Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 05:00

 

 

Depuis un petit moment, je suivais sur Facebook le dénommé Gilles Casanova, que je ne connaissais ni des lèvres ni des dents. J’aimais – pardon : je “ likais ” – les billets de cet homme de ma génération, pondéré et plutôt original. Et puis, patatras ! Le bon Gilles n’a pas apprécié, mais pas du tout,  cette brève publiée par moi le 27 septembre :

 

CEUX QUI PROTESTENT CONTRE LA FERMETURE DES BARS A 22 HEURES

MANIFESTENT MOINS CONTRE LA BAISSE DES CREDITS A L’HOPITAL

 

J’aurais pu ajouter, mais je suis moi aussi pondéré dans mes écrits (ma première publication date d’il y a 52 ans), que ces djeuns’, qui râlent pour pas grand chose, ont eu pour grands-parents des djeuns’ qui ont subi l’occupation allemande avec des contraintes légèrement plus irritantes que celles qu’ils subissent aujourd’hui du fait d’une épidémie, rappelons-le, mortelle.

 

Le bon (je dis « bon » car sur la photo on lui donnerait le bon Dieu sans confession) Gilles a qualifié ma courte prise de parole de « stupide ». Alors que – et j'en étais ravi – une dizaine de mes “ followers ” habituels, en gros de gauche, avaient apprécié l’idée, somme toute assez banale, que j’avais alors exprimée.

 

J’ai alors demandé au bon Gilles de ne pas se contenter de ce lapidaire jugement et d’expliciter. Ce qu’il ne fit pas. Il réitéra le mot « stupide », à deux reprises. En me faisant la leçon, en latin s’il vous plait : « Errare humanum est, perseverare diabolicum », puisque je m'étais enfoncé dans une série d’âneries.

 

J’ai développé une réponse circonstanciée :

 

« Je vous suivais avec intérêt depuis quelque temps et j'avais fait l'erreur de penser que vous n'étiez pas dogmatique. Vous ne savez qu'affirmer, même en latin. Vous possédez la science d'un “ consultant pour la communication et la prospective ”, ce qui en jette évidemment mais n'a que peu à voir avec l'essence de la politique. Vous avez soutenu Jean-Luc Benhamias, l'un des personnages politiques les plus volatils du paysage français. En 2015, le journal L'Opinion vous a consacré un article flatteur mais qu'il a malheureusement sous-titré : “ Du trotskisme au centre-gauche, en passant par Chevènement et Sarkozy, l'incroyable destin d'un stratège recherché ”. Il vous qualifie d'éminence grise. Le gros vilain ! Je n'en crois pas un mot. Vous avez également conseillé Cambadélis et Bockel, deux sacrées pointures d'arriviste. Quel “ incroyable destin”, en effet ! Soit dit en passant, nous avons un point commun : Vincennes, où nous avons étudié à peu près à la même époque (j'ai cinq ans de plus que vous) et où j'ai enseigné trois ans. Nous n'en avons pas retiré les mêmes enseignements. Ne vous fatiguez pas à répondre, ce serait une affirmation péremptoire de plus, je masquerais votre commentaire. »

 

Dans son article de 2015, L'Opinion en rajoutait quelques couches : après avoir titré  « Gilles Casanova, éminence grise de la gauche qui voudrait sortir de l’ombre » (il était temps en effet de sortir de l’ombre puisqu’il avait 62 ans à l’époque), la journaliste, à peine facétieuse, nous informait que le grand communicant était « l’homme qui a convaincu Jean-Christophe Cambadélis de ne plus lire ses discours ». Fou, non ? Malheureusement, ce merveilleux conseil n'a pas empêché “ Camba ” de finir dans les poubelles de l'histoire du PS. Mieux encore : le bon Gilles avait « suggéré à Jean-Luc Bennahmias d’organiser une université d’été du Front Démocrate à La Rochelle juste avant celle du PS. [Il avait] mis en garde l’ancien socialiste Jean-Marie Bockel, ministre de Nicolas Sarkozy au début du précédent quinquennat, contre la fin de « l’ouverture », quelques mois avant qu’elle ne survienne. [Il] a façonné la stratégie de Jean-Pierre Chevènement à la présidentielle de 2002. [IL] a compris avant tout le monde, au début des années quatre-vingt-dix, que la question européenne allait percuter la gauche. » Bref, des idées à jet continu, à tomber de l'armoire. Pour son ami Michel Suchod, précisait l’article, cela faisait du bon Gilles un « intellectuel organique, au sens de Gramsci».

 

Atteint de tuberculose osseuse, Antonio Gramsci passa les 11 dernières années de sa vie en détention. Il fut libéré deux jours avant sa mort. Pour sa part, le bon Gilles réside à l’hôtel Claridge de Paris (150 euros minimum par jour).

 

Toujours un rien moqueuse, la journaliste de L’Opinion s’apitoyait sur le destin du bon Gilles : « Gilles Casanova est cependant l’unique rejeton des mouvements lycéens d’extrême gauche des années soixante-dix à ne pas avoir accédé aux responsabilités à ce jour. Comme si son parcours à la Talleyrand était rédhibitoire. Pauvre chou ! « On m’a souvent dit que j’étais Jean Poiret dans La gueule de l’autre », rapporte Gilles Casanova. Dans ce film de Pierre Tchernia, Jean Poiret incarne le fidèle conseiller du président d’un parti centriste. Celui qui tire les ficelles en coulisse, et fomente un improbable stratagème pour sauver son patron. Pas très présentable au grand public. De fait, « Casa » passe aisément, à son grand dam, pour le conseiller occulte spécialisé dans les mauvais coups. » Éminence grise un jour...

 

Tout  cela est bien triste. Et tellement intéressant...

 

Du coup, le bon Gilles a décidé de me rayer de ses cadres. Depuis que je suis sur Facebook, c’est la première fois que je reçois le message bien connu :

 

« Ce contenu n’est pas disponible pour le moment

Ce problème vient généralement du fait que le propriétaire ne l’a partagé qu’avec un petit groupe de personnes, a modifié qui pouvait le voir ou l’a supprimé. »

 

Ont également disparu les échanges, pourtant fructueux et éclairants, mentionnés plus haut.

 

Et c'est ce type qui me faisait la leçon...

 

Il a bien fait de disparaître de mon champ de vision !

 

 

Gilles Casanova : un communicant qui ne communique plus
Partager cet article
Repost0

commentaires

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche