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20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 06:22
 Par Jacques Littauer. Analyse inspirée par Les Économistes atterrés. Le premier d'une série de cinq articles. Très intéressant.

 

En France, dès qu’il s’agit du système des retraites, on entend un peu tout et n’importe quoi, surtout quand il est question de réformer ledit système. Du coup, le camarade Jacques Littauer a eu envie de tirer les choses au clair, alors qu’un mouvement de contestation de grande ampleur se prépare dans le pays, avec comme (premier) point d’orgue une grève générale des transports le 5 décembre.

Le système coûte-t-il vraiment top cher ? Faut-il absolument repousser l’âge du départ à la retraite ? Les régimes spéciaux doivent-ils être supprimés au nom de l’égalité républicaine ? Autant de questions auxquelles vous trouverez les réponses ici, à raison d’un nouveau billet chaque jour du 25 novembre au 5 décembre. Bref, aucune excuse pour ne pas être incollable sur la question. 

 

 
Réforme des retraites : Le déficit  ? Quel déficit  ?

Comment serait-il possible de financer les pensions de nos vieux, et les nôtres, à nous actifs, demain ? Im-po-ssi-ble, évidemment. Sauf que. Le déficit annoncé pour 2025 est de 27 milliards d’euros. Vous ne savez pas ce que c’est, 27 milliards ? Moi non plus. Mais nous devrions tous savoir que Lionel Jospin avait créé le Fonds de Réserve des Retraites. Ce fonds, c’est nous qui l’avons alimenté avec notre pognon, en lui filant chaque mois des cotisations sociales. 

  • Or ce fonds, dont personne ne parle, se porte très bien. Il a aujourd’hui sur son compte en banque 32 milliards d’euros. 32, c’est plus que 27, non ? « L’urgence » brandie par le gouvernement… n’existe pas.
  • Plus fort : Jospin n’a pas été le seul à être prévoyant. Vous connaissez l’Agirc-Arrco (Association générale des institutions de retraite des cadres – Association des régimes de retraite complémentaires) ? Ce sont des caisses complémentaires à la Sécu, privées, auxquelles des millions de personnes cotisent. Elles aussi ont mis des sous de côté. Et pas qu’un peu : 116 milliards d’euros. En plusdes 32, oui oui.
  • Je continue : en 1996, un machin a été créé afin de gérer la dette de la Sécu. Il s’appelle la Cades, pour Caisse d’amortissement de la dette sociale. En 2024, cette caisse aura fini de rembourser la dette de la Sécu. De ce fait, comme l’a signalé son Président, Jean-Louis Rey, « en 2024, ce sont l’équivalent de 24 milliards d’euros qui seront disponibles. Aucun gouvernement ne s’était trouvé historiquement avec une telle manne !  ». 24 milliards, en plusdes 116 et des 32 ? Comme je vous dis. (Tous ces chiffres sont tirés de l’excellent article de Christian Eckert, ancien secrétaire d’État de Hollande au Budget et aux Comptes publics, qui, si si c’est possible, est un homme compétent et honnête. Vous pouvez aisément les vérifier).
  • Enfin, si vous lisez ce résumé du dernier rapport du Conseil d’Orientation des retraites, le COR, vous verrez – page 16– que le déficit du système ne sera de 27 milliards d’euros en 2030 que dans le pire des cas. Selon les autres scénarios, il pourrait n’être que de 13 ou 19 milliards. Étonnamment, le gouvernement n’a retenu que le pire.
  •  

Conclusion : sans rien changer à rien, notre système de retraites est parfaitement viable au moins jusqu’en 2050, facile.

 

Réforme des retraites : la solution c’est l’emploi  !

 

Plusieurs mesures simples à suivre

Tout d’abord, responsabiliser les entreprises. D’un côté, on nous demande d’aller à l’usine jusqu’à 70 ans, et, de l’autre, les boîtes vous virent, dès 50 ans. Il y a un petit problème, là, non ? Les entreprises devraient avoir un plan d’accompagnement du vieillissement de leurs salariés, les former de manière permanente, les faire évoluer, aménager leurs tâches et leurs temps de travail au fil de leur vie. Et être lourdement sanctionnées financièrement quand elles ne prennent pas soin de leurs salariés comme elles le devraient.

 

Deuxième piste : le travail des femmes. De nombreuses femmes restent à la maison, ou sont condamnées au travail à temps partiel, parce qu’elles n’ont pas de solution de garde pour leurs enfants, alors que leur homme est retenu tard le soir au Bar-PMU ou à des « réunions extrêmement importantes tu comprends ». Une solution simple est d’assurer une place à chaque enfant en bas âge, partout en France, toute la journée. Et d’étendre les heures de garde à la maternelle, et à l’école primaire, partout aussi, et notamment dans les banlieues, afin de permettre aux mères de se rendre à leur travail, parfois éloigné.

