Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
17 août 2021 2 17 /08 /août /2021 05:39

 

Maxime Vivas, Jean-Pierre Page (dir.). La Chine sans œillères. Paris : Delga, 2021

 

J’aime beaucoup l’expression anglaise “against the grain”, qu’on peut traduire par “à contre courant”. Shakespeare l’a popularisée dans Coriolan, en partant du bois raboté dans le sens inverse de ses fibres. Avec cet ouvrage collectif dirigé par Maxime Vivas et Jean-Pierre Page, nous sommes dans une démonstration très argumentée, souvent brillante, visant à remonter le courant d’un flot désormais gigantesque qui vise à discréditer la Chine d’aujourd’hui. Cette doxa est globalement d’autant plus médiocre qu’elle a recours à des attaques personnelles contre les auteurs, Maxime Vivas en particulier, afin de plaire à l’Empire qui, pour sa part, fait désormais preuve de nuances, voire de reculades (tout comme l’OMS et la Banque mondiale) lorsqu’il s’agit de critiquer le pays qui est en train de devenir la première puissance économique mondiale. Quant à la question Ouïghour, il ne s’agit plus de reculade mais de pantalonnade. Le génocide y est en cours, affirmait Libération en juillet 2020. Plus prudent, plus fielleux aussi, Le Monde avançait que « plusieurs pays, dont les Etats-Unis, évoquent un génocide dont les Ouïghours seraient l’objet » (ah, le conditionnel du grand quotidien de référence !). Ce même Monde qui prétendait qu’une journaliste (Laurène Beaumond) proposant des analyses contraires aux siennes n’existait pas !

 

Il y a près de cinquante ans, reprenant une phrase de Napoléon, le ministre solidement de droite et anti-communiste Alain Peyrefitte publiait Quand la Chine s’éveillera. C’est fait. 40% des brevets dans le monde sont chinois, le pays compte autant de kilomètres de TGV que le reste du monde, les salaires dans l’industrie sont en voie de rattraper ceux du Portugal, et le système éducatif est bien plus performant que le système français.

 

Le problème des médias français qui collent à l’idéologie étasunienne – Le Monde, Libération en particulier – c’est que, depuis la doctrine établie par le président Obama en 2011, l’ennemi principal des Etats-Unis n’est plus le terrorisme islamiste, comme du temps de Bush junior, mais la Chine. Un pays qui ne fait la guerre à personne, qui n’a aucun contentieux avec l’Europe, aucun conflit d’intérêts, qui n’impose des sanctions économiques à personne, qui dépense 84 dollars par habitant pour sa défense nationale contre 600 pour les Etats-Unis, qui ne possède qu’une seule base militaire à l’étranger (à Djibouti) contre plus de 700 pour les Etats-Unis (90% du total mondial) qui le ceinturent et tentent de l’étrangler à grand frais pendant qu’il développe une coopération économique très importante au-delà de sa propre région sur des bases gagnant-gagnant (win-win) tandis que son antagoniste épuise le monde dans un jeu à somme nulle (zero-sum game) où le gagnant rafle tout (the winner takes all). D’un côté, l’espoir d’un monde ouvert et inclusif fondé sur les cinq principes de coexistence pacifique des Nations-Unies, de l’autre, une vision unilatérale du monde. Ce combat existentiel a débouché sur le plus grand accroissement militaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

 

Depuis Obama, prix Nobel de la paix, il y a dans les cartons de la Maison blanche un plan dit « AirSea Battle » consistant à bombarder dans sa totalité et en permanence le territoire chinois. Quand on pense qu’en vingt ans Washington n’a pas été fichu de remporter, avec l’aide de l’armée régulière, sa guerre en Afghanistan !

 

Quand les Etats-Unis ont-ils viré casaque ? Depuis une vingtaine d’années environ, quand la Chine a cessé d’être un marché passif de plus d’un milliard d’habitants où ils pourraient écouler leur surproduction chronique, et est devenue une puissance économique à part entière, rebattant complètement les cartes de l'économie et de la politique mondiales. Les Etats-Unis, puis l’Union européenne, ont été pris à leur propre jeu du libre-échangisme échevelé, en particulier lorsqu’ils ont vu les Chinois entrer dans le capital d’entreprises européennes et d’Outre-Atlantique. Et quand ils se sont installés dans une Afrique en marcescence. Participer à la mondialisation libérale, d’accord, prendre des parts de marché aux Occidentaux, pas d’accord.

 

En 1950, la Chine, longtemps pillée par des puissances occidentales et le Japon, était plus pauvre que l’Inde alors qu’elle était responsable du tiers de la production mondiale en 1820. Hormis Victor Hugo, rares étaient en France ceux qui avaient honte de l’impérialisme européen : « Nous Européens, nous sommes les civilisés, les Chinois sont les barbares. Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre l’Angleterre. L’Empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il étale aujourd’hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été. J’espère qu’un jour viendra où la France renverra ce butin à la Chine spoliée. » Se démarquant de l’exemple soviétique, les dirigeants lancèrent, dans les années 1980, une politique agricole ne visant pas à financer l’industrie mais à nourrir la population. Dans les années 1990, il fut décidé que la propriété privée pouvait être un pilier de la production socialiste. Il est encore un peu tôt pour décider que les objectifs socialistes vont l'emporter  sur le capitalisme. Toujours est-il que le taux de pauvreté, selon la Banque mondiale, est passé de 17% en 2010 à 3% en 2017.

