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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 06:19

Par Régis de Castelnaud :

 

Le procès de Jonathan Daval meurtrier de sa femme vient de nous imposer une séquence qui permet de mesurer à quel point la justice pénale est devenue un spectacle régressif assez écœurant.

 

On va juste rappeler qu’une procédure pénale se déroule DANS LE PRÉTOIRE, qu’il s’agit d’un débat contradictoire devant un juge (accompagné d’un jury aux assises) en position d’arbitre IMPARTIAL, dans le respect de règles impératives. Qui doivent permettre aux juges d’aboutir SANS PRESSION à la vérité judiciaire qui justifiera la peine. Qui sera toujours une violence d’État, aussi légitime soit-elle.

 

Le procès de Daval s’est déroulé comme un spectacle mis en scène dans les médias. Avec une surenchère aboutissant à ce que cette audience, a entretenu de très lointains rapports avec ce que doit être une procédure régulière. Démission des magistrats acceptant que leur audience se déroule sous une pression médiatique inacceptable. Indécence du procureur venant commenter (!) son propre réquisitoire devant les micros. Toutes les parties au procès se précipitant devant les caméras pour bavarder à longueur d’émissions des chaînes de télévision. Avocats tant des parties civiles que de la défense se bousculant pour pérorer. Le tout, à coup de prises de position indécentes voire de violations grossières du secret professionnel.

 

Les faits divers passionnent et c’est normal. Ils inspirent la littérature et désormais À POSTERIORI des documentaires de télévision tout à fait respectables. Mais là il s’agit d’autre chose. Nous avons assisté à un déballage et un tintamarre INCOMPATIBLE avec ce que devrait être un procès régulier. Celui qui permet à l’État utiliser sa violence légitime qui est le pouvoir sur les corps.

 

Jonathann Daval a donc été condamné à 25 ans de réclusion criminelle. Je ne sais pas si cette peine est justifiée et conforme à ce qu’il méritait, je ne suis pas à la bonne place pour en juger. Mais les conditions dans lesquelles elle a été prononcée, me font nourrir quelques doutes.

 

Les télés ont repris leur ronde indécente et chacun de donner son avis sur la possibilité qu’a Daval de faire appel. Celui-ci est ce soir, seul dans ses quatre murs, entre lesquels, dans le meilleur des cas, il a la promesse d’y passer au moins 6 000 jours. Ce serait peut-être bien de lui laisser la liberté de ce choix.

 

À propos, je rappelle que Jacqueline Sauvage pour avoir abattu de trois balles dans le dos, un mari mensongèrement accusé de violence, a écopé aux assises de 10 ans de réclusion criminelle. Condamnation sur laquelle elle a effectué trois ans et un mois de détention. Grâce à la complaisance de François Hollande voulant complaire à la foule, après une campagne médiatique indigne.

 

Décidément, la Justice ça ne colle pas, avec la société du spectacle.

 

 

PS (BG) : Jacqueline Sauvage est décédée en juillet 2020. Sa famille a refusé de révéler les causes de sa mort.

Affaire Jonathann Daval et société du spectacle

 

Après avoir lu ce qui précède, un collègue et néanmoins ami m'écrit ceci :

 

Comme tu as raison, Bernard, j'ai fini par systématiquement zapper ou éteindre ma radio dès que je tombais sur cet écoeurant étalage. La palme quand même à un des avocats des parties civiles : 
 
Me Portejoie « Quand on s’adresse à la France entière et qu’on lui ment, la France entière ne vous pardonne pas !
 
