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2 mars 2019 6 02 /03 /mars /2019 06:23

Danièle Sallenave est une essayiste de renom qui a écrit de vrais grands livres, ce qui n’est pas forcément le cas de tous ses collègues de l’Académie française.

 

Elle a dirigé un groupe de travail de cette vénérable institution sur la féminisation des noms de métiers. Il était temps en effet que l’Académie tourne la page des années Druon/Dutourd, une époque où une ambassadrice était la femme d’un ambassadeur (la personne qui organisait les petits fours et l’eau gazeuse) et non une haute fonctionnaire représentant la France à l’étranger.

 

Ras le bol, en effet, des « Madame le Ministre », de « Madame le Sous-Préfet ». Au diable « c’est une écrivain » ou « la Professeur des Universités.

 

Je n’en ai pas été étonné, mais Danièle Sallenave a buté sur le féminin d’auteur. Sa préférence était la mienne : « Si je prends "auteur", "autrice" est parfait. "Acteur, actrice". "Présentateur, présentatrice". Cela ne pose aucun problème. "Auteure", c'est acceptable, c'est un peu bizarre du point de vue de l'évolution de la langue, mais ça finira par passer. Mais "autrice" était beaucoup plus logique. » Beaucoup plus logique, peut-être, si l’on se réfère à l’histoire de ce mot qui eut pour féminin “ auteresse ”, “ autoresse ” et même “ authoress ”, un anglicisme de Taine qui n’a pas survécu.

 

Si elle a hésité, c’est qu’elle n’a pas réalisé que, comme je l’ai dit cinquante fois – après d’autres, la langue est traversée, est travaillée par la lutte des classes, qui est elle-même dans la langue. Le féminin de la désinence “ eur ” sera donc “ naturellement ” en “ trice ” ou en “ esse ” pour les prolétaires (avec des exceptions : l'impératrice, la cantatrice – calque de l'italien), les travailleuses de base, les manuelles : factrice, fraiseuse, agricultrice, semeuse, serveuse, planteuse, sauteuse (en longueur).

 

Les femmes de pouvoir, matériel ou intellectuel, veulent le beurre et l’argent du beurre. Donc la féminisation des noms de métier et les testicules. D’où une auteure, une professeure, une chercheure (douée d’une tête chercheuse). D'où également la Garde des Sceaux qui a autorité sur les gardiennes de prison.

 

Pour terminer, un petit exemple de délire, que j'ai cité par ailleurs et qui concerne l'écriture inclusive qui a bien du mal à entrer dans les mœurs, même chez ses adepte-e-s les plus ardents-e-s. Dans l’annuaire d’un institut d’enseignement et de recherches parisien, j'ai lu ceci : « L’[…] compte près d’une centaine d’enseignan-t-e-s, intervenant-e-s professionnels et conférencier-e-s. » Bizarrement, " professionnels " ne porte que la marque du masculin (le problème est peut-être – ce texte ayant été rédigée par une femme –qu’une " professionnelle " pourrait faire penser à " prostituée " ) ; " intervenant " est un adjectif substantivé dont le féminin, depuis le début du XVIIe siècle, est " intervenante " ; " conférencier " a pour féminin " conférencière " depuis au moins le XIXe siècle ; " enseignant " est un adjectif et un nom dont le féminin est " enseignante " depuis le milieu du XVIIIe siècle.

 

Et, pour la route, deux exemples d'écriture militante, le premier de Maxime Vivas, le second de moi :

 

« Les électeurs (électrices) venu(e)s écouter les élu(e)s sont reparti(e)s contents (contentes) et nombre d’entre eux (elles) voteront pour les nouveaux (nouvelles) candidats (candidates) recommandé(e)s par les talentueux( talentueuses) orateurs (oratrices) toulousains (toulousaines) venus exalter la fraternité (sororité) des maires (mairesses) et des militant(e)s nationaux (nationales) ».

 

« Hier, je suis allé au zoo ; j’ai vu des lion-n-es, une tigre [tigresse est impossible à cause de " bougresse " ou "diablesse " ], une âne [pas d’ânesse pour la même raison], un girafe [renversons la problématique, comme on dit dans les médias], un ours et une ours avec ses ourson-n-es, une chameau [là , je suis tiraillé : une chameau " est insultant mais " une chamelle " fait penser à " femelle" , insulte possible] et une éléphanteau ».

