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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 05:13

Ci-dessous une réflexion pas très réjouissante du philosophe Denis Collin :

 

Un son­dage donne la gauche à 13%, la droite à 39% et le reste au « centre » (c’est-à-dire encore à droite). Et les com­men­ta­teurs de s’étonner de cette quasi-dis­pa­ri­tion de la gauche. On pour­rait mettre en cause le son­dage (il s’agis­sait de se clas­ser sur une échelle gauche/droite de 0 à 10). Mais ce son­dage cor­ro­bore d’autres son­da­ges (celui par exem­ple qui don­nait 1% au can­di­dat PCF et 3% au can­di­dat PS lors des pré­si­den­tiel­les) mais aussi les élections, en dépit du trompe-l’œil du 2e tour des muni­ci­pa­les, réa­lisé dans les condi­tions abra­ca­da­bran­tes­ques que l’on sait avec plus de 60% d’abs­ten­tion.

En vérité, la dis­pa­ri­tion de la gauche n’est une sur­prise que pour ceux qui se croient de gauche parce qu’ils conti­nuent de faire leur petite tam­bouille dans les mar­mi­tes de ce qui reste de la gauche. La gauche dis­pa­raît parce qu’elle a perdu, peut-être défi­ni­ti­ve­ment l’appui des clas­ses popu­lai­res. Et pour­quoi cela ? Parce que les sala­riés et les chô­meurs seraient ral­liés au libé­ra­lisme, à la pri­va­ti­sa­tion de la pro­tec­tion sociale, à la fin de l’assu­rance chô­mage, à l’école payante et à la fin de l’État social, modèle 1945 ?

Que nenni ! Toutes les enquê­tes d’opi­nion mon­trent que la masse du « petit peuple » reste pro­fon­dé­ment atta­chée à ces conquê­tes socia­les. Mais la gauche, empor­tée par le poids mort de ses som­mets qui se situent dans les clas­ses « ins­trui­tes » (demi-ins­trui­tes serait plus juste) a délaissé les préoc­cu­pa­tions des clas­ses popu­lai­res pour ne s’occu­per que du nom­bril des nou­vel­les clas­ses moyen­nes intel­lec­tuel­les qui habi­tent les cen­tres-villes, ado­rent la mon­dia­li­sa­tion et par­lent cou­ram­ment le glo­bish.

Ce qui inté­resse la gauche, c’est d’être pour l’Europe (Europe, Europe, Europe, disent-ils en sau­tant comme des cabris). Ce qui inté­resse la gauche, ce sont les indi­gé­nis­tes, petits bour­geois qui se disent colo­ni­sés et récla­ment tou­jours plus, et sur­tout plus que ce que leurs talents et leur ins­truc­tion leur per­met­tent, et se disent vic­ti­mes de dis­cri­mi­na­tion quand ils n’ont pas tra­vaillé un tant soit peu sérieu­se­ment.

Ce qui inté­resse la gauche, ce sont ses amis isla­mis­tes, chefs de sectes et petits voyous comme la famille Traoré, parce que ces gens contrô­lent les « quar­tiers » et pro­met­tent d’assu­rer l’élection de quel­ques dépu­tés ou la conquête de quel­ques mai­ries.

Ce qui inté­resse la gauche, ce sont tous les cin­glés nar­cis­si­ques les plus extra­va­gants, les végans ou les LGBTQ+ préoc­cu­pés de leurs peti­tes per­son­nes et de leurs peti­tes manies névro­ti­ques trans­for­mées en centre du monde. Ce sont toutes ces bandes qui pro­meu­vent la « can­ce­led culture », cette nou­velle forme de fas­cisme visant à inter­dire toute libre expres­sion et ostra­ci­sant toute per­sonne qui leur déplait – il arrive par­fois, voir l’affaire Girard, que ces gens se dévo­rent entre eux, la folie du pré­tendu « purisme moral » n’ayant évidemment aucune limite.
 

Si être de gauche, c’est appar­te­nir à ce petit milieu des cen­tres gen­tri­fiés des gran­des villes et par­ta­ger les vues de tous ces grou­pus­cu­les qui font de plus en plus l’effet de ramas­sis de cin­glés, alors évidemment, on n’a aucune envie d’être de gauche.
 

