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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 06:07

 

J'ai publié un article sous ce titre le 15 novembre 2011. Je me vois contraint de récidiver.

 

 

Dans la tête du banquier comme dans celles de ses acolytes, les malades sont coupables. Coupables d’être malades et de coûter « un pognon dingue ». Vous me direz : quand ils cotisent, cela rapporte également un pognon dingue, mais ce n'est pas pareil.

 

En 2015, alors qu’il est ministre de l’Économie, le banquier s’intéresse aux jours de carence : « Si l’on examine de près la situation des salariés du privé, on s’aperçoit que les deux tiers d’entre eux sont couverts par des conventions collectives qui prennent en charge les jours de carence. Donc, “ en vrai ”, comme disent les enfants [sic], la situation n’est pas aussi injuste que celle [décrite] ». Dans sa tête de banquier, il ne lui vient pas une seconde à l’esprit que lorsque les conventions collectives montent au créneau, les malades potentiels sont déjà dans l’injustice puisque certains sont mieux traités que d’autres.

 

Le 30 décembre 2017, le Parlement vote le rétablissement du jour de carence dans la Fonction publique pour tous les agents publics placés en congé de maladie ordinaire. Ce rétablissement du jour de carence est censé corriger une prétendue inégalité public-privé, dans le sens du moins-disant, bien entendu. Mais pour deux-tiers des salariés du privé, les trois jours de carence sont couverts par des conventions collectives et autres accords d’entreprise pris en charge par les employeurs. Reste une minorité d’employés du privé qui ne bénéficient pas de ces accords. Outre les économies qu’elle entraîne, la manœuvre a atteint son but idéologique : opposer les agents du public aux salariés du privé.

 

Diverses études du ministère du Travail ont montré que les congés de maladie ne sont pas plus fréquents dans le public que dans le privé. Ainsi les personnels du ministère de l’Education nationale sont moins longtemps en congé de maladie ordinaire que ceux du reste de la Fonction publique d’Etat. La durée moyenne actuelle s’établit à 6,7 jours pour l’Education nationale contre 7,1 jours pour l’ensemble des agents de la Fonction publique d’Etat. Un rapport daté de 2013 réalisé par la Direction de l’animation, de la recherche, des études et des statistiques permet de comparer les absences au travail des salariés, tous domaines confondus, entre 2003 et 2011. Le taux d’absences moyen pour raison de santé, tous secteurs confondus, est de 3,7%. Il descend à 3,2% dans le domaine de l’enseignement (profs et administratifs). Donc moins que dans de nombreux métiers du secteur privé comme l’hébergement et la restauration (3,9%), le transport et l’entreposage (3,6 %) ou encore l’immobilier (3,3 %).

 

L’instauration d’un jour de carence sous Sarkozy en 2012 s’était avérée inefficace. Les ministres de l’époque avaient alors déclaré que les indemnités journalières, qui représentent 6,6 milliards d'euros, progressaient à un rythme élevé et difficilement justifiable. Sous le quinquennat de François Hollande, le jour de carence pour les fonctionnaires avait été abrogé. La ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, l'avait qualifiée d'« inefficace et d'injuste ». Lors de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait soutenu le retour de ce jour de carence dont l'introduction avait, selon lui, « fait chuter l’absentéisme en 2012 et 2013, avant qu’il ne reparte à la hausse après sa suppression ». Si les jours de carence ont fait baisser les congés de maladie de 2 jours, il a fait progresser de 25% les arrêts de 1 à 3 semaines.  Pour éviter une retenue de salaire, les agents ont préféré substituer au congé de maladie d’autres formes d’absence, comme la RTT par exemple. Voilà ce qu’il arrive lorsqu’on veut punir des travailleurs de bonne foi et innocents.

 

Les agents de l’État en arrêt de maladie restent rémunérés directement par l’employeur et non par la Sécurité sociale. Avec le jour de carence, l’État fait ainsi une économie directe sur les salaires qu’on peut évaluer à 170 millions d’euros par an (selon le ministère). Objectivement une misère, comparée, par exemple, à la bonne dizaine de milliards par an que coûte le travail au noir. 

 

Cumulard notoire car fil ne faut pas insulter l'avenir (1er adjoint au maire de Tourcoing, vice-président de la métropole européenne de Lille et conseiller régional des Hauts-de-France), le ministre de l’Action et des comptes publics (sic), Gérald Darmanin, assiste à 20% des séances publiques du conseil régional des Hauts de France qui lui verse 100 % de son indemnité de conseiller. Il est donc bien placé pour fustiger « l’absentéisme » des salariés du public (dénonçons une fois encore le glissement sémantique d’absence à absentéisme). Si l’on étudie cet absentéisme sur une semaine donnée, le nombre d’agents absents pour raison de santé demeure stable, carence ou pas. Accessoirement, il est toujours nettement plus élevé dans le privé que dans la Fonction publique : c’était le cas de 2,91 % des fonctionnaires en 2014, contre 3,68 % des salariés du privé.

 

Tous les médecins sont d’accord : un arrêt de maladie court empêche bien souvent un arrêt de maladie long. Sans parler du recul de l’âge de la retraite qui augmente le nombre de travailleurs qui doivent se mettre en arrêt de maladie pour de vraies raisons.

 

Le jeune et sémillant Darmanin se fiche, comme ses jeunes et sémillants supérieurs hiérarchiques, de la dégradation des conditions de travail, de la souffrance au travail, de la précarité cause d’austérité, de pauvreté, donc de la maladie.

 

Là est réellement la question.

 

 

Source : CGT.

Punir les malades
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commentaires

A
On ne peut que leur souhaiter à tous ces cumulards cyniques et imbéciles aux ordres du roi et des financiers qui l'ont élu, à eux - elles - ou un proche de leur entourage familial d'être atteint('e)s d'une grave maladie. Ma fille a la maladie de Parkinson et certains des médicaments de son traitement ne sont plus remboursés.

Depuis mai 2017 et dans le court temps qu'il me reste, je découvre l'amertume et, il faut oser l'appeler de façon exacte, la haine face à un couple qui ne devrait, en aucun cas, être là. J'espère que madame avec ses presque 25 ans de plus que monsieur paiera enfin pour la façon indigne dont lui et elle se comportent qui est une violation non "candide" (Hegel et la "violation candide") mais un déni du droit... revu depuis et pour cause ! Aristote dans l'"Ethique à Nicomaque" (je crois) a eu beau affirmer qu'"une seule constitution [devrait être] partout à chaque fois la meilleure d'après la nature," nous en sommes loin.
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