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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 06:11

 

La gouvernance ou, plutôt, la « bonne gouvernance », est aujourd’hui un concept qui vaut jugement moral.

 

Le terme « gouvernance », selon Bernard Cassen dans un article du Monde Diplomatique  de 2001, a une histoire chargée et n’est pas le fruit du hasard. Utilisée en ancien Français du XIIIème siècle comme équivalent de « Gouvernement » (l’art et la manière de gouverner), il passe en anglais « Governance » au siècle suivant avec la même signification. Puis il tombe en désuétude. Son grand retour s’effectue à la fin des années 1980 dans le discours de la Banque mondiale, repris par les autres agences de coopération, le Fonds Monétaire International (FMI) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Confrontés aux échecs répétés des programmes économiques d’inspiration néolibérale mis en place par les institutions financières internationales dans un ensemble de pays en voie de développement, les experts incriminent le cadre politico-institutionnel défaillant de ces pays et recommandent d’agir en amont sur leur mode de gouvernement. Selon les experts, ce sont des distorsions d’ordre politique qui sont à l’origine de la plupart des problèmes économiques rencontrés en Afrique, en Amérique Latine, en Europe orientale ou encore dans les pays de l’Est.

En 2016, Anne-Cécile Robert, publie, toujours dans Le Monde Diplomatiqueun article intitulé “ De l’art d’ignorer les peuples ”. Elle explique que la plupart des candidats à la présidentielle française proposent de réformer, d’une façon ou d’une autre, les institutions de la Ve République. Si de nombreux élus, chercheurs ou militants diagnostiquent une « crise de la démocratie », le mal pourrait se révéler plus profond : l’installation rampante d’un nouveau régime politique, la gouvernance, dont l’Europe est le laboratoire.

Par un retournement spectaculaire, dans nos démocraties modernes, ce ne sont plus les électeurs qui choisissent et orientent les élus, ce sont les dirigeants qui jugent les citoyens. C’est ainsi que les Britanniques, comme les Français en 2002 (échec de M. Lionel Jospin au premier tour de l’élection présidentielle) et en 2005 (« non » au référendum sur le traité constitutionnel européen), ont subi une psychanalyse sauvage à la suite du « Brexit » du 23 juin 2016. Alain Minc estima que le résultat piteux pour les “ élites ” au référendum n’était pas « la victoire des peuples sur les élites, mais des gens peu formés sur les gens éduqués.  »

 

Les « élites » gouvernent sans le soutien du peuple, au moment même où on organise, traité après traité, des transferts de souveraineté de plus en plus importants à Bruxelles. Parmi les plus déterminants figurent les pouvoirs monétaire et budgétaire. La démocratie est délégitimisée. Place aux experts et à la société civile.

 

Entré en vigueur en 2009, l’article 11 du traité de Lisbonne recommande aux institutions européennes d’entretenir « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations représentatives et la société civile ».On peut donc y trouver des syndicats et des associations très progressistes, mais aussi des lobbys, des groupements patronaux, des cabinets d’experts, voire des sectes, etc. La « société civile » ne repose en effet sur aucun critère de représentativité ou de légitimité. Le peuple est un lobby parmi d’autres.

 

Loin d’être purement technique, la gouvernance est un concept idéologique tiré de la science administrative anglo-saxonne, notamment étasunienne, contemporain de l’essor du néolibéralisme. La gouvernance vise au moins d’État, à l’extension du marché. Avant d’avoir croisé le chemin de Nafissatou Diallo, Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international, saluant la Tunisie de M. Zine El-Abidine Ben Ali en 2009 par des mots déconnectés de la réalité, ne prévoyant en aucun cas le révolution de janvier 2011 : « La politique économique adoptée ici est une politique saine et constitue un bon modèle à suivre pour de nombreux pays émergents. »

 

Les résultats des derniers référendums (« Brexit » au Royaume-Uni, rejet par les Pays-Bas de l’accord d’association avec l’Ukraine) laissent penser que l’État-nation demeure, pour la plupart des peuples du Vieux Continent, le cadre légitime de la démocratie.

 

 

 

Les mots chéris des médias et des politiques (18)
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commentaires

A
On trouve souvent dans des blockbusters ou des films apparemment de simple distraction une idée centrale ou un propos qui nous signalent une réalité qui nous aurait échappée.
Ainsi le film l’enquête (2009) «  développe une idée pertinente: le pouvoir résiderait désormais plus dans la créance que dans l’argent lui-même. Si la banque véreuse cherche à contrôler du trafic d’armes à destination du Tiers Monde, ce n’est pas tant pour les profits immédiats qu’elle pourra en tirer que pour la pression immense qu’elle exercera sur ces pays par le contrôle de leur dette extérieure. « « 
On aura compris qu’à notre époque l’arme absolue est la dette. Outre que le mot lui même a un effet tétanisant sur les esprits, elle permet via les banques privées dont on a fait le passage obligé pour tout investissement public, les vrais décideurs politiques.
Ainsi les peuples cloués au remboursement de ces dettes sans perspective de date de fin seraient contraints de s’y soumettre.
D’ailleurs si j’ai bien entendu des propos gouvernementaux lâchés en passant nous n’allons pas tardé à entendre, après leurs grosses larmes, la liste des efforts forcément justes que nous allons devoir faire.
La stratégie du choc couplée à la théorie qui veut que les dysfonctionnements d’aujourd’hui sont la preuve que la politique libérale est encore à ce jour insuffisante.
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A
M. Macron est un "libéral" anti-libéral pour les libertés et la reconnaissance de l'individu et avant tout ultra-libéral en faveur des quelques grands groupes qui l'ont fait élire pour appliquer servilement leur politique. Avec lui, si nous n'y prenons garde, l'état nation, c'est-à-dire tout ce qui fait la culture, l'identité, est appelé à disparaître.

Nous avons à la tête non seulement un laquais mais un "mégalo" qui se rêve à la tête d'une Europe fédérale faisant fi des frontières. Il est "ultra-dangereux" car c'est la disparition de la France et des autres états en faveur d'une Europe - avec bien sûr, répétons-le, lui à la tête - qu'il voudrait programmer.
Ne serait-il pas temps d'en être conscient et de mesurer que ce qui fait la force et la richesse d'un pays c'est le peuple uni par le sentiment de partager ensemble des valeurs communes de fraternité et de solidarité au service de tous ?

Mille z'excuses pour ce "jargon jargonnant" qui exprime mal ma rogne mais il est difficile d'être clair en essayant d'être bref !
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