Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 mai 2021 4 13 /05 /mai /2021 06:48

Ci-dessous un article publié par le site suisse L'1dex :

 

Non seulement le harcèlement est le chef-d’œuvre du paranoïaque, mais la contagion délirante agissant sous son impulsion dégrade la santé mentale de tous les membres du groupe harceleur.

 
 

Le harcèlement est un phénomène politique lié à l’histoire de l’humanité. Il « vise la destructionprogressive d’un individu ou d’un groupe par un autre individu ou un groupe, au moyen de pressions réitérées destinées à obtenir de force del’individu quelque chose contre son gré et,ce faisant, à susciter et entretenir chez l’individu un état de terreur ». (Bilheran, 2006).

 

Mode d’expression de l’abus de pouvoir, de l’autoritarisme, de la tyrannie, il s’oppose àl’autorité comme le pouvoirinjuste s’oppose au pouvoir juste. Il est la méthode parfaite d’asservissement utilisée par les paranoïaques dont je dissouvent qu’il est le "chef-d’œuvre".

 
 

Comment s’articulent paranoïa et harcèlement ? Pour répondre à cette question, dans un premier temps, je rappellerai ce qu’est le harcèlement, sa définition précise et les conditions nécessaires à sa mise en œuvre. Puis je démontrerai en quoi le profil paranoïaque est par nature harceleur,avant d’étudier son rôle dans la scène pathologique déployée par le collectif harceleur.


 
Harceler : de quoi parle-t-on ?
 

L’étymologie de harceler provient de « harseler/herseler » en ancien français, terme diminutif de « herser », utiliser la «herse ». Dans le domaine agricole, la herse est un outil muni de piques courtes et proches les unes des autres pourtravailler la terre en surface en vue d’unsemis. Sur le plan militaire, la herse est une grille en fer coulissante, armée depointes à sapartie inférieure, que l’on abaisse pour interdire l’accès à un château fort. Du point de vue des attaquants, «herseler » est soumettre la herse à des assauts réitérés. Par analogie, le termesignifie tourmenter sans cesse par de petitesmais fréquentes attaques. Sur le plan militaire, ilconvoque l’idée d’assiéger constamment, sans laisser de répit. Quant auregistre agricole, ils’agit, par un geste répétitif d’égalisation, de couper tout ce qui dépasse (pratique connue decertainstyrans dans l’Antiquité, tel Denys de Syracuse, qui usait de cette métaphore pourdécrire son action politique). L’analogieliée à cette métaphore peut s’étendre au niveaugroupal : harceler, c’est couper tout ce qui dépasse du groupe (1).

 
 

En aucun cas, le harcèlement ne saurait être réduit à des maltraitances, des incivilités oud’autres formes de violences nonintentionnelles.

 

On repère plusieurs caractéristiques :

 

Un procédé totalitaire. Le harcèlement implique des logiques de pouvoir et de groupe quirelèvent du totalitarisme : de la pensée le sujet est éradiqué dans sa conscience morale etsa liberté ; de l’action instrumentalisée ; del’interchangeabilité humaine, de la délation, ducontrôle absolu. Le harcèlement est l’instrument du pouvoir qui n’est pas légitime et doit donc,pour conduire à l’obéissance, s’imposer par la force et la violence, la suppression du liensocial, lasurveillance de tous contre tous. Dans le harcèlement, il y a un harceleur et un harcelé. La relation est asymétrique, l’un est coupable, l’autre victime. Dans les violencespsychologiques « simples », ce n’est pas forcément le cas.

 

L’intention de nuire et l’introjection. A minima le harcèlement se distingue par l’intention de nuire (présentée comme une « légitime défense ») et la charge traumatique qu’il inflige. Or,la charge traumatique implique la notion d’introjection.C’est dans l’introjection que réside, à proprement parler, le processus mortifère : il s’agit d’intérioriser la violence subie, de laretourner contre soi, d’assumer à la place de l’agresseur le sentiment de culpabilité et dehonte. L’introjection de laculpabilité et de la honte est l’outil suprême du harcèlement, celuipar lequel le processus de destruction atteint son apogée: conduire autrui à l’autodestruction(introjection de l’intention meurtrière du harceleur).

