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21 janvier 2021 4 21 /01 /janvier /2021 06:26

 

 

Pas d’affolement : on ne va pas évoquer les actifs financiers, les obligations boursières, les créances, mais plutôt la manière dont il convient d’écrire les titres d’ouvrage. On parlera donc littérature et cinéma.

 

Dans une autre vie, j’ai, pendant environ 40 ans, corrigé 150 mémoires de maîtrise et de DEA et une vingtaine de thèses et de dossiers pour l’habilitation à diriger des recherches. Je crois qu’autrefois j’aurais aimé rejoindre les rangs des imprimeurs, d’authentiques savants appréhendant des centaines de normes, de règles, des techniciens à la croisée des mondes manuel et intellectuel.

 

Il faut s’efforcer de respecter les règles en matière d’édition comme il convient de respecter les feux de circulation. Cela rend la vie plus simple. Si j’écris « J’adore les misérables » ou « On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset »,  ou bien « II faut qu’une porte soit ouverte ou fermée » du même Alfred, je risque d’installer la confusion chez mes lecteurs.

 

Comme presque toujours, le mal vient d’outre-Manche et d’outre-Atlantique (je ne parle pas de l’outre-Rhin car la langue allemande est un cas à part). Les Grands-Bretons et les Étasuniens ont tendance à mettre des majuscules un peu partout (What’s New Pussycat ? contre Quoi de neuf Pussycat ?, For Your Eyes Only contre Rien que pour vos yeux, “ Let It Be Me ” contre “ Je t’appartiens ”). Nous, non, mais nous sommes contaminés par ce qui n’est pas notre grammaire, notre culture, nos traditions.

 

Alors faut-il écrire « J’ai vu l’avare de Molière », « J’ai vu L’avare de Molière », « j’ai vu l’Avare de Molière » ou « j’ai vu L’Avare de Molière » ? Sans oublier que, depuis que nous disposons de traitements de texte, il vaut mieux mettre le titre de l’œuvre en italiques. Nous écrirons donc : « J’ai vu l’Avare de Molière ». Ça marche aussi pour la sculpture ou la peinture : « Quelle est l’influence de Camille Claudel dans le Baiser de Rodin ? ». Ou encore : « J’aimerais bien revoir la Joconde ».

 

Citer le nom d’une œuvre obéit à des règles simples mais précises. Autrefois, on soulignait les titres : la Femme de trente ans (et nom 30). Maintenant, les italiques des traitements de texte permettent d’écrire sans ambiguïté : “ Le Chêne et le Roseau ” compte parmi les Fables de La Fontaine. Á noter que Roseau prend une majuscule car il est en miroir par rapport au chêne. Pour les journaux, revues, pour les émissions qui constituent une œuvre, les italiques s’imposent : France-Soir, Initiative Communiste, Affaires sensibles.  Pour les sites internet, nous sommes encore en plein flottement : pour l’instant, j’écris Le Grand Soir et non Le grand Soir (ou Le Grand Soir, ou encore Le grand soir).

 

 

Les textes courts – articles, chansons, chapitres, contes – qui font partie d'un ensemble et qui ne constituent pas des publications isolées sont le plus souvent mis entre guillemets : “ Un cœur simple ” de Flaubert fait partie du recueil Trois contes (et non 3 Contes).

 

Seul le premier mot d’un titre d’œuvre prend une capitale initiale : Voyage au bout de la nuit, Du contrat social, l’Éducation sentimentale. Les noms propres conservent leur majuscule : Michel Strogoff, Madame Bovary, Babbitt.

 

Si le titre commence par un adjectif ou un adverbe, on ne met pas de capitale après le premier substantif : Vingt Ans après.

 

Si le titre constitue une phrase à lui seul, seul le premier mot prend une capitale : Autant en emporte le vent, Touchez pas au grisbi !. Si le titre ne constitue pas une phrase, on capitalise le premier substantif : les grandes Espérances. Á noter l’exception des Fleurs du Mal, Baudelaire ayant exigé cette seconde capitale. Si un adjectif est placé entre l’article et le substantif ou après le substantif, il commencera par une capitale : les Trois Mousquetaires, la Vingt-cinquième heure, les Femmes Savantes, le Courrier Picard.

 

Lorsqu’un titre contient une comparaison ou une symétrie, les substantifs qui le composent commencent généralement tous par une capitale : Crime et Châtiment, le Zéro et l’Infini.

