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14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 06:36

Depuis cinquante ans, la gauche et la droite ont voulu de l’immigration, pour des raisons différentes. La droite et la classe dominante pour faire baisser le coût du travail, la gauche parce qu’elle avait cru voir dans l’immigration un autre prolétariat se substituant à une classe ouvrière ayant – croyait-elle – disparu. Cette même gauche a alors vu resurgir un problème qu’elle pensait évacué depuis 1905 : une religion particulièrement visible, à cheval sur le privé et le public, sur le sociétal et le politique, sur le cultuel et le culturel. Une religion traversée par des valeurs dont la société française avait mis des siècles à essayer de se débarrasser, comme la tradition au service de la réaction, le patriarcat, le machisme, la pudibonderie. Et une religion qui, qu’on le veuille ou non et même si elle n’est pas la seule, est une fauteuse de troubles graves un peu partout dans le monde. Je ne parlerai pas de ces deux jeunes filles égorgées au nom d’Allah devant la gare de Marseille, ni du massacre des collaborateurs de Charlie Hebdo, mais plutôt d’un événement sans précédent quoique non létal en octobre 2001. Lors d’un match de football France-Algérie auquel assistait le président de la République, des spectateurs d’origine algérienne sifflèrent l’hymne national français. Á la 76è minute, des centaines de supporters envahirent le terrain alors que la France menait 4 à 1. La partie cessa (à noter que le 8 septembre 2007, des supporters italiens avaient sifflé “ La Marseillaise ” à Milan lors d’une qualification pour l’Euro).

 

Assurément la colonisation de l’Algérie par la France, puis la longue et meurtrière guerre d’Algérie furent un drame et ont laissé des traces dans tous les esprits. Lyrique, le jeune banquier éborgneur qui nous gouverne parla même de « crime contre l’humanité » à propos de la colonisation en général. Il avait raison au sens où toute colonisation détourne des populations entières, donc une humanité, de sa nature profonde, de son évolution propre, du destin qu’elle s’est choisie. Cela dit, l’identité de l’Algérie en tant que nation s’est forgée durant la colonisation. La Guerre d’indépendance souda de peuples qui s’étaient combattus à maintes reprises. Signe que le nationalisme en Algérie est particulièrement fort, son hymne national est l’un des rares au monde (le seul ?) à s’en prendre à un pays étranger :

 

Yâ firansâ qad madhâ waqt ul-ʿitâb

Ô France ! le temps des palabres est révolu

Wa tawaynâhu kamâ yutwa l-kitâb

Nous l'avons clos comme on ferme un livre

Yâ firansâ inna dhâ yawm ul-hisâb

Ô France ! voici venu le jour où il te faut rendre des comptes

fa-staʿiddî wa khudhî minnâ l-jawâb

Prépare toi ! voici notre réponse

Inna fî thawratinâ fasl al-khitâb

 

Tout de même : l’ironie de l’Histoire est que le pays qui a le plus lutté contre la France pour se libérer de son joug est celui qui a envoyé (ou laissé partir) le plus grand nombre de ses ressortissants vers l’ancienne puissance colonisatrice honnie. Avant la Guerre de 1914/1918, il y avait 13 000 Algériens en France qui travaillaient dans les mines, le bâtiment ou certaines industries en bénéficiant des mêmes droits sociaux que les travailleurs français. Après 1945, l’apport des travailleurs algériens fut considérable, les immigrés – dont une forte proportion d’Algériens – ayant construit 90% des autoroutes françaises et un logement sur deux. Les années soixante et soixante-dix furent une période de très forte immigration, la population algérienne vivant en France passant de 350 000 à 800 000 (contre 450 000 Marocains). La victoire du parti islamiste FIS aux élections de 1990 poussa 100 000 Algériens à demander le statut de réfugié politique entre 1993 et 2003. La France en accorda moins de 20 000, contre 44 000 à l’Allemagne. La population algérienne en France est aujourd’hui variée puisque 25% des médecins étrangers exerçant dans les hôpitaux français sont algériens.

 

En décembre 2019, je me posais dans la question de savoir si l’immigration était un bienfait économique pour la France. Sans savoir répondre formellement à cette question. J’écrivais ceci : « Á ma connaissance, aucune étude sérieuse n’a pu déterminer, au milliard d’euros près si, depuis une cinquantaine d’années, l’immigration a été une chance économique ou pas pour notre pays. Que l’on écoute des gens de droite ou des gens de gauche s’exprimer sur la question, on n’obtient en fait que des réponses idéologiques, du discours. Pour la gauche de gouvernement – qui oublie que Marx et ses épigones ont toujours considéré les travailleurs immigrés comme une armée de réserve au service du patronat, en concurrence avec les travailleurs locaux, pour faire baisser les salaires – l’immigration est du sang neuf, de la diversité pour notre société, un enrichissement. La droite considère comme de première nécessité un afflux continuel de main-d’œuvre, en provenance principalement de l’Afrique. Avec deux fonctions principales : pallier le manque de travailleurs locaux dans les métiers pénibles et peu qualifiés, et abonder nos retraites. Jean-Paul Delevoye, spécialiste en cette matière, exprime parfaitement le point de vue et les désidérata du capitalisme financier quand il affirme que l’Europe a besoin de 50 millions de travailleurs immigrés pour que nos régimes de retraite soient à l’équilibre, alors qu'il y a 150 milliards d'euros en réserveNotez bien la rigueur de cette éminence : 50 millions, pas 55 ou 48. Une question simple à Delevoye et ses patrons : le destin d’un enfant malien (sarakolé si possible) est-il de s’arracher à son village, à sa famille, à l’âge de 20 ans, de parcourir un périple semé d’embûches et d’accepter pendant quelques dizaines d’années des travaux pénibles pour payer nos retraites ? La réponse est oui, si l’on considère que l’Afrique doit, pour l’éternité, subir une colonisation dont la forme s’adapte au gré du gré des pays riches : après le pillage des ressources, la détérioration des termes de l’échange et, actuellement, le pillage, le rapt des humains. »

 

Économiquement, l’immigration n’est positive pour le pays d’accueil que si le niveau moyen des immigrés et de leurs descendants est supérieur au niveau moyen de qualification des populations d’origine. Le problème étant de savoir – et je n’en sais naturellement rien – si la France dispose de réserves importantes de travailleurs, avec les chômeurs, les femmes ou les personnes de plus de cinquante ans. Avant de rapporter, l’immigration a un coût. En terme d’investissement public, le prix Nobel d’économie Maurice Allais l’avait évalué à quatre fois le revenu potentiel de l’arrivant.

 

Encore une fois, les immigrés sont là au mauvais moment. Les dépenses publiques se faisant désormais en euros constants, ce que l’on donne à l’un, on le prend à l’autre. Rien de tel pour mettre en concurrence populations d’origine et immigrées et accroître l’hostilité. Le capitalisme financier a augmenté ses profits par le biais de la spéculation internationale, de la privatisation des services publics, de la diminution de la protection sociale et des salaires. Qu’elles l’aient voulu ou non, les forces communautaristes, identitaires et racialistes sont devenues les idiotes utiles de ces politiques.


 

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