 

Danièle Sallenave est allée chez sa coiffeure après avoir salué sa facteure
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commentaires

A
C'est curieux je n'arrive pas à accrocher à ce sujet. Pourtant j'essaie. Je sais bien que chaque mot porte en lui un monde mais je n'arrive pas à voir dans les appellations actuelles une dévaluation des femmes. Par exemple ´ ambassadrice ´. Si le mot désigne à la fois l'épouse de l'ambassadeur et la personne qui occupe la fonction, en quoi cela nuit-il à la distinction entre les deux situations et en quoi cela serait-il réducteur pour la femme nommée à ce poste ? Selon cette logique on pourrait peut être même y voir aussi, pour la compagne de l'ambassadeur, une marque de subordination puisque son titre elle le tient de son conjoint ?<br /> Nous savons que tout est dans tout.....et inversement ( ça va se soi ! ), que l'ensemble est la totalité de ses parties et même selon certains plus grand que la somme de ses parties et par conséquent qu' il n'y a pas de sujets mineurs mais certains sont, à mon avis, sur-actualisés et pompent une partie d'une énergie utile ailleurs ? Débat vieux et inépuisable. <br /> C'est de la culture étasunienne qui se répand chez nous où tout peut être débattu et même contesté sauf le système lui-même dont on arrive même plus à imaginer l'existence d'une alternative.
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G
J'ai toujours eu un problème avec Madame l'Ambassadrice. Mon père était inspecteur de l'Education nationale. Il ne serait venu à l'idée de personne d'appeler sa femme Madame l'Inspectrice.
D
Parfois existe un féminin qui ne l'est pas, voici ce qui me vient:<br /> Le polonais Chopin (qui boit une chopine) joue une polonaise<br /> Le cuisinier utilise sa cuisinière<br /> Le limousin conduit sa limousine<br /> Le pèlerin porte sa pèlerine<br /> Le brochet se mange en brochettes<br /> Le poulain porte des poulaines <br /> tandis que la poulaine portera des poulains<br /> et coquin :<br /> Le chevalier enfile sa chevalière<br /> Le canadien aussi enfile sa chaude canadienne<br /> Le mandarin s'envoie une mandarine<br /> Le capucin cueille une capucine<br /> Le bénédictin se pourlèche d'une bénédictine<br /> à suivre...
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J
"Autrice" est d'emploi courant aux XVIIe et XVIIIe siècles, notamment chez Restif de la Bretonne, et encore attesté au début du XXe siècle: https://fr.wiktionary.org/wiki/autrice . Le Grand Larousse du XXe siècle a une entrée "autrice", mot qu’il définit comme le féminin d’auteur, précisant : «aujourd’hui inusité ». Le mot existait aussi en latin : l'expression "Maria autrix Dei" est une variante de "Maria mater Dei".<br /> Mais il y a malgré tout un petit problème : "autrice" est aussi une variante d' "autruche" : "Un buhot [tuyau] d'argent à porter plume d'autrice [autruche] , Du Cange" (Littré).
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L
Aux dépends de la logique, c'est presque toujours l'euphonie qui impose un mot plutôt qu'un autre, et sa plus grande brièveté, d'où la préférence pour " une auteure, au lieu d'autrice, plus agréable à prononcer, et pour la "garde" des sceaux, et non "gardienne" qui, en plus, allonge la sauce, si je puis dire...<br /> Et pourtant on dit bien, une gardienne de prison, ou de troupeau, mais dirait-on "gardienne de but" ? A mon avis, non, pour la raison euphonique que "but' (comme seaux) n'a qu'une seule syllabe, et qu'il est plus rapide de dire "gardien de but" et "garde des sceaux" ... Mais, bon, il faudrait demander l'avis d'une joueuse de foot...
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J
Hier Macron a été interrompu par une gilet jaune...ou coupée par une gilette jaune, une fine lame de la contestation. Au fait Macron est il glabre?
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A
"Au fait Macron est il glabre?" Apparemment... de partout ! Même les deux "verrues entourant son... nez bulbeux" (comme écrivait je ne sais plus qui) seraient glabres pour mieux glaboter quand il apercevait un certain B...a !