 

Troisième piste : lutter, enfin, contre les discriminations. Savez-vous que, si vous êtes Tunisien, vous ne pouvez pas être prof de maths titulaire  ? Car il faut être Français, môssieur – ou ressortissant d’un pays membre de l’Union Européenne – pour enseigner Pythagore. Et ce n’est pas que dans le public. Dans les si mal nommées professions « libérales », on s’arrange aussi pour exclure les pas Français, en leur demandant de posséder des diplômes gaulois. (Par contre, pas de problème pour les exploiter comme précaires, comme à l’hôpital). Au total, pas moins de 5 millions d’emplois sont fermés aux étrangers. Mettre fin à cette discrimination leur permettrait de bosser, et donc de cotiser à la retraite de Mamie Ginette.

 

Enfin, le plus évident : nous vivons dans une situation absurde où des millions de personnes sont sans emploi, tandis que des besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits. Or le chômage tue, donc c’est un peu dommage. Des tâches urgentes, elles, vraiment, il y en a à la pelle : logements pour les millions de mal-logés ; développement massif des transports en commun ; isolation des bâtiments ; passage à une agriculture 100 % biologique…

 

Réforme des retraites : On est les champions du monde  !

Le système de retraite français a accompli la plus gigantesque réduction de pauvreté de toute notre histoire. Il y a quelques décennies, seuls les rentiers, les propriétaires terriens, les commerçants ou les agriculteurs qui pouvaient revendre leur affaire, disposaient d’une bonne situation lorsqu’ils ne pouvaient plus travailler. Pour les autres, être vieux signifiait être pauvre. Parce que la retraite était soit inexistante, soit très faible.

 

Puis des hommes et des femmes, dont beaucoup de droite, se réunirent, grâce aux Nazis, dans le Conseil National de la Résistance. Puis des gens comme Alexandre Parodi, dont la vie nous est longuement présentée à l’école, ont créé la Sécu.

 

Grâce à eux, aujourd’hui, un salarié dont le salaire net s’élève à 1 300 € par mois coûte, en réalité, à son employeur, 2 200 € chaque mois ! Impressionnant, non ? Où vont les 900 € de différence ? Dans les caisses de la Sécu. C’est ce que l’on appelle, si l’on est lucide, du « salaire socialisé », ou du « salaire différé ». Si l’on est un patron, on dénonce ces insupportables « chââârges ».`

 

« Tu seras bien content s’il t’arrive quelque chose »

 

Ces sommes, d’un montant inouï en effet, nous sont rendues lors des aléas de l’existence : allocations chômage, remboursements de frais de santé, accès à la formation, allocation adulte handicapé, allocations familiales, soins gratuits aux urgences, congé maladie, congé maternité, etc. Et, bien sûr, pensions de retraite. Si vous n’êtes jamais au chômage, jamais malade, jamais pauvre, jamais enceinte, et que vous mourrez le soir de votre pot de départ à la retraite, on ne vous rembourse pas.

 

Une leçon évidente, mais souvent oubliée, de tout cela, c’est que ce n’est pas « l’État » qui nous verse notre retraite. Nous nous la versons à nous-mêmes, puisque les sommes qui nous sont versées à la retraite correspondent à celles qui ont été prélevées sur notre salaire alors que nous étions jeunes. 

 

Certes, ce sont les employeurs qui font des chèques à l’URSSAF (Union de Recouvrement pour la Sécurité Sociale et les Allocations Familiales), l’organisme qui collecte les cotisations sociales auprès des boîtes. Mais cet argent, les patrons le prennent sur notre salaire, par sur leurs profits  !

 

Reprenons notre exemple du salarié à 1 300 € net par mois. Son salaire brut est de 1 660 € par mois. Cette personne se fait piquer, rien que pour sa retraite, 187 €, tous les mois (voir infographie). Si cette cotisation n’existait pas, M. Macron toucherait tous les mois 1 487 €. Vous croyez qu’il en épargnerait spontanément 187 € pour ses vieux jours  ?

 

La plus grande force du système de Sécu, c’est celle-là : nous prendre, sans nous demander notre avis, plein de thunes sur notre salaire, pour nous forcer à disposer d’une retraite lors de nos vieux jours. Cela s’appelle le paternalisme (désolé les femmes), et ce n’est pas vraiment au goût du jour. Mais si vous levez la tête, vous verrez que le paternalisme est un élément essentiel de notre bonheur et de notre liberté. 