Cela dit, tu mets le doigt sur un truc important au sujet des faits divers ; en l'espèce, je pense, les braves gens scrutent sur le visage de l'assassin ce qui peut bien le mettre en-dehors de l'humanité (réponse = rien) et ipso facto le séparer radicalement d'eux-mêmes (réponse = rien). Il y a très, très longtemps, tu t'en souviens comme moi, la France entière, comme ils disent, était révulsée par Patrick Henry. J'étais jeune prof sur mon premier poste et un collègue, très sympa par ailleurs, m'avait dit, en souriant de toutes ses dents, qu'il avait un gamin de l'âge du petit Philippe Bertrand, et que, à la place du père, lui-même aurait fait personnellement la peau de Henry (qui s'est révélé par la suite un très sale type, mais peu importe) si jamais le jury populaire ne le condamnait pas à la guillotine (ce qui n'a pas été le cas, c'est Badinter qui l'avait sauvé dans une plaidoirie inoubliable). Je l'avais regardé droit dans les yeux et lui avais dit que, moi, j'avais exactement l'âge de Patrick Henry. Et il m'a regardé d'un drôle d'air...
 
 
 
Une autre collègue et néanmoins amie ne partage pas du tout la thèse de l'article :
 
Allez, je suis pas d'accord avec ce billet. La pression médiatique a d'abord été le fait éhonté de son avocat, le  beau gosse Randal Schwerdorffer, qui a usé et abusé des médias. Il a osé, par exemple, se faire filmer allant à la demande en liberté, prenant son petit café au café du coin, dans sa voiture, comme si c'était un film de Tom Cruise, parlant partout de "Jonathann", de "on", de "nous", et, ignominie, ça s'accompagnait d'une représentation filmée d'acteurs jouant la famille, Gregory Gay tuant Alexia et les parents cachant tout ça. J'avais eu envie d'écrire à Delahousse, qui avait introduit le "reportage" assez gêné d'ailleurs. Je me souviens de S et de ses "je le dis très clairement, mon client n'a pas tué sa femme", et de ses insultes à l'égard de Grégory Gay… Ce dernier est un chercheur du CNRS, intelligent, il a pris le dossier et refait l'enquête, et a changé d'avocat, le premier avocat de la famille étant un grand copain de Schwerdorffer et laissant filtrer la possibilité du complot de famille. Il voulait en faire une affaire Gregory où on ne saurait pas le coupable, qd tout était, selon les policiers et le procureur général,  clair… On te tue ta fille, et on t'accuse d'avoir caché le corps!!!!  Schwerdorffer se voyait une grande carrière politique et avait ses entrées chez Macron ce dernier a fini, bien tardivement, par le lâcher.  Il est évident qu'Alexia n'a pas pris ces médicaments de son plein gré; mon opinion, c'est que la justice sait qu'il faut ménager uen porte de sortie à Scwerdorffer, qui est teigneux, on a donc laissé tomber ça et on a obtenu une condamnation. Il l'a massacrée, et la thèse de la préméditation est quand même bien étayée; si tu tues quelqu'un par erreur, tu t'effondres, comme Cantat, dont on peut penser ce qu'on veur, mais le lendemain il ne faisait pas le joli coeur au café des parents, souriant, détendu, passant à son travail, et envoyant des sms du téléphone de sa femme. et des sms au téléphoen de sa femme (la bonne blague, "je finis les cadavres de bouteille" que t'as laissés). Et Shwerdorffer n'a même pas essay de défendre sa version de la dispute, sous pretexte qu'on ne peut pas savoir ce qui  s'est passé, il a juste fait baisser la peine parce que ce n'est pas un tueur en série… Mais évidemment, ça n'est pas le haut fait qu'il espérait au départ. Je t'envoie le poème que j'ai commis cette semaine. 
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commentaires

D
Je lis le blog de Régis de Castelnau et je n'ai toujours pas trouvé où sont ses propos lus dans la revue de presse 327 du 16 novembre. S'il est possible d'avoir le lien, merci d'avance.
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G
http://canempechepasnicolas.over-blog.com/2020/11/sur-la-gauche-americaine.par-regis-de-castelnau.plus-des-infos-sur-les-liens-entre-biden-son-equipe-et-les-va-t-en-guerre-republicai