, les mesures de Juppé et de Raffarin contre les retraites, les lois scélérates de Jospin en 2001 imposant les normes européennes aux mutuelles, l’ordonnance Douste-Blazy de 2004 (le Conseil d'administration de la Cnam devient le Conseil de la Cnam, ce qui permet le retour du Medef, qui avait quitté les caisses le 1er octobre 2001, provoquant pendant 3 années une grave crise du paritarisme), les lois Bachelot confiant le pilotage de la protection sociale aux « préfets sanitaires » des agences régionales de santé. Pour couronner le tout, en 2013, la généralisation de la complémentaire santé pour les salariés par le biais d'une mutualité d’entreprise qui installera bien sur ses rails la privatisation du système.

 

 

 

Comment tuer la Sécu 

 

Avec le banquier Macron – relais direct du grand patronat – aux commandes, nous assistons désormais à une attaque frontale. Les assurés sont victimes d’une amputation directe du salaire dont la cotisation fait partie. La cotisation est la seule création de richesse qui va directement du cotisant au travailleur dans sa vie sans passer par les dividendes des actionnaires. Il serait en outre illusoire de croire que l’allègement des cotisations bénéficie à l’investissement ou qu'il est source de créations d’emplois : il ira gonfler les dividendes.

 

En bref, réduire ou supprimer les cotisations, c’est tuer le principe de solidarité, brader le système au privé, enclencher la misère.

 

PS : Angel, un lecteur fidèle, me fait part de cette analyse qui n'a malheureusement plus trop la cote aujourd'hui : 

 

Petite précision sur le salaire que l'on présente à tort comme une charge alors qu'il est un investissement.

 

En effet le fruit du travail est constitué par le salaire direct touché par le salarié, par le salaire indirect, cotisations et non charges, réglées par l'employeur et par la plus value, encaissée par le patron, tout cela grâce au travail de l'employé. Un travailleur ne coûte rien il rapporte.

Partager cet article

Repost 0
Published by Bernard Gensane
commenter cet article

commentaires

cyril 18/10/2017 17:12

Il faut effectivement dire à toutes et à tous ce que sont les cotisations. Cependant, il faut une vision plus globale de la situation. C'est l'économie qui est en crise. Le capitalisme aujourd'hui permet de moins en moins la création et à minima la conservation de la valeur économique par le travail productif. Car, c'est bien là le problème: il n' y a que le travail productif qui crée de la valeur via les biens et les marchandises. Or ce travail productif tend à diminuer par l'éviction du travail humain vivant de la chaine de production par le concurrence et donc les gains de productivité.

Vous ne retrouverez jamais la phase du capitalisme dite industrielle fordiste.

Que vous le vouliez ou non, c'est l'industrie financière qui nous maintient hors de l'eau depuis plus de 40 ans.

C'est le système lui-même qui entre désormais en contradictions. Par l'amenuisement de la production réelle de valeur économique et par le destruction de nos milieux de vie.

chb 13/10/2017 23:03

Ouaip, le coût du capital, voilà ce qui garantit l'esclavage.
Et la baisse / siphonnage des impôts locaux qui plombe à volonté les comptes des collectivités, et la redistribution des allocs chômage (massive, avec les 15 milliards promis aux indépendants et aux démissionnaires) pour mieux les supprimer, sans oublier l'emblématique baisse de l'ISF : c'est pas seulement la Sécu et la protection du travailleur que le Macron dézingue, c'est carrément la chose publique. A croire que l'idée est d'amorcer une faillite de l'état, à la grecque peut-être (eh, on a les Jeux nous aussi, et des ponctions pour le militaire atlantiste : parfait pour les prochains gouffres qui ont englouti la vie héllène).
En passant, la privatisation annoncée des amendes va nous faire regretter les gendarmes « qui font du chiffre ».

Désirat 12/10/2017 15:18

Bravo pour ce commentaire qu'on a vainement attendu dans les media.Les journalistes sont débiles?On a pratiqué une lobotomie sur leur petit cerveau?Personne ne semble réagir à ce que signifie cette baisse des cotisations sociales.Anesthésie générale,c'est effrayant.Alors oui rappelons l'histoire de la sécu et expliquons son fonctionnement.Merci Bernard

Lyonnais 12/10/2017 07:53

Pendant "les événements de mai 68" j'étais bien jeune et en Côte d'Ivoire mais à l'époque je n'ai jamais compris que l'abrogation des ordonnances n'ait pas été le numéro un des syndicats lors des fameuses négociations de Grenelle ...

Gensane 12/10/2017 08:35

J'étais en RCI 8 ans plus tard.

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche