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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 05:29

 

En assassinant à petit feu George Floyd, le policier Chauvin (c’est son nom et cela signifie la même chose en anglais qu’en français !) ne pouvait pas savoir qu’il déclencherait une lame de fond planétaire phénoménale. Donc suspecte.

 

Suspecte parce que le capitalisme et les médias qui l’expriment jusqu’à l’écœurement avaient oublié que dans leur monde de bisounours tellement divers, multiple et varié, le racisme était toujours extraordinairement présent et à l’œuvre, lui aussi sous des formes multiples et variées. Pendant ce temps-là, pour ne donner que cet exemple (mais j’aurais pu évoquer le cas de Mumia Abu Jamal), Julian Assange croupit dans les prisons britanniques dans des conditions indignes sans que cela émeuve les banquiers, les politiques et les médias dominants. Et pourtant, il est blanc !

 

On vient donc d’assister à Paris à une très importante manifestation, interdite mais autorisée (le « en même temps » macronien et castaneresque) en mémoire d’Adama Traoré et en soutien à sa famille. Les médias ont amplifié tant qu’ils ont pu, tout en sachent que, un clou chassant l’autre, ils nous feraient vibrer demain pour le viol d’une petite handicapée mentale et, après-demain, pour le tabassage d’un couple de retraités cambriolés sauvagement par une poignée de Roms en goguette. L’important étant que ça paye.

 

Le Béhémoth qui tient nos vies entre ses grosses pattes déteste la contestation sociale mais adore le prurit sociétal. Il se permet alors une posture qui peut aller jusqu’à l’épique car le résultat des courses, si résultat il y a, n’a aucune espèce d’importance. Pourquoi nos médias versent-ils une larme devant la famille Traoré? C'est parce que, au nom de l'antiracisme, elle demande justice pour Adama en se réclamant du mouvement étasunien “ Black Lives Matter ”, sans nullement menacer l'ordre établi. Rien à voir avec les Gilets Jaunes qu'on éborgnait à qui mieux mieux parce qu'ils réclamaient de meilleurs salaires, des vraies retraites et allocations chômage. “ Black Lives Matter ” est un mouvement propre sur lui, parrainé  par des associations à but non lucratif ayant pignon sur rue, en relation avec des fondations, des universités, des agences gouvernementales. L'association a reçu 100 millions de dollars de la Fondation Ford et elle est soutenue par la banque Morgan et Kellogg. Voilà pourquoi votre fille est malade, pourquoi vous ne pouviez pas organiser un repas de mariage à 15 personnes tandis que le préfet de police le plus brutal de l'histoire de la République – après le collabo Papon – a toléré une manifestation interdite à 15 000 personnes. 

 

Dans son dernier billet, “ Descartes ” décortique l'expression “ Black lives matter ” : La traduction exacte en Français est « les vies noires comptent ». On notera que « noir » est utilisé ici comme attribut. La couleur de peau détermine donc la vie : il y a des « vies noires », donc logiquement des « vies blanches », des « vies jaunes » et des « vies rouges ». Dites-moi quelle est votre couleur de peau, et je vous dirai quelle est votre «vie ». Vie qui étant déterminée par la couleur de peau ne peut qu’être commune à tous les membres de la même ethnie. On est donc très loin de l’universalisme des lumières qui postule l’égal statut de TOUTE vie humaine, ou même de la tradition chrétienne qui postule l’identité ontologique de tous les hommes. L’homme noir, qu’il soit riche ou pauvre, puissant ou misérable, ne peut mener qu’une « vie noire ». On notera ici un point fondamental : la catégorisation en « races » permet d’effacer la question de classe. Le milliardaire noir et le prolétaire noir ont tous deux des « vies noires ».

 

Les fausses nobles BCBG qui blablatent l’information sur les chaînes en continu du même nom en sont donc venues – sur ordre j’imagine – à se pâmer devant une famille en souffrance, mais une famille de repris de justice. Ce qui est plutôt surréaliste.

 

De 2007 à 2016, Adama Traoré a fait l’objet de 17 procédures pour vols, usages de stupéfiants et a été accusé de viol par son codétenu.

 

Yacouba Traoré, deux ans après la mort d’Adam a été condamné à 18 mois de prison ferme pour avoir tabassé le codétenu qui avait accusé Adama de viol, puis à trois ans de prison ferme pour avoir violenté un chauffeur avant de brûler son bus : le 23 novembre 2016, Bagui et Youssou Traoré ont été placés en détention provisoire par le tribunal de Pontoise dans l'attente de leur procès pour des violences contre des forces de l'ordre. Quelques heures plus tard, une dizaine de jeunes interceptent un autobus à Boyenval, le quartier de Beaumont-sur-Oise où vit la famille Traoré. Le chauffeur est molesté et éjecté du véhicule qui est ensuite incendié, de même que des voitures garées à proximité et le portail d'une maison.

 

 

Samba Traoré a été condamné à quatre ans de prison pour violence avec arme.