 

Réforme des retraites : un système à mauvais points

 

Les arguments du gouvernement en faveur de la retraite à points sont la « simplicité » et « l’égalité ». La réalité est autre : il s’agit de mettre en place un système qui garantisse au gouvernement que les dépenses de retraite ne vont pas augmenter dans l’avenir. Comme les retraités seront de plus en plus nombreux, cela veut dire que les pensions vont baisser.

 

Pour cela, le gouvernement veut prendre le système des retraites des mains des syndicats et du patronat, pour le gérer tout seul à l’Élysée. Et décider, peinard, de baisser nos retraites quand il en aura envie. Et il en aura très envie, le bougre.

 

La vie, c’est trop long

 

L’inconvénient majeur du système à points est qu’il prend en compte l’ensemble de la carrière. Cela peut sembler logique. Mais cela veut dire que nous n’avons plus le droit à l’erreur : se retrouver au chômage, travailler à mi-temps, ou s’arrêter de travailler pour se consacrer à sa collection de timbres se paiera cash au moment de la retraite, c’est-à-dire durant une période qui durera tout de même 20 ou 30 ans pour beaucoup d’entre nous… 

 

Une disposition qui va pénaliser des millions de femmes, qui « choisissent » bêtement de moins travailler, ou de moins faire carrière, ou de s’arrêter carrément pour s’occuper de leurs enfants, de leurs parents, de leurs frères et de leurs sœurs, ouh, ouh c’est le bonheur.

 

De plus, et paradoxalement, pour un gouvernement qui ne cesse de vanter « une société ouverte où chacun a ses chances », le système par points signifie que celui qui a eu le malheur de commencer sa carrière salariale au bas de l’échelle va être pénalisé. Ainsi, entre deux ingénieurs, payés pareil, qui prennent leur retraite au même moment, celui qui, fils d’ouvrier, a commencé avec un CAP aura une pension de retraite beaucoup plus petite que celui, fils de prof, sorti d’une grande école. Ce n’est pas, ou nettement moins, le cas dans le système actuel, où « seules » les 25 meilleures années sont prises en compte dans le privé. Et, les six derniers mois pour les fonctionnaires.

 

Ceux-ci justement seront les plus grands losersde la réforme. Les profs, en particulier, perdront, dans certains cas, un quart de leur retraite. Mais ce n’est finalement pas cher payé pour des gens qui bossent, au maximum, à mi-temps toute leur vie. (Je plaisante, j’en suis un  !).

 

Papa, pourquoi t’es déjà mort ?

 

Lisons cette publication de l’INSEE (de 2018) :

« Plus on est aisé, plus l’espérance de vie est élevée. Ainsi, parmi les 5 % les plus aisés, l’espérance de vie à la naissance des hommes est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus pauvres, soit 13 ans d’écart. Chez les femmes, huit ans séparent les plus aisées des plus pauvres  ».

 

Est-ce que ce n’est pas complètement dingo cette histoire ? On ne parle pas de six mois, d’un an, bon, allez, de deux ou trois ans d’écart d’espérance de vie, ce qui ne serait pas si énorme quand on vit jusqu’à 85 ans. Non : TREIZE ANS. Et ce ne sont pas les mêmes vies, en plus, hein. Mais, magie du direct sur BFM, on arrive à parler de la « réforme des retraites » à longueur d’antenne sans évoquer ce sujet majeur.

 

Les inégalités, c’est trop bien

 

Car non seulement le gouvernement ne fait rien pour les livreurs, ouvriers, magasiniers, etc. qui crèvent avant les avocats, médecins, et ministres, mais il les enfonce un peu plus. 

 

En effet, Emmanuel-Macron-aux-mains-blanches ne like pas le terme de « pénibilité », car ce terme « induit que le travail est une douleur ». Dix facteurs de pénibilité avaient été retenus, même s’ils ne servent presque à rien. Mais à cause de Manu-pas-mal-au-dos, quatre ont été retirés : manutention de charges lourdes ; postures pénibles ; vibrations mécaniques ; et agents chimiques dangereux. Effectivement, à l’Élysée, il n’y a rien de tout ça.

 

Je continue ? Allez. La même publication de l’INSEE nous livre cette information fascinante : « Aux alentours d’un niveau de vie de 1 000 euros par mois, 100 euros supplémentaires sont associés à 0,9 an d’espérance de vie en plus chez les hommes et 0,7 an chez les femmes. » 

 

Je traduis : tu gagnes 1 000 euros par mois – toute ta vie –, tu meurs, mettons, à 75 ans. Tu gagnes 1 500 euros par mois, ce n’est pas une différence énorme. Sauf que tu gagnes 5 ans de vie en plus. Donc, littéralement, l’argent, c’est la santé, c’est la vie. Et dans des proportions très importantes.

