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3 mars 2020 2 03 /03 /mars /2020 06:04

 

 

“ Discrimination positive ”. Encore une expression, un concept, donc une vision du monde qui nous vient des pays “ anglo-saxons ”. 

 

Au départ, on a, en anglais, l’expression “ affirmative action ”, condensée de “ positive discrimination ” (que le français va reprendre), et “ positive action ”, ces deux expressions signifiant le soutien à des groupes victimes de discrimination en matière d’éducation ou d’emploi. Avec l’oxymore “ discrimination positive ”, le français est allé plus loin que l’anglais. Par le biais du volontarisme républicain, le français a rendu positif le terme odieux de “ discrimination ”.

 

Ce concept fut créé par l’ancien président des Etats-Unis John Kennedy, puis repris par son successeur Lyndon Johnson. En mars 1961, Kennedy signa un décret interdisant aux services de l’État de discriminer « les employés, les candidats à un emploi en raison de leur race, de leur croyance, de leur couleur ou de leur origine nationale. » En septembre 1965, Lyndon Johnson  signa un décret obligeant le gouvernement fédéral à « promouvoir et à mettre en œuvre l’égalité pour tous en matière d’emploi grâce à un programme positif et continué » dans tous les services publics. En 2003, la Cour suprême des Etats-Unis jugea que la race était « un facteur positif dans l’évaluation globale des candidats à un emploi » et, dans le même temps, interdit l’utilisation de quotas.

 

Au Royaume Uni, il est illégal de recruter quelqu’un au nom de son appartenance à un groupe et sans avoir évalué ses compétences. Cela dit, pragmatisme oblige, il est possible de recruter une personne, à mérite égal, si l’on considère qu’elle appartient à un groupe sous-représenté. La notion de « bris d’égalité» est alors admise.

 

En Allemagne, la loi garantit des droits identiques pour tous les citoyens, quels que soient leur sexe, leur race et leur origine sociale. Mais dans bien des domaines, à qualification égale, une femme sera préférée à un homme et un handicapé à une personne valide. L’objectif officiel étant de « promouvoir la diversité ».

 

Les Indiens utilisent le terme de “ réservation ”. Celle-ci est mise en œuvre lorsque 17% des emplois publics sont réservés aux “ intouchables ” et quand, plus généralement, 25% des citoyens du pays bénéficient de mesures spéciales parce qu’ils appartiennent à des groupes marginalisés de la société.

 

Une critique aisée de la discrimination positive est qu’elle peut se retourner contre ceux qui en bénéficient. Un présentateur de télévision, parfaitement compétent mais n’étant pas français d’origine pourra se voir soupçonnée d’avoir bénéficié de quotas implicites et tacites. Si, en plus, il s'agit d'une présentatrice...

 

La discrimination positive est assurément une manière de corriger le système à la marge sans aller à la racine des choses. On a vu en France, dans les années 80, la création de zones d’éducation prioritaires où des moyens substantiels étaient affectés à des écoles situées dans des quartiers défavorisés. Il fut enfantin à ceux qui préféraient le bien-être des banques à celui des pauvres de faire disparaître, progressivement ou d’un trait de plume, ces ZEP qui coûtaient trop cher.

 

 

Ci-dessous, l'entrée du campus de Berkeley. Des Blancs, des Asiatiques, mais pas de Noirs. J'imagine qu'il y en a tout de même un peu.

 

 

Les mots chéris des médias et des politiques (12)
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commentaires

A
Il faut arrêter de prétendre que nous serions devenus, par la magie de la tolérance, aveugles aux différences de peaux ou d'origine. Sans doute cela peut-il exister lors d'un sentiment amoureux mais je prétends que même au quotidien nos comportements ne sont pas identiques selon que nous avons à faire à ceux qui nous ressemblent ou non.
Il me semble que c'est une règle universelle ( pas comme la retraite à Macron ) et qui n'a pas forcément un caractère d'intolérance.
Aussi toute disposition légale qui aurait la prétention de contourner cette réalité aboutit à marquer un peu plus fortement ces différences en développant mécaniquement l'esprit communautaire.
Cependant on remarquera le lien qui existe, en majorité, entre la condition sociale d'un individu et son origine. Ainsi aux USA la population noire représente 13% de la population totale et 40% de la population carcérale sans compter qu'il existe une corrélation entre le niveau d'étude et le taux d'incarcération.
Si on accepte ce constat on se dit que la seule solution qui pourrait nous mener à vivre paisiblement ensemble reste une fois encore la justice sociale, en quelque sorte à appliquer la devise républicaine, sans laquelle la chose est impossible, qui mène de l'égalité à la fraternité.
Cette égalité ne doit pas être seulement formelle mais réelle.
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