 

Bagui Traoré a été condamné à 30 mois de prison pour extorsion sur femmes vulnérables.

 

Serene Traoré a été condamné à 4 mois de prison pour outrage à l’encontre de la maire de Beaumont-sur-Oise.

 

Youssouf Traoré a été condamné à 6 mois de prison pour menaces, outrages et violences envers huit gendarmes et policiers.

 

Assa Traoré (que l’on voit sur les plateaux de télévision plus souvent que Mumia Abu Jamal et Julian Assange) fait actuellement l’objet de quatre plaintes pour diffamation.

 

Pour l’instant, le capitalisme transnational, compulsif et compassionnel a pris fait et cause pour cette famille exemplaire, au sens où elle l'a érigée en paradigme. « A ka di, ni Allah sonnan », comme on dit du côté de Bamako.

 

De quoi la famille Traoré est-elle le nom ?
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commentaires

F
A l’heure des tribunes outrées et des outrances concernant le racisme supposé des institutions françaises à l’encontre des personnes « de couleur », on peut éventuellement rappeler quelques faits qui, pour dérangeants qu’ils soient, devraient au moins relativiser la portée des outrances en question.
Ilan Halimi, un jeune français de confession juive âgé de 23 ans, est enlevé dans la nuit du 20 au 21 janvier 2006 et torturé pendant trois semaines dans une cité HLM. L’a-t-il été par la police ? Qui étaient ses tortionnaires ? Dans ces mêmes banlieues où l’on déclenche l’intifada à la moindre interpellation de truands, combien ont marché pour honorer la mémoire de Ilan ? Où furent alors les foules indignées pour dénoncer la barbarie de ces tortionnaires antisémites motivés par le préjugé d’après lequel les juifs seraient supposés être « riches » ? Où sont les foules indignées pour dénoncer les agressions dont sont victimes les membres de la communauté chinoise, eux aussi supposés vivre dans l’opulence ? Où sont les foules indignées pour dénoncer les agressions récurrentes d’homosexuel(le)s dans des quartiers où ils sont contraints de se terrer, voire de fuire pour éviter le harcèlement permanent ?
Le 8 janvier 2015, la policière d’origine martiniquaise Clarissa Jean-Philippe était assassinée par un certain Amédy Coulibaly d’une balle dans le dos. Rappelons que la vague d’attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher avait fait 17 morts – ces morts dont certains rappeurs font l’apologie dans leurs ôdes à l’amour et leurs appels à la non-violence. La veille – le 7 janvier 2015 – c’est Ahmed Merabet qui perdait la vie sous les balles des frères Kouachi au nom d’Allah. Les auteurs de ces assassinats étaient-ils des représentants du « racisme d’état » ? Etrangement – mais la contradiction n’a pas l’air de les perturber plus que ça – au légitime « pas d’amalgames » de l’époque répond aujourd’hui le « tous racistes » de cette nouvelle génération d’extrêmistes, experts en manipulation de l’information et en instrumentalisation politique.
Dans la nuit du 25 au 26 mars 2019, de braves habitants de Chelles organisaient une expédition punitive à l’encontre de Roms accusés de voler des enfants. Accusation totalement fantaisiste. A-t-on entendu alors gronder l’indignation des français – et notamment de ceux qui se prétendent « racisés » – face au traitement ignoble dont font l’objet les membres de la communauté Rom ? Que feraient d’ailleurs les prétendus racisés s’ils subissaient un millième de ce que subissent les membres de cette communauté ? Qui se souvient de l’émission d’un certain Yves Calvi – qui est au journalisme ce que Booba et Kaaris sont à la musique – intitulée « Délinquance : la route des Roms » ? Combien furent les réactions d’indignation face à ce racisme ordinaire, face à ces « stéréotypes » et ces préjugés tellement bien installés dans les esprits qu’ils peuvent engendrer dans la bouche même de journalistes des propos qui bien qu’abjects « passent » sans émouvoir grand monde ? Les parents ou grands-parents d’Omar Sy et Yannick Noah ont-ils été contraints de posséder un carnet anthropométrique, comme ce fut le cas des Roms jusqu’en 1969 ? Si le code de l’indigénat n’a été aboli qu’en 1946, jusqu’en 2017 les Roms devaient quant à eux détenir un « carnet de circulation » qui les obligeait, à partir de 16 ans, à se présenter à un commissariat tous les trois mois pour indiquer où ils se trouvent. Peu nombreux furent ceux qui se scandalisèrent de ce traitement abject réservé aux Roms.
Au-delà du cas des Roms, a-t-on oublié ce qu’ont subi pendant longtemps les immigrés italiens sur le territoire français ? Qui se souvient encore du massacre d’Aigues-Mortes le 17 août 1893 ? Qui se souvient de Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti ? Quand l’indignation sélective croise l’ignorance de l’histoire...
