Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 05:01

Par Philippe Arnaud, forcément...

 

Le mercredi 20 octobre, comme à l'habitude, j'ai écouté, à 12 h 45 sur France Inter, le Jeu des 1000 euros. L'équipe du Jeu reste en général du lundi au vendredi dans la même localité (souvent une petite commune) et le mercredi est réservé à un "Spécial jeunes" (c'est-à-dire à des candidats collégiens ou lycéens).

Ces jeunes ont en gros le même profil : ce sont de "bons élèves", mais, surtout, en dehors de la vie scolaire, ce sont des jeunes s'intéressant à tout. Ils sont fréquemment grands lecteurs et ont des centres d'intérêt variés dans divers domaines, culturels, artistiques ou sportifs. D'ailleurs, une pré-sélection, effectuée quelques minutes avant l'émission, permet de choisir ceux qui répondront au maximum de questions, dans le plus de matières possibles : histoire, littérature, sport, musique, peinture, politique, calcul mental...

Cette semaine, l'équipe du Jeu était à Entrecasteaux, petite commune du Var de 1200 habitants, située entre Brignoles et Draguignan. Et les deux joueurs étaient une lycéenne et un lycéen (c'est dans cet ordre qu'ils furent présentés). La fille était en terminale, sans plus de précision et si Nicolas Stoufflet (l'animateur), n'a pas mentionné la classe du garçon, on peut supposer que celui-ci était vraisemblablement, lui aussi, en terminale. Je m'arrêterai ci-après sur une question dont les réponses – ou, plus précisément, les "non-réponses" – de ces jeunes gens m'ont paru révélatrices d'un problème : comment des jeunes gens instruits, intelligents, cultivés, curieux, vifs d'esprit, ont-ils pu buter sur cette si simple question ?

Cette question était dite "rouge" (la dernière, la plus difficile) et elle était ainsi formulée : "En 1974, le 22 juin 1974, la Coupe du Monde de football a opposé deux équipes qu'on a parfois appelées les frères ennemis. De quels pays s'agit-il ? Un combat fratricide, si on peut le dire."

Remarque 1 : précision. Il s'agissait du match RDA-RFA, remporté sur le score de 1 à 0 par la RDA. Ce qui était un coup de tonnerre, compte tenu que la RFA avait été championne du monde contre la Hongrie, en 1954, qu'elle avait été finaliste contre l'Angleterre en 1966, et qu'elle ne s'était inclinée en demi-finale, face à l'Italie, en 1970, qu'au terme d'un match mémorable, d'un match de légende, remporté sur un score de 4 à 3 par l'Italie, à l'issue des prolongations. Cette victoire de la RDA sur la RFA était donc symbolique, qui voyait la "grande" RFA, battue par la "petite" RDA, laquelle était mal aimée en Occident (à cause du Mur de Berlin), sauf par les communistes. Autour de la RDA se cristallisaient, en France et en Europe, toutes les oppositions politiques et géopolitiques entre communistes et anti-communistes, pro-soviétiques et anti-soviétiques.

[Remarque dans la Remarque 1. On peut toutefois se demander si cette défaite n'arrangeait pas (très opportunément...) l'équipe de la RFA. En effet, ce résultat la plaçait automatiquement, au 2e tour, dans le groupe B, celui de la Pologne, de la Suède et de la Yougoslavie, pays qui, même s'ils possédaient de bonnes équipes (la Suède avait été troisième en 1950 et finaliste en 1958, la Yougoslavie, demi-finaliste en 1962), n'avaient pas des équipes aussi performantes que celles du groupe A (avec le Brésil et l' Argentine). L'Allemagne, en ce cas, aurait couru de grands risques d'être éliminée à ce niveau par exemple par le Brésil, donc de ne pas se retrouver en finale. [Au demeurant, l'Allemagne a été coutumière de ces calculs mesquins, par exemple en 1982, en jouant "plan-plan" avec l'Autriche – à l'issue d'un match, il faut le dire, plutôt scandaleux – pour éliminer l'Algérie avec le seul score qui permettait aux deux équipes (celle de la RFA et celle de l'Autriche) de se qualifier pour le second tour (soit 1 à 0 pour l'Allemagne). Fin de la remarque dans la Remarque 1.]

Remarque 2. Les deux candidats ignoraient apparemment tout de cette Coupe du Monde (et de ses résultats), comme cela ressortait de leurs réponses. Ils ont cité en effet des pays qui ne s'étaient pas qualifiés pour cette Coupe, comme la France, l'Angleterre, le Pays de Galles et même... le Luxembourg. Au demeurant, leurs réponses (France-Allemagne, Angleterre-Pays de Galles, Allemagne-Luxembourg, Allemagne-Pologne, Allemagne-Pays-Bas), n'ont pas manqué d'une certaine cohérence avec la question puisqu'il s'agissait presque à chaque fois de pays voisins de l'Allemagne (France, Pologne, Luxembourg, Pays-Bas), de pays qui furent en guerre contre l'Allemagne (en référence au terme "ennemis" dans l'expression "frères ennemis") comme la France, la Pologne ou les Pays-Bas, ou en référence au terme "frères" lorsqu'ils ont cité l'Angleterre et le Pays de Galles - puisque ces deux derniers pays parlent la même langue. Au passage, ils ont mentionné (sans doute par hasard...) deux des équipes que la RFA a effectivement affrontées : la Pologne (au 2e tour) et les Pays-Bas (en finale).

Remarque 3. Mais le fond du problème ne réside évidemment pas dans ces considérations sportives mais dans l'arrière-plan politique (voire géopolitique) qui était l'objet même de la question. Pour ces deux lycéens, la guerre froide (dont la séparation des deux Allemagnes fut l'un des symboles les plus forts) était un concept n'affleurant pas à leur conscience. Ils n'ignoraient certainement pas cette notion (on leur en avait certainement parlé en classe et, comme ils étaient curieux et cultivés, si on leur avait posé directement une question sur la guerre froide, ils auraient vraisemblablement fourni une bonne réponse). Mais ce n'était pas une situation qui les avait marqués psychologiquement (comme elle put marquer les enfants du baby-boom ou des générations nées avant-guerre).

Remarque 4. Il est possible, en effet, que l'on ne cite spontanément que les événements ou les situations qui ont eu, pour soi, un fort impact émotionnel. De la déclaration de guerre de la France à la Prusse, en juillet 1870, à la victoire des alliés sur l'Allemagne hitlérienne, en mai 1945, il s'est écoulé 75 ans. Ce laps de temps peut paraître élevé quand on a 17/18 ans (âge moyen d'un élève de terminale) mais il représente peu de choses au regard de l'Histoire européenne, voire d'une vie humaine. Un Français ou une Française qui avait 80 ans en 1945 (ce qui était rare mais pas exceptionnel : le maréchal Pétain, chef de la France de Vichy, était né en 1856, sous le second Empire, et il mourut en 1951, sous la IVe République) avait vu, au cours de sa vie, en 75 ans, trois guerres avec l'Allemagne. Ces guerres, à des titres différents, ayant toutes été désastreuses pour la France, marquèrent profondément les esprits de tous les Français qui vécurent de 1860 à 1960.

Remarque 5. Par exemple, il me souvient que, dans les années de mon enfance (décennie des années 1950), les adultes n'appelaient les Allemands que les "Boches", les "Chleuhs", les "Fridolins", les "Frisés", voire les "Vert-de-Gris" ou, plus rarement, les "Doryphores", tous surnoms que – à part le premier – on peut supposer inusités par les jeunes gens nés après l'an 2000 (voire carrément inconnus d'eux). De même, il persista une germanophobie bien au-delà de 1945 : une personne de mes proches, née au début des années 1910 (et solidement de droite), me déclarait sans rire que les événements de Mai-68 avaient été fomentés par des Juifs instrumentalisés par l'Allemagne pour déstabiliser et abaisser la France...

 

Djeuns' et mémoire historique

Remarque 6. A l'inverse, il est psychologiquement et mentalement peu aisé, pour un lycéen (une lycéenne) ou un collégien (une collégienne) de 2021, de se représenter concrètement la guerre froide et ses traductions sur le terrain (par exemple la division de l'Allemagne). Ainsi, de même que les petits enfants (peut-être jusqu'à cinq ans) peinent à s'imaginer que leurs parents, dans leur jeunesse, aient pu ne pas se connaître (pour les tout-petits, leurs parents sont nés en même temps qu'eux et ils ont, de tout temps, formé un couple), les jeunes lycéens ou collégiens peinent à se représenter deux Allemagnes.

En effet, ceux qui sont encore dans le secondaire en 2021 n'ont pratiquement connu qu'un chancelier d'Allemagne depuis leur prime jeunesse : la chancelière Merkel. Lorsqu'ils en ont entendu parler, ça a été comme d'une dirigeante d'un riche pays de 82 millions d'habitants, puissant économiquement, politiquement et financièrement, et imposant ses volontés à l'Europe, via la Commission européenne, le Parlement européen et la Banque Centrale européenne (dont le siège, symboliquement, se situe à Francfort). Aujourd'hui, où l'on peut se déplacer sans encombre en Europe, par voie terrestre (où l'on peut aller en Finlande et dans les pays baltes), il est difficile de s'imaginer qu'à quelques kilomètres en amont de Hambourg, jusqu'en novembre 1989, on butait sur une frontière hermétique – et périlleuse à franchir.

Remarque 7. En dehors des étudiants en histoire (censés s'intéresser à tous les secteurs du passé, en dehors de leur programme annuel), il semble y avoir, chez les jeunes, des angles morts de la connaissance. Comme s'ils ne voyaient le passé que dans un rétroviseur de pare-brise (donc des événements lointains : croisades, Réforme, Révolution, guerre de 14...), et qu'ils étaient dépourvus de rétroviseurs extérieurs, leur signalant des événements plus proches d'eux-mêmes (la guerre froide par exemple).

Remarque 8. On peut se demander quelles raisons expliquent la méconnaissance de ce passé proche chez les adolescents. Une première raison est que ces enfants ont eux-mêmes des parents dont les plus âgés ont entre 45 et 50 ans, donc qui étaient adolescents lors de la chute du Mur de Berlin, en 1989 (mon fils et ma belle-fille avaient 14 et 17 ans). Lesdits parents étaient en moyenne trop jeunes pour s'intéresser à la politique, et, plus encore, à la géopolitique (d'autant plus qu'aussi bien le Parti communiste que l'URSS étaient déjà entrés en déliquescence et ne représentaient plus, ni idéologiquement ni stratégiquement, une "menace" - pour autant, d'ailleurs, que l'un comme l'autre aient jamais représenté une telle "menace". Ce raisonnement vaut a fortiori pour les plus jeunes de ces collégiens, qui ont donc des parents également plus jeunes. Une de mes nièces, qui a une fille en 3e, est née en 1982. Elle avait alors 7 ans en 1989. Il est, de ce fait, peu vraisemblable que les collégiens et les lycéens de 2021 aient eu des parents qui leur aient parlé de la guerre froide comme d'une expérience ayant marqué leur enfance.

Remarque 9. La deuxième raison se ramène globalement à la première : les grands parents de ces enfants (globalement la génération du baby-boom), née après 1945, n'ont pas non plus connu de guerre. Ils ont échappé aux engagements de la guerre d'Indochine (1946-1954) et de la guerre d'Algérie (1954-1962), lesquelles n'ont pas touché le territoire métropolitain (en dehors des attentats de l'OAS). Depuis 1945, ils ont vécu dans une France en paix, qui, de surcroît, jusqu'à l'orée des années 1980, a été une France prospère.

On se retrouve là à peu près dans la situation du XVIIIe siècle, entre la mort de Louis XIV (1715) et le début des guerres de la Révolution et de l'Empire (1792). Entre ces deux dates, il s'est écoulé 77 ans, soit à peu près le même intervalle que celui qui nous sépare de la capitulation de l'Allemagne en 1945 (soit 76 ans). Or, le XVIIIe siècle (entendu comme l'intervalle qui sépare le règne de Louis XIV de la Révolution), passe pour un siècle de paix malgré les guerres de Succession de Pologne, de Succession d'Autriche, de Sept Ans et d'Indépendance des États-Unis. En effet, ces guerres, même si elles furent désastreuses pour la France diplomatiquement et stratégiquement (comme la guerre de Sept Ans) ou ruineuses (comme cette même guerre ou la guerre d'Indépendance des Treize colonies), ne se déroulèrent pas sur le territoire français et furent bien moins éprouvantes, par rapport au XVIIe siècle, que la terrible guerre de Trente Ans, que la fratricide Fronde ou que les épuisantes 33 années de guerre (certes pas ininterrompues) de Louis XIV, en particulier de la dernière, l'âpre guerre de Succession d'Espagne, qui dura 14 ans et s'acheva un an avant la mort de Louis XIV.

En résumé. Les collégiens ou lycéens des années 2010 et 2020 n'ont pas eu de parents – ni même de grands-parents – qui leur aient parlé de conflits que ceux-ci avaient vécu, dont ils avaient souffert, dans leur chair ou dans leurs biens, comme ce fut le cas pour toutes les générations nées, disons, de 1865 à 1965 (pour avoir un chiffre rond). En outre, pour les générations du baby-boom, les conflits armés liés à l'affrontement Est-Ouest se déroulèrent loin de chez eux (en Asie, en Afrique, en Amérique latine). Le plus proche de ces conflits, la guerre civile grecque (1946-1949), fut trop marginale et eut lieu trop tôt pour que la génération du baby-boom en fût marquée.

Remarque 10. Toute histoire, disait Benedetto Croce, est contemporaine. En effet, on ne s'intéresse aux événements du passé qu'en tant qu'ils éveillent un écho dans les événements ou les situations du présent. Et, souvent, on les voit – ou on les interprète ou on les réinterprète – en fonction des préoccupations, des craintes, des fantasmes du présent. En 1904, par exemple, le manuel d'histoire de 3e, écrit par Albert Malet, présentait ainsi la répression de la Bohême par les Habsbourg, au début de la guerre de Trente ans : "Les villes furent dépeuplées ; la langue allemande y remplaça la langue tchèque, qui ne fut plus parlée que par les paysans à peu près réduits en servage. Ce fut une première et odieuse tentative pour détruire une nation et germaniser un peuple".

Lorsqu'on lit ces lignes, on voit clairement qu'elles sont démarquées de ce qu'éprouvaient au même moment les Français face à la politique de l'empire allemand en Alsace-Moselle : germanisation des toponymes (voire des patronymes), obligation d'user de la langue allemande. Les Français relisaient la politique des Habsbourg (dynastie germanique) à l'égard de la Bohême sous le prisme de ce qu'ils voyaient se dérouler dans leurs provinces perdues en 1871.