 

En trente ans, la Chine s’est modernisée (par exemple, dans la conquête de Mars, elle pourrait être la première et elle possède le plus grand téléscope au monde), s’est dynamisée et est devenue particulièrement réactive. On l’a vu et on le voit encore avec la crise du Covid. Elle a connu beaucoup moins de victimes que les Etats-Unis (5000 morts contre 330000) et elle n’a pas, comme les autorités française qui ont dépassé en la matière les bornes et les limites, obligé ses concitoyens à s’auto-prescrire des bons de sortie pour une heure sous la houlette de médias dominants serviles. L’Histoire dira, en nous réservant peut-être des surprises, si le Covid provient d’un trafic illégal de pangolins malais (des animaux protégés) ou de Fort Derrick, dans le Maryland, le seul laboratoire bactériologique à usage militaire au monde.

 

L’un des thèmes majeurs de l’ouvrage est le Tibet. La honte m’habite mais, pour moi, le Tibet cela a longtemps été l’album d’Hergé, son meilleur à mes yeux. Et puis la découverte de l’euphonie du mot en anglais, quand j’étais en 4ème, qui ressemble beaucoup à « t’es bête » ! Pour les tenants de l’idéologie dominante, le Tibet d’avant Mao évoquait le « plaisir de vivre », « des rires et des fêtes, des réjouissances et des festins ». Marie-Antoinette chez les Jaunes. Il s’agissait en fait d’une dictature cléricale moyenâgeuse, ce que démontre à l'envi cet ouvrage.

 

On finira pour la bonne bouche sur les fonctionnaires chinois qui partent en retraite à 60 ans avec 80% de leur salaire. Une utopie pour les fonctionnaires français encore en activité…

 

Note de lecture (200)
Partager cet article
Repost0

commentaires

A
la Chine. <br /> Tout ce qui est dit ici j'y adhère.<br /> Mais par un effet d'opposition justifié entre ce qui pourrait apparaître comme 2 extrémités du champ politique on en vient, il me semble, à surévaluer les qualités de la Chine, de sa politique en générale, de son modèle social et des conditions de vie du chinois.<br /> Nous savons que de l'occupation japonaise et même avant, à aujourd'hui le chemin parcouru est inimaginable. Il est surhumain depuis le combat des communistes de Mao à aujourd'hui.<br /> Souvenons nous aussi du roman à succès de Lucien Bodard où on découvrait une Chine asservie par les seigneurs de la guerre.<br /> Alors même si la construction de TGV et d'autoroutes ne sont pas le mètre-étalon de l'évaluation d'un progrès social ils n'en demeurent pas moins une preuve d'une réussite concrète car tout cela ne peut pas être réalisé si on ne dispose pas des connaissances scientifiques et techniques pour les atteindre. Donc d'un niveau culturel à la hauteur.<br /> ARTE montrait sur une carte de la Chine l'évolution, sur les 3 décennies précédentes, de ces 2 moyens de communication et la démonstration était sans appel.<br /> Il faut également prendre en compte les dimensions de ce pays et l'importance de sa population qui sont des facteurs hors de nos normes et dont les conséquences ne peuvent pas être sans défaut. <br /> Ceci étant dit ce serait déraisonnable de faire de ce pays, par opposition aux USA, le parangon de la vertu politique. <br /> Ainsi on constate que ce pays se place au sommet des exécutions : https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2020/04/death-penalty-in-2019-facts-and-figures/<br /> Si on regarde l'urbanisation et particulièrement celle qui s'adresse au logement des populations on constate des concentrations qui doivent d'ores et déjà poser des problèmes mais qui en poseront de sérieux à l'avenir. Par exemple je lisais dernièrement qu'à Hong-Kong ( d'accord rattaché récemment et avec statut spécial) il y avait près de 8000 tours d'habitation. J'imagine avec effrois ma vie dans une de ces ruches.<br /> Donc même en convenant que les conditions génèrent mécaniquement certaines situations il serait irréaliste de ne pas voir les dysfonctionnements ou contraintes qui pèsent sur l'individu.<br /> Par ailleurs je ne peux m'empêcher de voir au travers de films ou de reportages des effets aujourd'hui encore de cette tradition qui prônait la soumission au père et au prince comme allant de soi et qui devait garantir la cohésion des familles et du pays. Le respect de la hiérarchie, pour ce qu'elle est en dehors de toute autre justification, comme règle cardinale me semble peser encore sur l'esprit dominateur du " chef ".<br /> Enfin si effectivement l'esprit impérialiste n'existe dans la Chine actuelle cela n'est-il pas culturel ? On se souvient que la Chine disposait avant l'Occident des moyens techniques et scientifiques pour s'élancer au-delà des mers et que ces navires ne sont pas allés plus loin que la côte orientale de l'Afrique et pendant une courte période. Se désignant elle-même Pays du Milieu, elle en marquait son intérêt relatif pour tout ce qui se trouvait à l'extérieur. la Cité Interdite est aussi le symbole de cette centralité. <br /> Aujourd'hui il s'agit d'une montée en puissance et par conséquent on ne peut pas prévoir la suite mais cette puissance quel qu'en soit l'avis qu'on en a finira, comme toujours au royaume des hommes, par tenter de s'imposer.
Répondre
L
Il faut citer le titre de Peyrefitte en entier ... Quand la Chine s’éveillera , le monde tremblera !!! Et nous pouvons désormais trembler ...
Répondre