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16 janvier 2020 4 16 /01 /janvier /2020 06:27

 

 

Il se passe actuellement quelque chose d’absolument scandaleux à l’Université Jean-Jaurès de Toulouse. Etant toujours en relation avec plusieurs collègues de cette université, je peux assurer que les informations apportées par Mediapart à ce sujet sont totalement attestées.

 

Je cite Mediapart :

 

« L’université Jean-Jaurès de Toulouse est secouée par la récente révélation d'un échange de courriels internes datant de 2018 invitant à pénaliser des personnels engagés dans le mouvement de grève. Une authentique « liste noire » qui pose la question du fichage politique et celle de la mainmise technologique exercée sur les personnels de la fac.

 

Dans un courriel daté du 14 mai 2018, et adressé à plusieurs dirigeants d’UFR, l’adjoint au directeur général des services (DGS) de l’université Jean-Jaurès de Toulouse (UT2J), François Pelisset, est on ne peut plus explicite : « Comme cela a été fait en UFR SES, et à titre préventif pour limiter toutes nouvelles perturbations, nous vous invitons à nous indiquer d'éventuels agents de vos UFR auxquels il conviendrait de limiter les droits d'accès sur leur badge Salto au regard de leur engagement dans le mouvement de blocage de l'Université. » Soit, tracée noir sur blanc, une invitation à établir des listes d'enseignants et personnels administratifs grévistes, pour mieux les punir.

 

Ce courriel, écrit juste cinq jours après l'évacuation des grévistes-bloqueurs du campus par les CRS, fait suite à un autre adressé deux jours auparavant par Michèle Saint-Jean, directrice de l'UFR Sciences espaces société (SES – qui regroupe cinq départements, 200 enseignants et 5 000 étudiants) dans lequel elle dresse une liste nominative de 24 personnes (10 enseignants du département de sociologie, 8 de Sciences de l'éducation, 1 d'éco/gestion et 5 personnels administratifs) « en prévision de la réouverture de l'université et en vue de restreindre la capacité de leur badge Salto ».

 

Ces fameux badges Salto « sont nominatifs, explique Mireille Bruyère. En début d’année, on dit quel est notre département et à quelles salles et espaces on doit accéder. Mais ensuite ils ont la possibilité, à distance, de nous bloquer l’accès à des salles sans nous prévenir et sans nous en donner la raison ». Exactement ce qui s’est passé en mai 2018, les responsables de cette entrave volontaire à la circulation des 24, se réfugiant alors derrière un « bug informatique » bien pratique. »

 

*                                            *

 

 

L’Université Jean-Jaurès, ce n’est pas encore la Stasi. Mais il n’est pas exagéré de relever qu’il y règne une forme de terreur douce. Mediapart signale que la plupart des enseignants, étudiants et personnels administratifs rencontrés ou interrogés au téléphone ont souhaité que leur nom n’apparaisse pas dans l’article. La seule enseignante ayant accepté de rompre l’anonymat ambiant est – je n’en suis pas surpris – Mireille Bruyère, membre des Économistes atterrés.

 

La raison fondamentale pour laquelle tout cela a été rendu possible tient à la posture des enseignants. Dans cette fac comme ailleurs, ils constituent depuis une bonne dizaine d’années un ventre mou qui s’est dévalorisé, autoculpabilisé et qui a accepté – la nature ayant horreur du vide – la prise du pouvoir par l’administration.

 

Depuis la fondation de la Sorbonne, l’Université, ce sont les professeurs et les étudiants. Nullement les administratifs qui ne sont pas universitaires et qui travaillent là alors qu’ils pourraient être ailleurs, dans les rectorats, les inspections académiques, les lycées, ou dans toute autre administration de la Fonction publique. L’administration est au service des universitaires. Pas le contraire.

 

C’est dire qu’il est selon moi inadmissible que la « direction générale des services » puisse avoir autorité sur les allées et venues des professeurs. Il y a dans toute université des endroits très sensibles où tout un chacun ne peut se rendre : une salle de coffres-forts, une salle renfermant les serveurs informatiques, des salles où certaines expériences confidentielles, voire secrètes, sont menées. L’accès à ces lieux doit forcément être réglementé. Á ces exceptions près, les universitaires ont le droit de se rendre partout où bon leur semble. C’est ce qui se passait il n’y a pas encore si longtemps.

 

L’infantilisation des universitaires se poursuivra tant que le caquet des administrateurs n’aura pas été rabaissé, tant que les premiers n'auront pas indiqué clairement aux seconds quelle était leur place.

 

 

Université Jean-Jaurès de Toulouse : des professeurs fichés et suivis à la trace par des administratifs
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commentaires

D
La CNIL semble hélas neutralisée
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