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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 06:08

 

Le Danemark a connu une forte immigration ces quarante dernières années. Récemment, des mesures ont été prises pour préserver une certaine homogénéité de la population danoise. Jusqu’en 1975, l’immigration avait été faible au Danemark, principalement en provenance des pays d’Europe du nord. Puis le pays manquant de main-d’œuvre, des travailleurs étrangers furent accueillis à cette époque : Turcs, Pakistanais, Africains, Moyen-Orientaux. L’ouverture des frontières par l’Allemagne en 2015 créa une arrivée soudaine de demandeurs d’asile, dont le nombre tripla en deux ans, tandis que celui des bénéficiaires du regroupement familial doublait. Une cinquantaine de milliers de migrants (principalement des Syriens et des Afghans) entrèrent dans un pays comptant moins de 6 millions d’habitants. Le nombre de résidents au Danemark nés hors du pays est passé de 93 000 en 1960 à 613 000 en 2019, dont la moitié issus de pays non-européens. Le Danemark compte désormais plus de 800 000 personnes issues de l’immigration (13% de la population).

 

Malgré un coût annuel de 4 milliards d’euros, la politique d’immigration connaît des ratés sérieux. Les autorités dénombrent 25 ghettos dans lesquels vivent 50% de non-Européens, 50% de chômeurs et 3% de personnes ayant commis des délits. Dans ces ghettos, de nombreuses écoles privées musulmanes ne préparent pas les enfants – selon les pouvoirs publics – à une véritable insertion dans la société danoise. Par ailleurs, c’est au Danemark que fut mise à prix en 2005 la tête de dessinateurs proches de l’équipe de Charlie Hebdo après que le Jyllands-Posten (quotidien conservateur) eut publié 12 caricatures relatives à Mahomet. Depuis une vingtaine d’années, une guerre des gangs fait rage, dans laquelle s’illustrent des Turcs, des Albanais, des Arabes. Cette guerre aliment l'hostilité vis-à-vis des immigrants.

 

En septembre 2015, le gouvernement danois prit diverses mesures afin de freiner le flux des migrants : baisse du revenu minimum, éloignement des déboutés du droit d’asile, interdiction du regroupement familial avant trois ans de résidence, raccourcissement de la durée des titres de séjours, abandon du quota fixé par les Nations Unies. Ces mesures eurent l’aval de la plupart des forces politiques. En 2020, les musulmans comptent pour 4, 1% de la population danoise.

 

 

 

 

L'islam dur aura-t-il raison de la République? (II)

 

Les Pays-Bas ont accueilli en nombre des immigrants de leurs anciennes colonies. Par exemple, 300 000 Indonésiens après la Deuxième Guerre mondiale, 200 000 Surinamais dans les années 1970. Ce ne fut pas toujours facile mais ces populations, en provenance d’Asie principalement, se sont intégrées tant bien que mal. Depuis une trentaine d’années, le pays a tenté de répondre par le multiculturalisme à une immigration très variée de plus en plus importante. Comme en Allemagne, des partis populistes ont canalisé les craintes et l’hostilité des populations d’origine. Selon les standards européens, les Pays-Bas sont quasi surpeuplés : plus de 400 habitants au km2 dans un pays de 17 millions d’habitants. Le pays comptait 53 000 étrangers en 1900, 100 000 en 1950, 540 000 en 1982. De 1996 à 2003, le nombre d'immigrés est passé de 1 284 106 à 1 714 155 personnes, soit un accroissement de 33,5 % en sept ans. Résident actuellement dans le pays 400 000 Turcs, 400 000 Marocains, 360 000 Indonésiens et 350 000 Surinamais. Le pays compte 900 000 musulmans (5% de la population).

 

Le nombre d’arrivants ne cesse de croître : 140 000 en 2008, 240 000 en 2018. La population extra-européenne est passée de 1% en 1972 à 13,5% en 2018. Une des raisons étant le vieillissement de la population d’origine et sa natalité en baisse. La population immigrée est particulièrement présente dans les grandes villes : à Rotterdam, Amsterdam, Utrecht et La Haye, la population d’origine devient minoritaire. Á Amsterdam, 52% des jeunes de moins de 18 ans sont originaires de pays hors OCDE. Á Rotterdam, 75 % des moins de 3 ans sont d'origine extra-européenne.

 

Bien que les Pays-Bas jouissent d’un taux de chômage peu élevé (3% en 2000, 6% en 2019) et qu’un milliard d’euros soit consacré chaque année à l’éducation et à des cours de langue pour les immigrés, l’intégration de ces populations n’est pas un franc succès. Les chômeurs sont surreprésentés chez les étrangers depuis les années 80 malgré des mesures de discrimination positive dans les années 90. Le taux d’emploi des femmes immigrées, celui des Turques et des Marocaines principalement, est très faible. Dans le cas des Syriens, l’aide sociale compte pour 90% de leurs revenus, ce qui ne résout pas leurs problèmes de chômage.

 

Le pays subit des actes de violence de la part de gangs albanais. Le gouvernement a demandé en 2019 à la Commission européenne de suspendre l’exemption des visas pour les Albanais mais cette demande n’est pas près d’aboutir.