 

Allez, reste encore un peu, devenir vieux

 

Évidemment, le gouvernement fait comme si sa réforme n’avait que des avantages. Mais ce n’est pas du tout le cas. Car, avec l’introduction d’un « âge pivot » (auquel personne ne comprend rien), si vous partez un peu trop tôt – ou si votre employeur vous met à la porte avant la fin du match – vous allez manger vos dents. 

 

Exemple : vous commencez à travailler à 20 ans, et vous partez à 62 ans. Mais l’âge pivot a été fixé par le gouvernement à 64 ans. Il vous manque 2 ans. Ça ne parait pas énorme, mais vous allez y laisser 14 % de la retraite. A 64 ans, vous auriez touché 1 000 euros de pension par mois ; eh bien là ça ne va être que 860.

 

Cette perte, c’est ce que l’on appelle la « décote ». Mais ça marche aussi dans l’autre sens, avec la « surcote », pour ceux qui jouent les prolongations au bureau, plutôt que de passer leurs après-midi avec Bobonne devant TF1. Comme l’explique mon maître Henri Sterdyniak, membre du chouette collectif des Économistes Atterrés, dont je tire toutes ces informations : « à 62 ans, un ouvrier subira une décote de 10 % ; à 66 ans, un cadre bénéficiera d’une surcote de 10 %, alors qu’en réalité ils ont, à ces âges respectifs, la même espérance de vie. ».

 

Et, bien sûr, plus on va avancer dans le temps, plus l’âge pivot va s’éloigner, un peu comme l’horizon à la fin des BD de Lucky Luke : 65 ans pour ceux nés en 1974 et après, 66 ans pour la génération 1987, et 112 ans pour ceux nés à partir de 2100.

 

 

 

Il ne faut pas réformer les retraites (I)

 

Allez, reste encore un peu, devenir vieux

 

Évidemment, le gouvernement fait comme si sa réforme n’avait que des avantages. Mais ce n’est pas du tout le cas. Car, avec l’introduction d’un « âge pivot » (auquel personne ne comprend rien), si vous partez un peu trop tôt – ou si votre employeur vous met à la porte avant la fin du match – vous allez manger vos dents. 

 

Exemple : vous commencez à travailler à 20 ans, et vous partez à 62 ans. Mais l’âge pivot a été fixé par le gouvernement à 64 ans. Il vous manque 2 ans. Ça ne parait pas énorme, mais vous allez y laisser 14 % de la retraite. A 64 ans, vous auriez touché 1 000 euros de pension par mois ; eh bien là ça ne va être que 860.

 

Cette perte, c’est ce que l’on appelle la « décote ». Mais ça marche aussi dans l’autre sens, avec la « surcote », pour ceux qui jouent les prolongations au bureau, plutôt que de passer leurs après-midi avec Bobonne devant TF1. Comme l’explique Henri Sterdyniak, membre du chouette collectif des Économistes Atterrés, dont je tire toutes ces informations : « à 62 ans, un ouvrier subira une décote de 10 % ; à 66 ans, un cadre bénéficiera d’une surcote de 10 %, alors qu’en réalité ils ont, à ces âges respectifs, la même espérance de vie. ».

 

Et, bien sûr, plus on va avancer dans le temps, plus l’âge pivot va s’éloigner, un peu comme l’horizon à la fin des BD de Lucky Luke : 65 ans pour ceux nés en 1974 et après, 66 ans pour la génération 1987, et 112 ans pour ceux nés à partir de 2100.

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commentaires

A
« Grâce à eux, aujourd’hui, un salarié dont le salaire net s’élève à 1 300 € par mois coûte, en réalité, à son employeur, 2 200 € chaque mois ! Impressionnant, non ? Où vont les 900 € de différence ? Dans les caisses de la Sécu. C’est ce que l’on appelle, si l’on est lucide, du « salaire socialisé », ou du « salaire différé ». Si l’on est un patron, on dénonce ces insupportables « chââârges ».`<br /> Il me semble qu’il faut bien insister sur cette explication. En effet la totalité des cotisations c’est à dire la cotisation employeurs ( les fameuses charges ) + la cotisation salarié = le salaire différé.<br /> Donc quand un gouvernement décide généreusement ‘’ d’ alléger les charges employeurs ‘’ Il le fait avec le salaire du salarié en d’autres termes C’EST LE SALARIÉ QUI PAIE À SON EMPLOYEUR CE CADEAU. Quand certains disent qu’il faudra bientôt que le salarié paye pour travailler, on y va tranquillement.<br /> Je n’insisterai pas sur le coup de bonneteau concernant le glissement du salaire différé sur le salaire direct car nous avons tous compris depuis longtemps que cette augmentation du salaire direct nous le paierons une seconde fois par la difficulté d’accès aux services dont le financement aura été réduit d’autant.
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