 

 

Du harcèlement (par Ariane Bilheran)

La durée et la répétition. Le harcèlement s’inscrit dans la durée, et inclut la répétition,détruisant ainsi « à petits feux ». Il ne s’agit pas d’un acte unique ou exceptionnel : un seulacte de torture ne constitue pas, en soi, du harcèlement. Enrevanche, des actes de tortureréitérés sur la durée relèvent d’un harcèlement (moral et physique).

 
 

Pour résumer, le harcèlement est une attitude visant à conduire autrui à l’autodestruction(jusqu’au suicide [Bilheran, 2012]), par des pressions morales (voire physiques et sexuelles) réitérées, dans l’intérêt de lui nuire, sur la durée.

 
 

Harcèlement dans le couple : Henri se sent épié…

 

Henri a un profil paranoïaque : il se sent épié, persécuté, et se méfie de tous mais en particulier de sa compagne,Marie.Il se rend sur son lieu de travail, s’y engouffre en se cachant dans un placard, puis lorsque l’entreprise se vide, en profite pour pénétrer dans l’ordinateur du bureau de son épouse (ordinateur qu’elle partage avec d’autres personnes). Il y installe un logiciel espion. Puis,lorsqu’il en retire l’historique, il voit une recherche Google «fellation SIDA». Dans une interprétation délirante,Henri se persuade que la recherche a été émise par Marie, et il réalise alors une sérologie VIH, quiest négative. il trafique alors pour marquer «positif », et séquestre son épouse durant toute une nuit, les analyses sous lesyeux, afin qu’elle « avoue » avec qui elle a bien pu le tromper, chose impossible puisqu’il n’y a pas eu adultère.

 

On voit bien que la distinction avec les maltraitances est bien l’intention de nuire (les actessont prémédités, elle doit «souffrir » comme lui souffre à l’idée qu’elle le trompe), le sentimentde persécution et l’interprétation délirante, conduisant à des actes délictueux (effraction dans l’entreprise et du matériel informatique, séquestration) que le paranoïaque estime «légitimes »(et présente comme tels).

Harceleur par nature
 

La paranoïa est avant tout une psychose, fondée sur le déni de réalité, le délire interprétatif, leclivage, la projection et lecontrôle. Appelée « folie raisonnante » par les psychiatres Sérieuxet Capgras au début du XXe siècle, cette folie piège : le délire paranoïaque se caractérise parle détournement des règles du raisonnement logique pour interpréter le monde sous l’angle dela persécution. En somme, « le délire d’interprétation est un système d’erreurs » (Sérieux etCapgras, 1909). Systématisé, le délire présente un thème essentiel auquel s’articulent plusieursélaborations délirantes, dans undéveloppement apparemment cohérent et ordonné. En réalité, il s’agit d’un faux raisonnement fondé sur des sophismes. Le délire se modifie alors très peu dans ses thèmes et ses certitudes. La personnalité paranoïaque se caractérise par un égocentrisme, une hypertrophie du moi, une méfiance, une psychorigidité et une fausseté dujugement. Chaque événement, chaque fait et geste, chaque parole et chaque silence sontpassés au crible d’une interprétation délirante.

 

 

Le paranoïaque persécute donc ceux qu’il a désignés comme ses propres persécuteurs, surfond de mythomanie et de mégalomanie. Niant le passé, l’altérité, la différence sexuée, laparanoïa désigne des boucs émissaires à abattre, divise le collectif, espionne et supprime toutdroit à l’intime et à la subjectivité. Elle est un système clos qui prêche paradoxalementque c’est pour le bien de l’autre, l’empêchant ainsi de se défendre et le sidérant psychiquement.Tout est organisé autourdu complot supposé d’autrui à son encontre, alors qu’en réalité, c’est bien le paranoïaque qui crée sans arrêt de nouveauxcomplots dont il attribuera l’origine àd’autres, ce qui justifiera des interventions supposées de « légitimes défenses ». Lapsychoseparanoïaque est la pathologie maîtresse du harcèlement. Elle en fait un chef-d’œuvre, puisque dans la paranoïa,harceler l’autre relève d’une forme de survie : tuer l’autre avant que l’autrene tue.

Si l’on reprend les critères caractéristiques du harcèlement, l’on se rend compte qu’ils correspondent en effet en tout pointau profil paranoïaque. La persécution n’est pas seulesuffisante, il faut qu’elle agisse avec une intention de nuire, dans larépétition et sur la durée, avec des procédés de type totalitaire engendrant des traumatismes susceptibles de déclencherdesmécanismes de défense au sein du collectif. Tout ceci, seul le profil paranoïaque est eneffet capable de le mettre en acte,dans la nosographie des pathologies. Bien sûr, d’autresprofils pathologiques peuvent lui venir en aide dans la réalisationde son projet mortifère (cf.infra).

 

• Un projet mortifère et totalitaire

 

La paranoïa porte en elle un projet de mort et pour cela, elle utilise la terreur, le totalitarismede la pensée unique, celui de l’interchangeabilité humaine, du contrôle absolu. La paroledominante est une propagande, dans laquelle les victimes de la terreur sont désignées commecoupables, et les résistants à la soumission comme des traîtres. La paranoïa désire créer un «homme nouveau », en niant les racines, les origines, les traditions, l’histoire et toute forme d’altérité.

 

Toutes les sectes dont l’ambition est de couper l’individu de ses racines et de ses repères, ainsique d’abuserpsychiquement de lui, ont un fonctionnement de type paranoïaque insufflé par legourou qui exige la soumission au dogmedélirant. À chaque fois, nous retrouvons le même cocktail : reconstruction délirante du monde (néo-réalité du délire),mégalomanie (les « élus »), culte de la personnalité du gourou Christ réincarné », « Ange incarné », « Maître desCieux», « Isis déesse-mère »…), transgressions sexuelles (en particulier sur mineurs) et autres passages à l’acte jusqu’aux meurtres, idéalisation (la « mission divine »), fraudes financières etdivers types d’escroquerie (abus), prosélytisme agressif(expansion guerrière). Si le gourou estdénoncé, il sera soutenu par tout un tas de gens fanatisés hurlant au « complot »contre lui.

Du harcèlement (par Ariane Bilheran)

Dans ce registre, citons Gilbert Bourdin, gourou de la secte du Mandarom (érigée près desgorges du Verdon, en Provence), qui se clamait messie « cosmoplanétaire » livrant un «combat final contre des entités négatives » (Lémuriens, Atlantes…) prêtes à attaquer la Terre. Dans la cité du Mandarom, les statues étaient colossales, jusqu’à 33 mètres (cette dernièrereprésentait évidemment Gilbert Bourdin). Dans cette secte se pratiquaient des rupturesfamiliales, des mises endanger physiques, comme toujours des abus sexuels, du harcèlement psychologique. Gilbert Bourdin prétendait aussi êtrele protecteur de l’humanité, et avoirvaincu « 550 milliards de démons venus des sept plans de l’Univers ». Il apparaissaitpubliquement coiffé de la tiare du « Grand pontife de l’Ordre du diamant cosmique. »(Fenech, 2012). Au début des années 1990, plus d’un millier de personnes pensaient qu’ilétait le seul à pouvoir sauver la Terre en instaurant «l’Âge d’or »…

• L’intention de nuire

 

La psychose paranoïaque est la seule psychose qui, de mon point de vue, questionnel’existence de la responsabilité pénale, car elle suppose l’intention de nuire, au travers despulsions agressives et des homicides avec préméditation. C’estla raison pour laquelle Lacanavait une préférence pour l’application de la sanction pénale (Bilheran, 2019). Il faut neutraliser l’autre, dans la peur délirante que l’autre ne vous écrase avant. Cette intention denuire est souvent doublée d’un plaisir sadique ; elle est constitutive du harcèlement manié parla paranoïa.

 

 

• Le clivage, la projection, l’interprétation
 

La paranoïa déclenche un certain nombre de mécanismes de défense pathologiques qui serépandent dans le collectifharceleur (2). Avec la paranoïa, de quoi s’agit-il donc de sedéfendre ? De l’angoisse massive, de type psychotique, quis’abat sur l’individu, où le mondedevient celui de la surveillance généralisée de tous contre tous. Les mécanismes dedéfense enprésence sont de nature psychotique, car ils provoquent tous une perte de contact avec la réalité.

 

Il y a tout d’abord le clivage, mécanisme de partition inversée du monde entre « bons » (lesharceleurs et ceux qui lessoutiennent) et « méchants » (les résistants à la soumission).

Fruit du clivage, la projection consiste à attribuer à autrui ses propres intentions et émotions, pour éviter d’avoir àsupporter une mauvaise représentation de soi. Une représentation interne est réprimée ; son contenu va parvenir auconscient sous la forme d’uneprojection, venant de l’extérieur, avec retournement de l’affect. Par exemple, lavictimisation (lefait de jouer indûment le rôle de victime) est l’apanage des harceleurs, qui n’hésitent pas àrendre responsable leur cible en l’accusant d’être leur persécuteur. La projection fonctionne surle mode de l’inversionaccusatoire, spécialité des profils paranoïaques.

 

L’interprétation sauvage (« il ne m’a pas serré la main, c’est qu’il prépare unemachination contre moi ») nourrit lapsychose paranoïaque au harcèlement.

 

« Qui n’est pas avec moi est contre moi » est la devise qui fonde l’interprétation délirante duparanoïaque. Dans laparanoïa, le discernement n’est pas aboli, il est faussé par l’interprétation.

• Durée et répétition

 

La paranoïa a la capacité de se fixer durablement sur un objet, c’est-à-dire « d’élire » pourcible une personne sur la duréeet dans la chronicité, qu’elle va soumettre à un comportementréitéré, qui caractérise le harcèlement et le distingue del’agression simple. À l’inverse, ledélire paranoïde du schizophrène ne concerne guère le harcèlement car, les clinicienslesavent, « l’objet de fixation » (la personne « ciblée ») du schizophrène est majoritairementfluctuant, malléable, changeant.

 
 
Distribution des rôles
 

Pour comprendre le harcèlement, il est fondamental de le penser comme un phénomène degroupe les rôles sont distribués. C’est un véritable système pathologique.

• Le harcèlement comme phénomène de groupe

 

Dans le harcèlement, il existe une distribution des rôles entre les profils pathologiques, entre lesbourreaux, les complices, les victimes et les résistants (lesquels deviennent boucs émissaires) ainsi que des logiques psychologiques d’aliénation psychique du groupe. Parmi les profils pathologiques menant la danse, le paranoïaque est le « chef » harceleur, même dans l’ombre,tandis que les profils pervers se présentent comme adjuvants selon leur propre intérêt (lesprofilspsychopathes quant à eux exécuteront les « basses œuvres » : crever les pneus, torturer, pratiquer l’extorsion…). La perversion est l’exécutante consciencieuse et habile de la folieparanoïaque. Sur l’échiquier, le paranoïaque définit lastratégie, tandis que le pervers déploie la tactique en manipulant autrui comme des pions, et que le psychopathe sertd’homme demain (il liquide les éléments trop dérangeants). Hitler était paranoïaque, mais les industriels etfinancierscollaborant au projet nazi dans son entreprise de conquête et de destruction relevaient de la perversion. La perversion, quiest un outil de la psychose paranoïaque pourinstrumentaliser autrui au service d’un pouvoir abusif, est utilisée pourrenverser les valeurs, manier l’injonction paradoxale, manipuler, désigner comme victime le coupable, et coupable lavictime.

• Le groupe aliéné

 

Pour que du harcèlement survienne, le groupe doit être, pour tout ou partie, déjà aliéné (ou «régressé »). Le harcèlement est banalisé, et les personnes du groupe ne savent plus distinguerle respect de l’irrespect, le sain du pathologique, la norme de l’exception. L’exercice dupouvoir y est malade, relevant cette fois d’une logique de contrainte et de soumission. Leharcèlement apparaît alors comme la seule possibilité restante de fédérer le groupe, parl’élection d’un bouc émissaire,interne ou externe, qui devient la cible sur laquelle s’acharner.Cette diabolisation s’opère en même temps que laconfiscation de la parole de la personnecalomniée. Une seule version des faits (celle du dogme paranoïaque) sera assenéeau groupe.Cette exclusion concernera tous ceux qui, de près ou de loin, seront vécus comme un danger(réel ou supposé)par le paranoïaque.