La seule issue qui aurait pu exis­ter à gauche était LFI qui a ras­sem­blé sur le nom de Mélenchon plu­sieurs mil­lions de voix d’électeurs de gauche tra­di­tion­nels, sen­si­bles au dis­cours répu­bli­cain et social du can­di­dat. Malheureusement, LFI, sous l’impul­sion de son pré­si­dent « moi, je » est tombée du mau­vais côté, du côté Obonno-Coquerel pour l’indi­gé­nisme et le com­mu­nau­ta­risme, du côté végan pro-bêtes de Lachaud. Du reste, après une raclée aux Européennes, LFI a dis­paru aux muni­ci­pa­les noyées dans des allian­ces étranges avec les plus dignes repré­sen­tants du nou­veau fas­cisme ver­dâ­tre.
 

Être de gauche dans ces cir­cons­tan­ces, il faut avoir le cœur bien accro­ché ! Tous ces gens « de gauche », toutes ces mino­ri­tés bruyan­tes com­plai­sam­ment relayées par les grands médias ren­for­cent chaque jour un peu plus la droite, la vraie et se pré­pa­rent d’ailleurs des len­de­mains dou­lou­reux. Après l’ivresse, vien­dra la gueule de bois. Il ne sera plus temps de pleu­rer.

Nous sommes « après la gauche » (voir mon livre éponyme). C’est autre chose qu’il faut cons­truire, un nou­veau socia­lisme, un socia­lisme décent, bâti autour des cli­va­ges de clas­ses et prêt à affron­ter les défis à venir.

Denis COLLIN -

Nous sommes "après la gauche"

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commentaires

O-L 07/08/2020 00:42

Je suis d’accord avec AF 30 .

AF30 06/08/2020 12:28

" C’est autre chose qu’il faut cons­truire, un nou­veau socia­lisme, un socia­lisme décent, bâti autour des cli­va­ges de clas­ses et prêt à affron­ter les défis à venir. "
C'est amusant pour quelqu'un qui se veut original, il tombe dans le même travers stérile qu'une flopée d'autres conseilleurs : reconstruire la gauche.
Des reconstructeurs, il y en a tellement qu'on finit par se perdre et qu'ils finissent eux-mêmes par se dissoudre dans l'anonymat.
Maintenant, faut-il le rappeler ?, un mouvement au fur et à mesure qu'il s'élargit intègre forcément plus d'individus qui le modifient mécaniquement.
Peut- être suis-je un des rares à écouter systématiquement toutes les interventions de Mélenchon à l'assemblée. La majorité des citoyens y trouveraient un intérêt et leur intérêt. Pour cette raison elles ont peu de publicité. Celles-ci sont d'ailleurs plus intéressantes du point de vue de sa ligne politique que ses passages sur les médias car j'y trouve chaque fois non seulement une cohérence mais surtout une voie pour nous sortir de la logique actuelle.
Pour exemple sa dernière intervention : https://youtu.be/QfWzNkLTnjo
Par conséquent au lieu de proposer une Nième reconstruction qui ne verra jamais le jour si ce n'est pour perpétuer l'ordre présent il serait plus judicieux de renforcer le ligne Mélenchon au sein du mouvement LFI.
De toute façon pour des raisons diverses et variées dont certaines sont peu avouables je vois poindre une coalition de bonnes et mauvaises âmes pour faire barrage à Mélenchon. Tout plutôt que lui. Et dans mes remarques Il ne s'agit pas de défendre un individu ( quoique ) mais une ligne que ceux d'en face ont bien comprise et qui ne doit surtout pas se traduire par une victoire électorale.
Ainsi on aimera Quatennens, Rifin, ( que j'apprécie par ailleurs ), enfin n'importe qui plutôt que lui. Mais cette détestation ne s'arrête pas à la majorité mais également chez ceux qui lui sont les plus proches politiquement parce qu'ils leur fait de l'ombre.
J'ajouterai que la plus grande hypocrisie se trouve dans l'évitement sournois du débat sur ses propositions. Ne pas en parler c'est ne pas les faire exister et leur substituer d'autres sujets anecdotiques qui participent à la diversion.

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