Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 septembre 2021 4 30 /09 /septembre /2021 05:06

 

Lorsqu'un mot est soudainement utilisé à tort et à travers par les politiques, puis par les grands médias et, fatalement, par la majorité de la population, c'est qu'il y a un loup, une entourloupe politique et idéologique.

 

Depuis quelques années, le mot « territoire » est utilisé en lieu et place de pays, nation, État, province, département, canton etc. C’est-à-dire d’entités politiques et administratives. Or il n’y a pas de groupe vivant sur une portion de terre sans autorité, sans juridiction.

 

Certes, un animal marque son territoire. Certes, pour l’homme préhistorique, son territoire était l’espace de sa vie, de sa survie, l’étendue de terre où il chassait, où il pêchait. Aujourd’hui, un territoire est, comme le qualifiait Fabrice Aubert dans Le Grand Soir, « anonyme ». Il n’est pas borné, il n’y a aucun poteau indicateur à son entrée.

 

Le capitalisme financiarisé a balayé ces notions. En effet, dans la mondialisation, il n’y a pas de peuples souverains mais un système qui transcende les États (les cantons, les communes, pensez donc…), abolit les frontières, contourne tous les règlements visant à freiner l’accumulation des profits. Pour le marché « libre et non faussé » cher à Giscard, point d’entités administratives, juste des territoires soumis à la dérégulation et aux fluctuations de l’économie. Normalement, dans une nation, dans un département, la loi est la même pour tous. Lorsque, voguant sur une émotion consécutive à un drame, le banquier éborgneur suggère une expérimentation dans la « gouvernance » des écoles en un endroit particulier du pays, il souhaite une dérogation à la loi … qui en appellera d’autres.

 

Les populations préhistoriques partaient en quête d’un nouveau territoire lorsqu’elles avaient épuisé les ressources de celui où elles vivaient. D’où un mode généralisé de nomadisme. Les territoires de la mondialisation capitaliste sont les espaces du marché où des nomades, en concurrence les uns par rapport aux autres, s’appauvrissent chaque jour davantage et doivent vendre leur force de travail à des entités abstraites – qu’y-a-t-il de plus abstraits qu’un fonds d’investissement ou une transnationale ? – qui se jouent des règles démocratiques et différencient les travailleurs, les prolétaires (ceux qui n’ont comme richesse que des proles, des enfants) en fonction de leurs intérêts propres.

 

Alors, dans les territoires, il n’y aura plus de Smic national mais des Smics locaux, différenciés selon les critères et les desiderata du patronat. Or on ne peut résister que si l’on appartient à un groupe dont l’existence sociale est reconnue. Si l’on n’est qu’un agent économique ou un agent de l’économie, à tous les niveaux le rouleau compresseur de la précarisation peut avancer tranquillement.

 

Deux mots sur l’affiche qui illustre mon propos (et Dieu sait que j’aime le vélo même si je ne le pratique plus !), des manifestants vont, à juste titre réclamer davantage de pistes cyclables à la mairie de Vaux-en-Velin. Mais la question sémantique que je me pose est : qu’est-ce qu’un « territoire » pour un cycliste ? Qu’est-ce qu’un « territoire » qu’il faut reprendre, donc qu’on a déjà possédé ? Une piste cyclable est-elle un « territoire » ? Oui si les individus concernés ici se pensent en purs consommateurs dans un environnement marchand.

 

 

 

Du mauvais usage d’un mot du français : « territoire »
Partager cet article
Repost0

commentaires

A
"... un loup, une entourloupe politique et idéologique." Oui ! et " le capitalisme financiarisé a balayé ces notions." Avec la condamnation de Sarkozy, M. et Mme Macron n'essaient-ils pas de garder "leur territoire" ... qu’il faut reprendre, donc (et parce qu’) ils l'ont déjà possédé ... " et entendent bien continuer à le posséder ! <br /> <br /> Décidément, n'y aurait-il pas beaucoup à dire à propos des condamnations - a posteriori - possibles du couple ?
Répondre