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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 06:26

 

Pour des négociations publiques et filmées... (qui sera pour, qui sera contre ?)

 

 

 

Il n’est pas fréquent qu’un seul et unique article vous fasse réfléchir à des choses auxquelles vous n’aviez jamais pensé. C’est le cas d’un texte bref de Viktor Dedaj, administrateur du Grand Soir, sur la nécessité de filmer les négociations publiques. Après tout, on filme bien les débats au Parlement, y compris dans certaines commissions où les débats peuvent être sensibles. Avant de laisser la parole à Dedaj, je rendrai hommage à la très grande actrice que fut Maria Pacôme, fille d’un militant communiste déporté à Buchenwald, et sœur d’un résistant fusillé par les Allemands.

 

 

Je rebondis, écrit Viktor Dedaj, sur un incident récent autour d’un « représentant » des Gilets Jaunes, convié à Matignon, et qui est aussitôt reparti faute d’avoir obtenu que l’entretien soit « retransmis en direct à la télévision ». En voilà une idée qu’elle est bonne. En effet, depuis quelques temps déjà, il m’arrive d’animer des ateliers pour – en particulier – des syndicalistes. Ces ateliers portent plus précisément sur la bataille des idées et les médias en général. Et parmi les modestes suggestions que j’offre à des militants généralement plus aguerris que moi, est celle de refuser de participer à des négociations à huis-clos. Ceci pour plusieurs raisons.

 

La première est le constat que la « base » n’a le plus souvent aucune idée précise de ce qui se passe lors de ces mythiques « négociations ». Encore moins des rapports que les « négociateurs » d’en face, qu’ils représentent le gouvernement ou le patronat, tentent d’instaurer lors de ces séances loin des yeux et des oreilles de la population. Des séances qui feront ensuite l’objet de « comptes-rendus » présentés par les participants et répercutés par les médias. Des médias par ailleurs très majoritairement acquis au(x) pouvoir(s), lorsqu’ils n’en sont pas la propriété.

 

Car, dans les coulisses de ces pièces de théâtre surjouées avec toutes les variations, la réalité est plus crue.

 

Prenez par exemple une grande entreprise. Un conflit social éclate. Les représentants du personnel et les représentants de la direction se retrouvent face-à-face pour des « négociations ». Derrière ce terme de « négociation » se cache un ballet chorégraphié d’avance. Vous avez d’un côté des travailleurs engagés, le plus souvent avec des cœurs « gros comme ça », avec plusieurs années d’ancienneté et une représentativité – et donc légitimité – certaines, qui se retrouvent face à... quoi, exactement ? Pas compliqué : en face d’eux, on trouvera des « connards de HEC (ou l’équivalent) », fraîchement débarqués, entre deux promotions, sans pouvoir de décision et pour qui l’enjeu réel n’est qu’une ligne de plus sur leur CV. Ils ne sont pas là pour faire avancer quoi que ce soit mais pour faire de la figuration.

 

Ils ont aussi eu tout le temps et moyens nécessaires pour préparer leur dossier. Ils usent et abusent de codes de langage et de techniques de communication apprises dans leurs écoles ou lors de séminaires. Ils savent faire semblant d’écouter. Ils savent comment faire enliser une réunion. Ils savent comment faire se dresser le représentant de telle organisation contre celui de telle autre.

 

Le déséquilibre dans ce face-à-face est flagrant. Le non-sens aussi. La réalité crue est qu’il ne s’agit que très rarement de « négociations », au sens où vous et moi l’entendons. Alors pourquoi se fatiguer à faire semblant?

 

La deuxième est que l’écrasante majorité des travailleurs n’ont pas vraiment une idée de ce qui se passe en coulisses, ni de ce que subissent leurs représentants lors de ces réunions, sans parler de l’attitude de ceux d’en face. Présenté autrement : on ne sait à qui on a réellement affaire que lorsqu’on le voit réellement à l’œuvre.

 

Et c’est suite à ces constats que l’idée a germé : exiger que les séances soient filmées et accessibles au public (réseaux sociaux ou autre). Les travailleurs n’ont rien à perdre et tout à gagner.

 

On verra bien qui s’opposera à une telle mesure, et en quels termes. Il est à parier que d’aucuns crieront à la démagogie, voire au populisme.

 

Et c’est à leurs protestations contre la transparence que l’on reconnaîtra ceux qui ont quelque chose à (nous) cacher.

 

Revue de presse (259)
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commentaires

A
Totalement vrai. J’ajouterai, par expérience, que le jugement des salariés parfois sévère envers les résultats obtenus pourraient être plus nuancés en constatant la teneur des négociations et même pourraient les conduire à être plus combatifs devant l’attitude da la partie adverse.<br /> Cependant la chose n’est pas si simple. Ainsi il m’a toujours semblé que par exemple les accords d’Oslo entre Israël et les palestiniens ou bien les accords d’Evian auraient été bien difficiles sinon impossibles s’ils avaient été connus pour les premiers. Quoiqu’on en pense du résultat sur le long terme pour ceux d’Oslo.
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