 

Depuis l’époque de Descartes, et surtout depuis la séparation de l’Église et de l’État en 1848, les Pays-Bas présentent un vrai visage de tolérance, surtout en matière religieuse. Au XIXe siècle, le pasteur conservateur – pour ne pas dire réactionnaire – Abraham Kuyper a théorisé le principe de “ pilarisation ” de la société, chacun étant « souverain dans sa propre sphère ». Ce principe a été dévoyé par les colons qui se sont installés en Afrique du Sud, ce qui a donné l’apartheid. Les musulmans qui se sont installés ces cinquante dernières années au Pays-Bas ont utilisé cette pilarisation pour vivre au sein de leur communauté religieuse, ce qui a freiné l’intégration et renforcé les différences. C’est dans le cadre de la pilarisation que furent construites des mosquées, des écoles musulmanes et des universités islamiques. Par des financement conformes à la charia. Au nom de la pilarisation, la communauté musulmane tenta même, en vain, de construire à Rotterdam un hôpital avec des départements séparés pour les hommes et les femmes, avec de la nourriture halal, des lieux de prière, des tours de garde d’imams, du personnel médical arabophone respectant les croyances et coutumes des musulmans.

 

Bref, le pays s’est ghettoïsé. Il existe désormais des écoles publiques 100% arabo-africaines. Á Rotterdam, le Qatar a récemment financé l’ouverture d’un centre salafiste par le biais de la fondation Eidcharity, sur le site de laquelle chacun peut se rendre et apporter son obole (à condition de comprendre l’arabe).

 

Dans les rues, le port du voile se généralise, particulièrement chez les femmes turques et marocaines. Même si la loi interdit le port du voile intégral dans les écoles, les hôpitaux et les transports en commun. La consommation de nourriture halal est devenue majoritaire chez les musulmans qui deviennent de plus en plus visibles (6% de la population) tandis que les Néerlandais d’origine se sécularisent chaque jour davantage (un quart des Néerlandais se disent athées contre 14% en 2006). Les partis politiques musulmans sont en plein essor et particulièrement décomplexés : Tunahan Zuzu, le chef du parti Denk (musulman et turc), le seul parti néerlandais qui ne reconnaît pas le génocide arménien, a déclaré en octobre 2019 : « Si les Néerlandais ne veulent pas accepter le changement aux Pays-Bas, où vivent des gens de différentes cultures, comme dans la ville de Zaandam ou le quartier de Poelenburg, ils devraient partir. » Aux élections législatives de 2017, le parti Denk a obtenu trois députés (7,5% des voix à Amsterdam). Il souhaite que le mot “ intégration ” soit remplacé par “ acceptation ”. Ce ne serait plus aux immigrés de s’intégrer dans une société qui leur préexiste mais aux habitants d’origine d’accepter les étrangers tels qu’ils sont et qui resteraient séparés. Les trois députés du Denk ont été les seuls à ne pas voter la reconnaissance du génocide arménien.

 

L’autocensure règne désormais en maîtresse aux Pays-Bas. Les services de la mairie d’Amsterdam ne font pas appliquer les règles sur la Burqa. Des universitaires suggèrent aux Blancs d’origine néerlandaise de faire un effort pour s’intégrer dans les villes où ils sont désormais minoritaires. On notera un acte de résistance plutôt isolé : des journalistes ayant été empêchés d’évoquer l’arrivée de migrants dans la ville d’Appeldoorn, ils ont démissionné collectivement.

 

On a naturellement assisté au retour du refoulé. Ancien membre du parti travailliste néerlandais, l’universitaire Pim Fortuyn a mis en garde dans les années 1990 contre une immigration numériquement trop importante. Sans jamais parler de race et en se démarquant des partis d’extrême droite. Il estimait également que l’islam était incompatible avec les valeurs fondamentales des Pays-Bas et menaçait la séparation de l’Église et de l’État. Il fut assassiné par un écologiste radical qui lui reprochait de « se servir des musulmans comme de boucs émissaires ». Lors des élections subséquentes, le parti de Fortuyn envoya 26 députés à la chambre basse du Parlement en devenant le deuxième parti du pays

 

En 2004, Theo Van Gogh, arrière petit-neveu du peintre, était assassiné par un islamiste. Il était connu pour son talent de cinéaste et ses propos orduriers antisémites. En 2004, en collaboration avec Ayaan Hirsi Ali, cinéaste néerlando-étasunienne d’origine somalienne, il réalisa un court métrage sur la soumission des femmes dans l’islam. Le 2 novembre 2004, un musulman d’origine marocaine naturalisé néerlandais tuait Van Gogh de huit balles de pistolet. Il lui planta ensuite deux couteaux dans la poitrine dont l’un portait sur le manche une lettre adressée à Ayaan Hirsi Ali

 

Plus prudent, Geert Wilders a fondé le Parti pour la liberté en 2006, qui a connu un réel succès sur la durée. En bon libéral européen, Wilders a été l’assistant parlementaire de Frits Bolkenstein. Il est soutenu par des conservateurs étasuniens et par la droite israélienne. Il a fait l’objet de nombreuses menaces de mort et d’appels à son assassinat.

 

Plus modéré encore dans l’hostilité à l’islam, Thierry Baudet a fondé en 2017 le Forum pour la démocratie, parti qui est devenu la première force politique aux élections de 2019.

 

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