Remarque 11. Mais, à l'inverse, qu'est-ce qui dans la période actuelle pourrait rappeler la période de la guerre froide : l'affrontement idéologique ? Les régimes dits communistes se sont effondrés en Europe et en Russie. La Russie, en 1991, a, en tant qu’État successeur de l'URSS, subi une considérable diminutio capitis (perte de la moitié de la population, du quart du territoire, de la plupart des côtes "utiles" – mer Noir, mer Baltique – désindustrialisation, dénatalité, hausse de la mortalité. La Chine n'est plus (pour le moment ?) qu'un adversaire économique. Il n'y a plus, en Afrique, en Asie ou au Proche-Orient, de guérillas se réclamant du marxisme, et, en France, le Parti communiste, qui a dû, vu les circonstances, abandonner toute référence à l'URSS, recueille des résultats confidentiels aux élections. Qu'est-ce qui pourrait faire penser que, jusqu'en 1989, l'Europe rassemblait la plus forte concentration, qu'on eût jamais vue, d'armées prêtes à en découdre ? Rien.

Remarque 12.  Comme je l'ai dit au début, il est plus que probable que les jeunes candidats de mercredi savaient ce qu'était la guerre froide. Mais ils n'en avaient qu'une connaissance livresque, comme celle de la conquête de la Gaule, de la découverte du Nouveau Monde ou de la prise de la Bastille. La guerre froide n'éveillait pas, en eux, les émotions (dans un sens ou dans l'autre, d'ailleurs...) de la génération du baby-boom – ou des générations antérieures – à l'occasion de la répression du soulèvement hongrois de 1956, de l'écrasement du Printemps de Prague en 1968 ou de la chute du Mur de Berlin en novembre 1989.

Mais la guerre entre l'OTAN et le pacte de Varsovie n'a pas eu lieu. La période de la guerre froide, au lieu du souvenir d'un affrontement titanesque  et des dévastations et deuils y afférents, est donc passée, dans l'esprit de nos lycéens, "sicut nubes... quasi naves... velut umbra" (Comme un nuage... comme des navires... comme une ombre).

Mais, au fond, n'est-ce pas mieux ainsi ?

Partager cet article
Repost0

commentaires

P
A Adario Sur deux points.

D'abord Assange : votre remarque rejoint judicieusement l'article qui lui est consacré en dernière page du Diplo de novembre, qui compare son traitement médiatique (le silence) avec celui qui est réservé à Navalny (le tintamarre).
Ensuite, sur les récits de guerre de nos devanciers.
1. Celle de 14-18. Mon grand-père, qui était né en 1899, y a échappé. Il n'a participé qu'à l'occupation de la Hesse, ce qui était plutôt tranquille. Et, en 1939, il était trop vieux pour être mobilisé.
2. Celle de 39-45. Je n'en ai eu de récit que par mon beau-père (le mari de ma mère). Il a participé à la seule opération de Narvik.
L'impression que je garde de son récit n'est pas celui de combats mais celui de conditions de vie difficiles, liées au froid et au manque de nourriture. Ainsi que d'une mesquinerie finale : il y avait là une unité de la Légion. Lors de la démobilisation, les soldats français de la Légion reçurent deux cartouches de cigarettes et les soldats étrangers une seule... Avec le temps, j'ai éprouvé la sensation que, durant les guerres, les simples soldats avaient surtout mené une existence de miséreux. Quand on regarde des photos des tranchées de 14-18 (pas des photos posées, bien entendu), ce qu'on voit, ce sont des clochards en uniforme.
Répondre
A
@Philippe Arnaud, Merci pour vos précisions : mon grand-père (qui était plus âgé que ma grand-mère) a "fait" la guerre de 14-18 et en gardait un souvenir horrible qu'il ne pouvait empêcher de resurgir. Quant à celle de 39-45, mes parents (ils étaient jeunes mariés alors) racontaient non seulement l'armée désorganisée par cette "drôle de guerre" qui avait jeté des milliers de réfugiés sur les routes et fait des prisonniers en Allemagne, réfugiés qu'ils ont parfois cachés, mais ils évoquaient aussi les problèmes d'approvisionnement en tout (alimentation, essence, bois pour le chauffage, médicaments etc.). Lorsque nous ne finissions pas notre pain, les enfants que nous étions alors entendaient invariablement : "tu finis ton pain, s'il te plaît, on voit que tu ne sais pas ce que c'est que manquer de pain, alors tu ne gaspilles pas !"

Dans mon gros village, la "libération" ne fut pas mal non plus et, vous le remarquez, a donné lieu à bien des injustices et surtout à bien des vengeances, des dénonciations de la part de personnes qui, c'est classique, s'étaient bien gardées de "résister" et en ont profité pour "dénoncer" des collabos qui ne l'étaient pas. Mais c'est une autre histoire et la jalousie, l'envie, la méchanceté font que depuis la longue histoire de l'humanité elle se reproduit (presque) inévitablement.
A
A propos d'"amnésie de la mémoire" ayons une pensée pour Julian Assange dont le futur (et souhaitons qu'il en ait un vu l'état dans lequel il se trouve) est en train de se jouer.
Répondre
A
Concernant ce rapport compliqué que nous avons avec l'Histoire où il y entre beaucoup de subjectivité il est un exemple que je trouve exotique ( je ne trouve pas d'autre adjectif), celui qui nous fait constater que Henri IV est le grand-père de Louis XIV.
Les représentations de ces 2 périodes donnent pourtant l'impression que ces 2 époques sont relativement éloignées. Par ailleurs et malgré ce lien de parenté très proche, le premier monarque initialement protestant, converti au catholicisme, avait promulgué l'Édit de Nantes et le second décidé sa révocation ainsi que les dragonnades. Il est vrai que dans les 2 cas il s'agissait de décisions qui relevaient plus d'une affaire politique que religieuse.
C'est un peu le même sentiment avec Charles VII et son fils Louis XI qu'on n'imagine pas a priori contemporain de Jeanne d'arc. Enfin, pour moi c'était comme ça.
Répondre
P
Effectivement, Henri IV et Louis XIV, bien que grand-père et petit-fils, furent des monarques différents. Une telle différence, néanmoins, existe déjà entre père et fils, par exemple, en Espagne, entre Charles Quint et Philippe II (dans le tempérament comme dans la politique menée).

A cet égard, Louis XIV peut faire penser à son arrière-grand-père espagnol Philippe II, par la longueur de son règne (y compris personnel), par ses guerres (parfois ruineuses et infructueuses), par sa rigidité (surtout vers la fin) à l'égard des opposants, par le cérémonial dont il s'entourait (l'étiquette dont il s'entourait, et dont il exigeait le scrupuleux respect - l'étiquette dont on crédite Louis XIV fut, initialement, l'étiquette dite espagnole.

Néanmoins, il y a peut-être un trait commun qui les rapproche : la manière de gouverner. Malgré la forte personnalité de Sully, Henri IV ne fut jamais dominé par un premier ministre, de même que son petit-fils, malgré la valeur de nombre de ses ministres, souvent pris dans la même famille (les Colbert, les Le Tellier, les Phélypeaux de Pontchartrain...) ne s'en laissa jamais imposer, lors de son règne personnel, comme son père et sa mère, par un ministre supérieurement intelligent (Richelieu ou Mazarin).
B
Belle évocation du caractère amnésique de la mémoire historique. J'ai beaucoup aimé et apprécié que "le jeu des 1.000 euros" puisse nous faire tant réfléchir ... et ça sera la remarque n° 13.
Répondre
A
Oui c'est une bonne "évocation de cette amnésie de la mémoire historique". Mais n'atteint-elle que la génération des "djeunes" d'aujourd'hui ? Ne nous a-t-elle pas, plus ou moins, atteint nous aussi quand nous étions jeunes ? Souvenons-nous de nos réactions (et même parfois de notre agacement) lorsque nos grands-parents et parents évoquaient les guerres de 1914-1918 et 1940-1945 et... ils ne "jouaient" pas !
B
Tout le monde n'est pas Philippe Arnaud !

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche