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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 06:21

Ci-dessous une analyse de mon ancien collègue Cornelius Crowley, professeur retraité, Paris X-Nanterre, sur l'élection et la défaire récente de Donald Trump. Il rebondissait sur l'analyse d'un autre collègue de la même université, Pierre Guerlain.

 

Les conditions de possibilité de l'élection de 2016 ont débouché, le 6 janvier 2021, sur une infamie, l'invasion du Capitole par les partisans de Trump. Cette dernière infamie fait suite à bien d’autres, au cours de ces quatre ans.

 

Quelles sont les facteurs   ou conditions mentionnés  par Pierre Guerlain dans son analyse?: « les guerres américaines ; paupérisation et marginalisation, faillite des système de santé et de l'école (qui) ont tout à voir avec des choix budgétaires donc politiques ».

 

Peut-on être en accord avec ce propos sur les conditions  de possibilité d'un événement (élection de Trump, ou brexit 2016), tout en contestant une lecture qui tend à  faire de ces facteurs la détermination nécessaire de quelque chose : élection de Trump, ou brexit, ou bien d'autres événements ?

 

Pour ma part, je souhaiterais interroger l'idée d'une détermination nécessaire de l'histoire présente en train de se faire. C'est, il me semble, faire trop d'honneur à D.Trump (et à ses apppuis dans les médias)  que d'en faire l'effet "backlash"  d'une mondialisation libérale. DTrump est un individu américain. Son agentivité néfaste a été contingente, aucunement nécessaire. Elle est donc d'autant plus à déplorer, si on n'a "pas su l'éviter", se sortir du piège. Nous ne sommes pas démunis, les événements ne relèvent pas d'une détermination irrésistible. Présent ouvert.

 

Mais dans ce cas, nous sommes moins bien outillés, conceptuellement,  pour "expliquer" (la présumée nécessité de ) ce qui  arrive.  Trump (ou le consensus pro-brexit)  me semblent autre chose que l'effet linéaire et déterminé d'une mondialisation libérale en amont. Car si c’est le cas, toute critique de TTrump se dilue et s'invisibilise dans la critique (justifiée) du stade actuel d'une mondialisation néolibérale.

 

Dans ces deux cas récents (et dans d'autres), la réponse  à la crise du présent  est passée  par le retrait et la fermeture. Et cette réaction charrie, dans le cas britannique ou américain,  les vestiges d'un postulat exceptionnaliste anglophone. 

 

Les équivalents français sont là, bien visibles depuis la fin du 19e siècle, ou depuis les années 1940: une tonalité autre, encore plus doloriste, méchamment nostalgique : une version française de l’infamie exclusive.

 Or dans l'analyse du récent exemple américain, il y a peut-être un saut, trop vite négocié,  dans l'analyse des faits sociaux,  quand on passe de la présentation des "conditions de possibilité"  de l'élection Trump à la construction d'une détermination qui paraît inéluctable. Trump comme effet d’une mondialisation néolibérale.

 

De telles difficultés se posent moins, si on enseigne sur la Renaissance ou le XVIIe siècle. Mais  en essayant de faire cours devant les étudiants, un cours portant sur le monde qui se fait et qui se défait, qui est objectivement en crise (nous ne pouvons pas l’ignorer),  il nous reste à aborder, sans chercher à la "confiner" et à la déterminer dans nos schémas d’explication, l'histoire en train de se faire.

 

Ainsi l’élection  de Trump était-elle  évitable en 2016. Raison de plus de pointer les capitulations ayant facilité cet événement.  Et les émeutes du 6 janvier sont  aussi calamiteuses, et étaient  aussi évitables, que les émeutes analogues du 6 février 1934 à Paris.  

 

L'indétermination du temps présent, c'est  ce avec quoi  "nous vivons" et ce devant quoi nous enseignons.   Et c’est là que s'exerce l’appréciation éthique portant sur l’histoire en train de se faire.

 

Il reste un critère,  pour pouvoir décider "que faire ?" si on accepte (peut-on la refuser?) la responsabilité d'un présent ouvert et si on déplore  la captation du présent par les projets politiques les plus fermés, les plus pétris de ressentiment  et de xénophobie.

 

Le critère est le suivant : le passage au-delà  d'une mondialisation "néolibérale" se fait et se fera par une extension des solidarités. Pas autrement. Certainement pas par un reconfinement identitaire.   Et cela veut dire que toutes les avancées  allant dans le sens  de la dignité et de la manifestation des libertés, d'autonomie discrétionnaire dans les orientations, cis et transgenre, que les évolutions dites "sociétales" ont heureusement permises, sont à chérir. Société arc-en-ciel, sans surplomb. Sans dolorisme. sentimental. dans la nostalgie d’un monde d’avant.

 

Dans l’analyse des faits sociaux du présent, ceux d’un monde interconnecté et interculturel, nous pouvons éviter la projection d'une détermination qui explique tout, mais  qui nous enlève notre modeste part de responsabilité. Trump était évitable. Le monde n'a pas su l'éviter.  Cette calamité n'était nullement déterminée. En tout cas bien moins qu’une calamité comme la pandémie, que l’on  ne peut réduire à un statut de châtiment ou jugement de "la mondialisation" néolibérale. Même si, comme toute épreuve, elle nous inflige des leçons utiles, de solidarité nécessaire.