 

Si le titre contient un mot composé, le deuxième élément commence par une capitale : le Procès-Verbal, l’Affaire Saint-Fiacre.

 

On ne met jamais les titres en abrégé : Madame Bovary, Madame de.

 

Pour ce qui est des chiffres, il faut respecter les choix des auteurs : l’Assassin habite au 21, 1984 (version française, Nineteen Eighty-Four, version originale),  Quatrevingt-treize, (Hugo ne s’était pas vraiment expliqué sur cette graphie : « J’ai déjà fait observer que Quatre-vingt ne veut pas de trait d’union. C’est un seul mot. Ne pas l’oublier. »)

 

 

Attention à la Bible et au Coran : « J’ai lu la Bible », mais « J’ai une bible à la maison » ; « Passe-moi ton exemplaire du Coran », mais « Tu trouveras des corans en solde chez le bouquiniste ».

 

Problème de l’article contracté : « J’ai assisté à une représentation du Cid » (et non pas de le Cid), « J’aime le Baudelaire des Fleurs du Mal », « J’aime l’humour des Joyeuses Commères de Windsor », « J’ai une édition du XIXe siècle des Trois Mousquetaires », « Je pense aux “ Petites madmaselles ” de Bécaud », « Il nous a parlé du Rouge et le Noir » (et non du Noir), « Je n’ai pas trop aimé sa critique de les Salauds vont en enfer ».

 

Pour ce qui est des films, les règles peuvent être différentes. Lorsque le titre commence par un article défini, seul le premier substantif prend la majuscule : les quatre Filles du docteur March, le Rideau déchiré, la Femme du boulanger. Si un adjectif précède le substantif, il commence par une majuscule : le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Mais l’adjectif ne porte pas la majuscule lorsqu’il suit le substantif : la Lettre écarlate. Lorsque l’article commence par un article indéfini, les mots qui suivent ne portent pas la majuscule : Une si jolie petite plage. Si le titre est une phrase, aucun des mots qui suit l’article ne porte la majuscule : Le cave se rebiffe, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause !. Si un titre est composé de plusieurs substantifs au même niveau, ils portent tous la majuscule : Le Bon, la Brute et le Truand. Mais dans Diabolo menthe, le statut de menthe est inférieur à celui de diabolo.

 

On l’a dit, les Britanniques et étasuniens mettent des majuscules un peu partout. Les Italiens sont parcimonieux : La dolce vita. Les substantifs allemands commençant par une majuscule, ça y va outre-Rhin : das Kapital, die Entwicklung des Sozialismus von der Utopie zur Wissenschaft, die Brücke. Les Espagnols sont plus modérés : La piel que habito, Mar adentro, Abre los ojos, Cien años de soledad, Don Quijote de la Mancha.

 

E la nave va…

De la titrisation
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commentaires

A
Je ne voulais pas le faire. On comprendra en lisant la suite mais je vais le faire quand même.<br /> À propos du texte :<br /> ....Où on constate la différence entre un savoir académique, c’est-à-dire celui qui nécessite de la précision donc un travail, et le savoir de celui qu’on nommait au XVIIème siècle un ‘honnête homme ‘ c’est-à-dire un généraliste. Un dilettante sympathique, parfois, curieux de tout mais dont le savoir s’apparente à une vue depuis le ciel.<br /> Cette catégorie, de nos jours, se recrute surtout ( essentiellement ? ) dans l’armée des commentateurs de blog qui sont la version écrite des Toutologues qui encombrent nos écrans télé. Le constat de cette proximité retient souvent le doigt au-dessus du clavier.<br /> Par ailleurs cette aisance décomplexée à intervenir souvent et quelquefois sur tout peut dénoter une absence de modestie. Il est vrai que ce travers est rendu possible à une époque où toutes les paroles se valent sans que les personnes qui les prononcent aient fait la preuve de leur compétence dans le domaine considéré ou sont inconscientes des différents niveaux des connaissances.<br /> Je dirai la même chose ,par exemple, pour un compagnon électricien qui a un savoir particulier qui n’est pas donné à tout le monde.<br /> Maintenant à suivre cette logique il y aurait un danger à privilégier un régime technocratique à tout autre. <br /> Bien évidemment il ne s’agit nullement de cela car, pour prendre un exemple pris à quelqu’un d’autre, la décision de construire des galères revient au politique, leur mise en œuvre aux ingénieurs et aux compagnons.
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