Le discours porté par certains gagnerait peut-être en crédibilité s’ils ne pratiquaient une forme de martyrologie à géométrie variable dont on peut soupçonner, hélas, qu’elle sert des desseins politiques plus qu’éthiques. Dénoncer les « violences policières », c’est bien. A condition de ne pas occulter toutes les autres, y compris celles dont se rendent coupables ceux-là mêmes qui par ailleurs s’érigent en victimes. Dans combien de pays au monde les pompiers sont-ils lapidés et contraints d’être accompagnés par des policiers ? Même à Gaza on ne tire pas sur les ambulances. Les pompiers seraient-ils eux aussi racistes ? Par une sorte d’inversion du mythe du bon sauvage, certains (parmi ce qu’on appelle les « indigénistes » ou « racisés ») réussissent le tour de force exceptionnel d’essentialiser la pureté et la bonté de ces belles âmes incapables elles-mêmes de violence, incapables d’abjection et de barbarie. Car c’est bien une sorte de racisme inversé que celui qui consiste à affirmer que lorsqu’on a été victime de discrimination, on est forcément et par nature touchés par la grâce divine de la tolérance, de la bonté et de l’honnêteté. La seconde guerre mondiale a pourtant démontré d’une manière éclatante comment chacun d’entre nous pouvait s’approprier la barbarie et s’en nourrir.
Depuis un certain nombre d’années, les projecteurs se sont enfin braqués sur les violences faites aux femmes. Violences longtemps légitimées par le sceau de l’union maritale et les murs de la chambre à coucher. Or, les violences contre les femmes seraient-elles le fait exclusif des hommes blancs, seraient-elles un « privilège blanc » ? Combien se sont-ils émus du sexisme insupportable dont certains se font les étendards, notamment dans ce qu’on appelle pudiquement les « quartiers » ? Sous couvert de création « artistique », d’aucuns sont parvenus – avec la complicité des médias – à légitimer l’insulte à l’encontre des femmes et à la promouvoir au statut d’oeuvre d’art digne d’un Victor Hugo. Ces mêmes médias complices qui hier se régalaient d’ailleurs des aventures pédophiles d’un Matzneff et qui feraient bien de balayer devant leur porte au lieu de s’ériger continuellement en donneurs de leçons ou en censeurs. N’importe quelle femme, disais-je, n’importe quelle mère devrait se sentir humiliée par des « artistes » (???) qui s’identifient eux-mêmes comme des « niqueurs de mère ». Si le prétexte de l’art ne doit plus exonérer les agissements des Matzneff, on se demande au nom de quoi les insultes homophobes, sexistes et misogynes devraient continuer de bénéficier de la condescendance et de la clémence qu’on leur accorde dans certains milieux. L’art a bon dos. Le second degré aussi.
Un dernier mot sur la notion de « violences policières ». S’émouvoir des « violences policières » est à bien y réfléchir aussi absurde que de s’émouvoir de l’humidité de l’eau. Le débat – si débat il y a – doit porter sur l’appréciation de la légitimité de la violence, et non pas sur son existence. Sauf à vivre dans le monde de ouioui ou dans celui des (show)bisounours, qui peut croire qu’un homme qui vient de défigurer sa compagne à coups de batte de baseball peut être neutralisé sans recours éventuel à la violence ? A nier cette évidence, on risque de substituer à la violence légitime de la police celle de la jungle où prévaut la loi du plus fort. Hélas, dans certains territoires de la France, on a déjà et depuis longtemps laissé s’instaurer la loi de la jungle – l’actualité dijonnaise vient encore le démontrer, comme elle démontre que personne n’a le privilège de la barbarie. On s’étonnera ensuite que les médecins, les infirmières, les services publics en général désertent ces quartiers. Hélas, ce ne sont pas les Virginie Despentes, les Omar Sy ou les Yannick Noah qui feront les frais de cette loi de la jungle mais les citoyens ordinaires qu’on a depuis longtemps abandonnés.
Addendum
Dans Ethique et infini, le philosophe de confession juive Emmanuel Lévinas disait à propos de Sein und Zeit de Heidegger que c’était l’un des plus beaux livres de l’histoire de la philosophie. Imaginerait-on une seconde Lévinas demander que soit brulée l’oeuvre de Heidegger en arguant des positions de ce dernier concernant le nazisme ? C’est là toute la différence entre une figure intellectuelle majeure telle que celle de Lévinas et les agitateurs incultes d’aujourd’hui qui au nom d’une ré-écriture de l’histoire, au nom d’on ne sait quelle fièvre purificatrice – pour ne pas dire au nom d’un peu d’une publicité ou d’une audience qui leur fait totalement défaut – s’érigent en justiciers d’un nouveau genre.
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G
https://www.facebook.com/decolonialnews/photos/a.591447301058230/1285309725005314
Reprenez vous Bernard !!!
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A
"Dac dac" comme dirait Pierre : "radio Paris ment radio Paris ment radio Paris est Macran" !
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