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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 05:06

 

“ Létal ” (ou “ léthal ”). Encore un de ces mots qui nous sert à euphémiser, à mettre à distance le réel quand il nous inquiète ou nous insupporte. On dit létal pour ne pas dire mortel. Le mot vient d’un vocable grec, puis latin, qui signifie “ la mort ”. On l’a utilisé en français dès la fin du XVe siècle, quelques années après les Anglais. Chez nous, il est tombé en désuétude, mais pas outre-Manche. En France, il est revenu en force dans des ouvrages scientifiques au début du XXe siècle, mais pas dans la langue courante (en médecine, la létalité est, selon le Littré, une condition qui rend une lésion nécessairement mortelle). Jusqu’au jour où les médias se sont aperçus qu’il était très en vogue chez les Anglo-Saxons et, partant, qu’il avait obtenu un certificat de respectabilité. Y compris dans l’expression « a lethal chamber », une chambre de mort où l’on gaze des animaux, prétendument sans les faire souffrir. Et y compris, bien sûr, dans ceux des États des Etats-Unis où l’on exécute par « injection léthale ». Avec le mot « injection », qui signifie « piqûre », très fréquent dans le vocabulaire médical, donc comme s’il s'agissait de guérir la société d’un organisme malsain.  

 

Dites « létal » et non « mortel » et vous ferez passer les pires horreurs. La firme suisse Brügger & Thomet, qui fournit le LBD 40 depuis 2016 aux forces de l’ordre françaises affirme que, bien utilisée, cette arme n’est pas « létale » (elle ne dit pas « mortelle »). La firme Verney Caron présente son lanceur de projectiles 40 mm de cette manière : « Lanceur de projectile à létalité atténuée, conçu et dédié (sic) exclusivement aux professionnels et aux différentes forces étant confrontées à des opérations de maintien de l’ordre ». Que signifie, pour ces marchands de mort, « létalité atténuée » ? Que l’on meurt doucement, de manière différée, que l’on fait semblant de mourir et qu’on ne nous y reprendra plus ?  

 

Postulons que tant que les djeuns nous parlerons de « la mort qui tue » et non de « la létalité qui tue », on a encore de la marge.

 

Les mots chéris des médias et des politiques (21)
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