 

Si le passage au-delà d'une mondialisation  néolibérale  ne peut se faire que par une extension des solidarités, elle doit se faire "par la gauche", dès lors que la gauche se  montrera aussi  ouverte en son projet qu'en ses procédures  épistémologiques et son souci éthique. On ne peut que se réjouir  de l'extension actuelle et tardive, que l'on espère pas trop tardive, d’une conscience de co-appartenance : destinée commune, élargie au vivant autre qu'humain.

 

Pardonnez la longueur, mais les journées de confinement s’étirent  et malgré une goût pour le retrait et la retraite, je souhaite, dans le cadre d’un débat nécessairement libre, postuler que l’avenir et le présent relèvent de l’incertain, donc de notre responsabilité. On peut ensuite interroger les manques de ce postulat, pour essayer  de mieux penser notre crise du présent. Mais je resterai à la fois internationaliste et possibiliste, rétif aux schémas linéaires et fermés.

 

Sur les décisions ministérielles ayant provoqué ces débats, je dirai mon attachement aux débats  libres et contradictoires. Sans cadrage préalable par les autorités gouvernementales, pas plus que par les présidences d’université  ou des directions de composante et de département, qui ont déjà à assumer le défi consistant à faire  que l’institution tienne debout. Cette mission aussi est nécessaire.  Rassurez-vous : un tel cadrage local, je ne l'ai jamais connu. 

 

En attendant ,je serais pour que cent fleurs puissent éclore.

 

 

Trump était évitable.  Le monde n'a pas su l'éviter, par Cornelius Crowley
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commentaires

AF30 04/03/2021 10:18

Et si Trump n’était pas le personnage singulier qu’on nous vend continuellement car ceux qui nous le présentent ainsi sont très majoritairement ceux qui nous vantent en permanence le système qui l’a produit. Il a le défaut pour eux d’être trop caricatural. En quelque sorte il a l’inconvénient de montrer, dans toute sa brutalité, la vulgarité** et la violence du système. Ils préfèrent les bonnes manières et l’image lisse d’un Obama qui tout en perpétuant la logique libérale consent quelques aménagements cosmétiques.
On constate d’ailleurs que tout en regrettant un Trump ils se gardent bien d’aller jusqu’au bout de leur détestation et que rendus à un choix binaire - après tout une élection est un choix binaire - ils préfèreront le Trump en question à un B. Sanders.
Tout ça pour dire que l’utilisation du personnage de Trump participe à une comédie médiatique qui donne l’illusion d’un choix.
Une fois encore on aura balisé le terrain des élections.
Quant aux Brexit, il ne me semble pas que ça participe de la même logique. Si tout choix collectif est animé par des mouvements internes différents et parfois contradictoires, le Brexit relève, pour l’essentiel, d’une volonté de ne plus déléguer sa souveraineté à des structures extra nationales et en ce sens il s’oppose à la mondialisation. En quelque sorte il reprend l’idée de la Nation que se faisaient les révolutionnaires de Valmy lorsqu’ils la proclamaient et non pas celle du RN ou d’un Trump.

**PS sur la vulgarité : contrairement à l’apparence de leur environnement, demeures somptueuses, meubles de style ou de designers, véhicules de luxe, etc..., ces riches-là avec leur économie apprêtée de gestes et de mots sont mentalement vulgaires. Ramener à l’essentiel on constate que leur activité principale et leur préoccupation permanente ne sont qu’un égoïsme criminel.

adario 04/03/2021 10:15

"Le pôle de gauche" ! Nous, jeunes des années 1970-1980 n'y avons-nous pas cru ? N'étions-nous pas sincères dans nos espoirs de changement ? On voit les résultats aujourd'hui : politiques de tous les bords n'ayant qu'une seule ambition : moi, moi, moi.

Et aujourd'hui, nous avons le pompon : un couple (et précisons bien un couple) servile et aberrant mis en place par les "financiers" pour saborder tous les acquis sociaux et faire une politique "à l'américaine". Il serait curieux et peut-être salutaire de connaître l'âge des petits macroniens et leurs thuriféraires qui sévissent tous azimuts sur tous les réseaux sociaux et surtout dans les "médias" pour défendre, par tous les moyens : religieux, moraux ou plutôt amoraux, la politique de leur "maître" qui se voudrait comme Auguste non seulement "maître de moi (lui) mais de l'univers". Grâce au bourrage de mou, à la peur, ça a marché, souhaitons, espérons que ça ne marche plus. Mais... bof !

Gracchus1789 04/03/2021 07:45

Oui que les cent fleurs puissent éclore... mais plus celles fausses de nos années soixante-huitardes ! Il y a toujours un Goulag en Chine ! L'esprit de ce post est bon, fécond ! Il faudra construire un pôle de Gauche pour mettre un terme à ce néo-libéralisme qui saccage notre planète ! J'ai confiance en la Jeunesse qui va faire ça !