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23 mars 2021 2 23 /03 /mars /2021 06:14

 

 

L’expérience tragique du gourou de "la théorie du genre"

John Money, le père de la "théorie du genre", l'avait testée sur des jumeaux.

 

 

Par Emilie Lanez

 

 

 

Qu'est-ce que le genre, ce drôle de mot pratiqué des seuls grammairiens ? Il est un complexe outil intellectuel а double face. D'un côté, une grille de lecture pertinente qui questionne les rôles que la société impose а chaque sexe, le plus souvent au détriment des femmes. De l'autre, il abrite une réflexion militante... D'après elle, l'identité sexuelle ne saurait se résumer а notre sexe de naissance ni se restreindre а notre rôle sexuel social. Chacun doit devenir libre de son identité, se choisir, se déterminer, expérimenter... Et basta, l'humanité est arbitrairement divisée en masculin ou féminin.

 

Les "études de genre", terme traduit de l'anglais gender studies, ne sont pas récentes. Explorées par la célèbre universitaire américaine Judith Butler dans les années 70, elles naissent sous la plume et le bistouri d'un sexologue et psychologue néo-zélandais, John Money. C'est lui qui, en 1955, définit le genre comme la conduite sexuelle qu'on choisira d'habiter, hors de notre réalité corporelle. Or le personnage est controversé. Spécialiste de l'hermaphrodisme а l'université américaine Johns Hopkins, il y étudie les enfants naissant intersexués et s'interroge sur le sexe auquel ils pourraient appartenir. Lequel doit primer ? Celui mal défini que la nature leur a donné ? Celui dans lequel les parents choisiront de les éduquer ? Il est rarement mis en avant par les disciples des études de genre de quel drame humain et de quelle supercherie scientifique le pиre du genre, John Money, se rendit responsable.

 

 

Un lavage de cerveau

 

En 1966, le médecin est contacté par un couple effondré, les époux Reimer. Ils sont parents de jumeaux âgés de 8 mois, qu'ils ont voulu faire circoncire. Las, la circoncision de David par cautérisation électrique a échoué, son pénis est brûlé. Brian, son jumeau, n'a, lui, pas été circoncis. Que faire de ce petit David dont la verge est carbonisée ? Money voit dans cette fatale mésaventure l'occasion de démontrer in vivo que le sexe biologique est un leurre, un arbitraire dont l'éducation peut émanciper. Il convainc les parents d'élever David comme une fille, de ne jamais lui dire – ni а son frère – qu’il est né garçon. Le médecin administre а l'enfant, rebaptisé Brenda, un traitement hormonal et, quatorze mois plus tard, lui ôte les testicules. Ses parents la vêtent de robes, lui offrent des poupées, lui parlent au féminin.

 

 

 

A 6 ans, les jumeaux paraissent s'être conformés au rôle sexuel qu'on leur a attribué. Ce serait donc bien l'éducation et la société qui feraient le sexe... Brian est un garçon harmonieux, Brenda une gracieuse fillette. Money les examine une fois par an. Bien qu'ils aient 6 ans, il les interroge sur leurs goûts sexuels, leur demande de se toucher. « C'était comme un lavage de cerveau », confiera Brenda-David plus tard а John Colapinto, qui, en 1998, écrira l'histoire dans Rolling Stones puis dans un livre, As Nature Made Him : The Boy Who Was Raised As A Girl.

 

 

Combat féministe

 

Money est convaincu d'avoir prouvé que le sexe biologique s'efface pour peu qu'on lui inculque un autre "genre". Il publie de nombreux articles consacrés au cas "John-Joan" (c'est ainsi qu'il nomme David-Brenda), puis, en 1972, un livre, Man - Woman, Boy - Girl. Il y affirme que seule l'éducation fait des humains des sujets masculins ou fйminins. La "théorie du genre" est née.

 

Seulement, Brenda grandit douloureusement. Á l'adolescence, elle sent sa voix devenir grave, confie être attirée par les filles, refuse la vaginoplastie que veut lui imposer Money. Brenda cesse d'avaler son traitement, se fait prescrire de la testostérone, divague, boit trop. Brenda se sent garçon engoncé dans un corps de fille. Effarés, les parents révèlent la vérité aux jumeaux. Brenda redevient David, il se marie а une femme. Mais les divagations identitaires ont ébranlé les garçons. En 2002, Brian se suicide. Le 5 mai 2004, David fait de même. De cette fin tragique Money ne fait point état. En 1997, Milton Diamond, professeur d'anatomie et de biologie reproductive а l'université de Hawai, dénonce la falsification. Money réplique en évoquant une conspiration fomentée par des personnes « pour qui la masculinité et la féminité seraient d'origine génétique »... Est-ce si faux ?

 

Ce fait divers est étranger а la délicate, et bien réelle, question des personnes nées avec une identité sexuelle incertaine, dont le ressenti psychique ou physique demeure flou. Et, si cette histoire fut un drame, c'est bien parce qu'un enfant fut forcé а vivre selon une identité qui ne lui convenait pas et qu'а lui comme а son frère fut imposé un mensonge ravageur. Il importe de préciser que cette expérience ne saurait entacher les études de genre, qui d'ailleurs s'éloigneront de ces errements du champ médical pour se nourrir du combat féministe puis des travaux de l'anthropologie, interrogeant l'influence de la culture sur la nature, jusqu'à devenir un sujet transversal mêlant littérature, philosophie, sociologie…

 

 

Les doutes de la Norvège, pionnier du “ genre ”

 

La question des fondements scientifiques des études de genre se pose. En 2009, un journaliste norvégien, Harald Eia, y consacre un documentaire. Son point de départ : comment est-il possible qu'en Norvège, championne des politiques du “ genre ”, les infirmières soient des femmes et les ingénieurs des hommes ? Il interroge quatre sommités : le professeur américain Richard Lippa, responsable d'un sondage mondial sur les choix de métiers selon les sexes (réponse : les femmes préfèrent les professions de contacts et de soins), le Norvégien Trond Diseth, qui explore les jouets vers lesquels des nourrissons tendent les mains (réponse : tout ce qui est doux et tactile pour les filles), puis Simon Baron-Cohen, professeur de psychopathologie du développement au Trinity College de Cambridge, et l'Anglaise Anne Campbell, psychologue de l'évolution. Ces spécialistes répondent que naître homme ou femme implique des différences importantes. Et que leur inspirent les “ études de genre ” ? Eclats de rire. L'évolution de l'espèce, le bain d'hormones dans lequel se fabrique notre cerveau font du masculin et du féminin des sexes distincts. Tout aussi intelligents, mais pas identiques. Il présente leurs réactions aux amis du “ genre ”. Qui les accusent d’« être des forcenés du biologisme ». Soit. Eia les prie alors d'exposer leurs preuves que le sexe ne serait qu'une construction culturelle... Silence. Après la diffusion de son film, en 2010, le Nordic Gender Institute fut privé de tout financement public.

La théorie du genre expérimentée in vivo (pauvres chtit’ nenfants !)
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commentaires

A
On ne peut pas lire ce récit sans imaginer l’immense détresse de cet enfant. Une imagination qui ne peut rester qu’ en deçà de la réalité. On ne peut pas découvrir cette histoire sans être révolté contre ce médecin mais aussi contre les parents.
Même si le contexte de l’époque préparait à ses aberrations.
En effet on surévaluait le déterminisme jusqu’à lui accorder la possibilité de configurer totalement l’individu.
Si le déterminisme peut se constater, la règle qui en était faite lui attribuait une influence qui allait au-delà de ses possibilités. Il en découlait, pour certains, une règle quasiment mathématique : changer quelques éléments de l’équation et inévitablement on pouvait obtenir le résultat souhaité.
Il y entrait également une culpabilisation implicite de ceux qui avaient autorité et plus précisément des parents lors de l’apparition de certaines pathologies psychiques.
Disant cela je pense en particulier à l’exemple de Bruno Bettelheim et à son approche de l’autisme dont on avait fait un film dans les années 60 ou 70.
La démonstration y était tellement séduisante, d’autant qu’elle était fondée sur son expérience dans les camps de concentration, que le spectateur ignorant que j’étais (et que je suis ) du sujet y voyait un remède pour éviter cette pathologie. Mais le plus grave dans cette approche est qu’il était suggéré que l’apparition de l’autisme et son développement avaient leur origine dans le milieu familial et par conséquent que les parents en étaient en quelque sorte responsable. Au final on ajoutait donc à la détresse des parents, la culpabilité.
L’enfant sauvage de Truffaut relève de ce domaine. On y constate le déterminisme ( par exemple la station debout qui est apprentissage) et également ses limites puisque cet enfant reste fondamentalement un être humain.
Il en va de même aussi avec la phrase célèbre : on ne naît pas femme on le devient qui est réductrice de la pensée de S. de Beauvoir car si elle constate qu’être une femme ce n’est pas seulement du biologique, il y a d’autres éléments à prendre en compte, la nature de la femme est d’abord biologique.
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