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4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 06:30

Revue de presse (297)

 

 

Marianne se demande ce que la France va faire dans la galère de la reconnaissance faciale. Alicem, le projet d'identification par reconnaissance faciale de l'Etat français, est attendu dans les mois à venir. Curieux, que la France se porte à la pointe d'une telle technologie tandis qu'en Californie, par exemple, plusieurs villes interdisent déjà son usage par les services publics au nom des libertés civiles…

 

En fait, le système Alicem ne choque pas tant dans son application prévue à ce stade que dans ce qu'il représente pour le futur. "Alicem ne crée pas la surveillance généralisée mais elle normalise la reconnaissance faciale dans l'esprit des gens", selon Benoît Piedallu, membre de La Quadrature du net. "C'est un énième avatar de la vidéosurveillance, dont nous voyons les premiers essais industriels depuis les attentats de 2001", remarque Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS. Pour ce sociologue, spécialiste des politiques de sécurité, le risque de voir le champ d'application d'Alicem dépasser celui de la simple identification est bien réel : "Il y a toujours un risque que, dans deux ou trois ans, une nouvelle vague d'attentats pousse des politiques à demander la connexion de ce fichier aux fichiers de police", avance-t-il. "Dans le contexte post-attentats de 2015, on observe un grignotage régulier des libertés civiles, en particulier sur Internet où, à certains égards, il y a un alignement de facto des pratiques des Etats démocratiques sur celles des régimes plus autoritaires, abonde Julien Nocetti, chercheur associé à l'IFRI. Il ne faut pas être naïf : nous ne sommes pas immunisés à d'éventuelles dérives".

 

 

 

Également dans Marianne, Raquel Garrido, qui est d’origine chilienne, replace en perspective le mouvement de contestation actuel au Chili : « Le 11 septembre 1973, le coup d’Etat contre le président élu Salvador Allende a été motivé par des intérêts économiques. L’oligarchie nationale ne voulait pas partager. Les États-Unis ne voulaient pas qu’une nation latino-américaine s’émancipe. Avec l’aide de l’économiste de Chicago Milton Friedman, Pinochet a mis en place un modèle d’économie ultra-libérale. L’école, la santé, l’eau, ont été privatisées. Un système de retraite par capitalisation a été créé, au bénéfice de fonds de pensions. Le ministre du travail et des retraites s’appelait José Piñera. Son petit frère, Sebastián, qui a fait fortune pendant la dictature, est aujourd’hui le Président du pays. Il a été élu dans un océan d’abstention. Les Chiliens sont plutôt dégoûtés de la politique. »

 

 

Toujours à propos du Chili, Le Grand Soir reprend un éditorial de La Jornada : “ Les grandes avenues s’ouvrent enfin ” : «Si ce soulèvement populaire peut paraître surprenant dans un pays où, à l’exception de mouvements sectoriels ponctuels, la population avait montré une capacité de résignation quasi illimitée face à la détérioration continue des conditions de vie du plus grand nombre, il l’est moins au prisme du contexte régional actuel. En effet, quelques jours seulement avant que la bourde de Piñera ne pousse les Chiliens dans la rue, la société équatorienne avait forcé le président Moreno à reculer dans sa tentative de sacrifier le pays pour satisfaire l’oligarchie et le Fonds monétaire international, tandis qu’en Argentine, la droite dure de Mauricio Macri se dirige vers une confirmation de l’écrasante défaite électorale subie lors des primaires d’août dernier, résultat du rejet du coût social de ses politiques néolibérales. En plus de montrer la généralisation d’un ras-le-bol d’un système économique prédateur devenu insoutenable, l’unité affichée par la société chilienne est un écho retentissant des dernières paroles du président Salvador Allende qui, peu avant sa mort, prédisait la réouverture des grandes avenues par lesquelles l’homme libre marcherait de nouveau pour construire une société meilleure. »

 

 

Marianne complète le tableau en estimant que la vitesse est devenue un des substrats idéologiques du capitalisme financier: « La vitesse comme idéologie et comme projet. En marche, par tous les moyens et le plus vite possible. Parce que l'abolition des distances et l'immédiateté des communications sont gages de croissance et que la croissance est notre drogue dure. Mais rien ne se passe comme prévu. Tout à coup, les classes moyennes, du Liban au Chili, en passant par la France, s'aperçoivent que, pour colmater les brèches d'un navire mondial qui prend l'eau de toute part, les gouvernements rétablissent l'octroi et le tonlieu, les impôts médiévaux qui limitaient les déplacements des serfs et des commerçants. Le néolibéralisme, qui s'est tant gaussé de ces pays soviétiques où les allées et venues des ouvriers étaient strictement contrôlées, assigne à résidence ceux dont elle a organisé la vie autour de la réduction des distances. »

 

Revue de presse (297)
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