 
 

Pour le dire brièvement, le harcèlement est un processus appelant à la haine de l’autre et à labrisure du lien social. Le groupe s’en remet au délire paranoïaque pour qualifier ce qui estbien et ce qui est mal. Victimes de ce pouvoirpathologique, les personnes présentent des symptômes de souffrance de plus en plus importants : perte des repères,confusion psychique, sentiment d’impuissance, sidération, banalisation de la violence, somatisation, addictions…Elles necomprennent pas ce qui leur arrive, dans cette manipulation de masse et cette sophistique paranoïaque (Bilheran, 2015).

Dès lors, le collectif s’organise de façon pathologique dans une psychose paranoïaque, ettraverse des processuspsychiques de type délirant : persécution, euphorie, culte de lapersonnalité, idéalisations délirantes, interprétationsdélirantes, projections, clivages, idéauxpseudo-opérants (la vérité, la justice…), mais dont le sens est systématiquementdévoyé.

 

Dans son ouvrage sur les sectes, le magistrat G. Fenech (2012), président de la Missioninterministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires de 2002 à 2008, écrit ceci :

« Dans les années 1980, [Robert Le Dinh, dit Tang] beau parleur, agrège autour de lui ungroupe d’une vingtaine dejeunes adeptes qui s’installent dans le même quartier, voire pourcertains dans la même maison que lui. Paradoxalement, quand on l’interroge, il ne nie pasêtre un gourou. (…) Ce qu’oublie de dire Tang, c’est que pendant vingt-deux ans, il est parvenu à convaincre ses adeptes que la fin des temps était imminente et que la Terre seraitdétruite, sauf pour ceux quiferaient assez de sacrifices pour être sauvés par des extraterrestres. De cette manière, il faisait régner une atmosphère deterreur. Debout dès 4heures du matin, ses affidés devaient se mettre à genoux, face contre terre, pendant qu’il leurprédisait une catastrophe et les exhortait d’une voix méconnaissable à toujours plus de sacrifices pour faire reculerl’échéance ».

Du harcèlement (par Ariane Bilheran)

• Les charges traumatiques dans le collectif

 

L’un des outils très efficace du harcèlement (avec le maniement systématique du paradoxedans le langage) est latransmission de charges traumatiques dans le collectif, laquelle segreffe sur un harcèlement rampant, « à petits feux », avec des chocs sur les individus destinés à les sidérer, à les fragiliser émotionnellement, et à obtenir un « lavage de cerveau », ce quientraîne la mise en place des mécanismes de défense. Ce peut être des discours très violentsstigmatisanttelle personne du collectif les musulmans », « les juifs »…), ou encore deshumiliations collectives, fondées souvent surdes amalgames bien choisis. Ces chargestraumatiques, selon leur durée, leur intensité et leur chronicité, aboutissent à unecontagion desprocessus destructeurs à l’œuvre. Dès lors, la parole ne se libère que difficilement, les repèressont perdus,parfois même dans des formes de déréalisation et dépersonnalisation groupale.Le harceleur est vécu comme « toutpuissant », au-delà de la justice, des lois sociales et des lois du monde, quand d’autres membres du groupe se viventcomme totalement (et déraisonnablement) impuissants, ce qui, là encore, peut conduire au passage à l’acte suicidaire surle mode du « je suis inutile, je ne sers à rien » ou encore « je me sacrifie pour lechef ».

• Déni, isolation, souffrance psychique…

 

Pour se protéger de la violence psychique à l’œuvre avec le clivage, la projection etl’interprétation, les personnes évitent la confrontation psychique au paradoxe et ce, jusqu’audéni, et c’est par le déni que se produit la perte de contact vital avecla réalité constitutif de lapsychose collective. Il convient de préciser que ce processus psychique concerne ceux qui n’ontpas les ressources internes suffisantes pour résister à une telle distorsion interprétative dumonde. Seules quelques rarespersonnes (d’une force psychique hors du commun) préserverontun raisonnement sain dans un monde qui devient fou, les repères sont inversés, la vérité travestie en mensonge, et les « gentils » désignés comme « méchants », tandis que les«méchants