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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 05:50
 

Source : Liberté.

L’Algérien fuit l’Algérie non pas parce qu’il n’y a pas de travail. Il le fuit non pas parce qu’il n’a pas pu s’inscrire dans une université. Il abandonne son pays non pas parce qu’il n’a pas trouvé de moyens de transport. Il quitte son pays non pas parce qu’il n’a pas trouvé de médecin pour sa femme ou pour ses enfants. Non pas parce qu’il n’a pas trouvé le médicament prescrit chez le pharmacien du coin. L’Algérien fuit son Algérie non pas parce qu’il n’aime pas sa famille. Parce qu’il n’aime pas sa bien-aimée. Parce qu’il n’aime pas les oranges de Boufarik, les dattes de Biskra, les patates de Mascara et les olives de Kabylie. Il quitte l’Algérie non pas parce qu’il déteste les partis politiques, même s’ils sont détestables. Non pas parce qu’il hait les JT des chaînes de télévision privées ou gouvernementales. Le mal de vivre ronge l’Algérien et l’Algérienne.

L’Algérien fuit l’Algérie parce que le travail chez nous n’a pas le sens d’un travail productif et émancipateur. On ment sur nous-mêmes, pour nous-mêmes à propos de la production, de l’heure de travail, des conditions de travail, des factures. Il quitte l’Algérie parce que notre université n’a pas le statut d’une université universelle. Elle ressemble à une crèche pour enfants abandonnés, une annexe d’une mosquée idéologisée ou une éleveuse des poussins électriques, les diplômés en série. L’Algérien quitte l’Algérie parce qu’il y a ce vide cimenté autour de lui. En lui. De partout, le vide assourdissant l’écrase, le moud. Une vie similaire à une mort à petit feu. 

 
Même si l’Algérien, de par sa nature culturelle, est généralement religieux. Même s’il n’a jamais pris un verre. Il quitte le pays parce qu’il n’y a pas de bars. Parce que les forêts sont devenues des bars sauvages ! Même s’il ne consomme pas, il aime regarder le rythme des vies des autres gens dans les bars. La diversité. La pluralité. 

Même s’il est conservateur, rétrograde, salafiste, violent envers sa fille, son épouse, sa voisine et sa mère, l’Algérien aime la rue mixte et décontractée, sous d’autres cieux, chez les autres. Même si, dans sa ville ou dans son village, la gent féminine est voilée, et même s’il aime cette orientation et la défend bec et ongles ; il quitte le pays parce qu’il n’y a plus de belles femmes dans la rue. Il n’y a pas de jupe dans la rue. Il harcèle. Il drague. Il adore regarder les femmes des autres, sous d’autres cieux, il les aime dans leur liberté et dans leur indépendance. Les autres femmes des autres nations ! 


Même si l’Algérien, en général, n’est pas un cinéphile, il quitte son pays parce qu’il n’y a pas de salles de cinéma. Pour le plaisir de voir les autres, sous d’autres cieux, dégustent leur plaisir devant le grand écran.  

Même si l’Algérien, surtout celui appartenant à cette nouvelle génération, n’est pas attiré par le théâtre, il fuit son pays pour un autre pays de théâtres, de fêtes et de spectacles. Il adore voir les gens, en toute quiétude, dans une longue file d’attente, pour acheter un ticket pour la pièce de soirée. Il aime Fellag, Gad Elmaleh, Debouz et Brigitte Bardot…    

Même si nous avons des cafés, beaucoup de cafés, l’Algérien adore prendre un café sur le comptoir de l’autre. Parce que chez nous, nos cafés sont devenus des buvettes. Jadis, l’Algérie détenait les plus beaux cafés de la Méditerranée.  Le vide tue l’Algérien et tue l’Algérie. Même si l’idéologie machiste généralisée ne laisse pas l’Algérien exprimer son humanisme étouffé, ce dernier fuit son pays pour déambuler sur les trottoirs des villes propres, et admirer les femmes, les blondes, les noires ou aux peaux mates qui, chaque soir, sortent leur chien pour la petite balade quotidienne. Les rues de nos villes sont sans trottoirs, nos chiens comme nos chats sont errants et nos femmes ont peur !   

Ce sont ces choses minuscules qui brisent la pesante chape sur l’Algérien, au fond de l’Algérien. Elles sont capables, ces petites choses, de rendre le bon sens à la belle vie.


Même si l’Algérien ne lit pas ou peu ou rarement, il aime vivre dans un pays où les gens rentrent chez eux en lisant dans le train, dans le bus ou dans le métro. Lui rentre en mâchant son amertume. Chez nous, les librairies ferment leurs portes et se métamorphosent en pizzerias ou en magasins de chaussures. 


L’Algérien fuit l’Algérie, tout simplement, parce que le pays est mal géré, mal exploité. Il fuit son pays parce qu’il aime son pays !


Offrez aux Algériens le bien-vivre, ils vous donneront, en retour, le génie.

 


A. Z.

 

Pourquoi l'Algérien fuit son Algérie
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commentaires

A
”L’Algérien [...] aime vivre dans un pays où les gens rentrent chez eux en lisant dans le train, dans le bus ou dans le métro’’. Comme en France, où les gens adorent lire dans les transports en commun, surtout des livres et des journaux de marque Apple, Samsung, Huawei, Redmi, Xiaomi, etc. La diversité. La pluralité, quoi.<br /> <br /> ”Chez nous, les librairies ferment leurs portes et se métamorphosent en pizzerias ou en magasins de chaussures’’. En France aussi, mais en Algérie, c’est la faute du régime, du Système, de la religion, de la ”nature culturelle” de l’Algérien, alors que chez nous, c’est la faute d’Amazon.
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A
Commençons par une banalité : on parle toujours de quelque part.<br /> Cependant on essaie bien , pour certains en tout cas, de surmonter cette assignation.<br /> l'Algérie est un sujet pas facile pour un français surtout quand il y est né.<br /> Cette difficulté tient moins, il me semble, non pas dans le jugement que l'on a vis à vis de l'Histoire et de l'indépendance car l'Histoire a tranché dans un sens qui était inéluctable et juste mais vis à vis de l'Algérie actuelle et du chemin qui l'y a conduit.<br /> Cette difficulté tient particulièrement au fait qu'il serait pour un français d'aujourd'hui ( et en raison de cette histoire ) illégitime et même indécent d'avoir un avis et plus précisément d'émettre une critique sur ce pays comme cela ce fait pour n'importe quel autre pays.<br /> Ajoutons que concernant le colonialisme, ses effets lourds mais aussi ceux plus subtils qui s'insinuent dans les rapports au quotidien entre les populations, sinon tout mais beaucoup à été dit par Albert Memmi dans son " portrait du colonisé portrait du colonisateur "en 1957.<br /> On n'en reste pas moins à constater le sentiment que l'on avait de la réalité au cours des différentes périodes que l'on a traversées. Cette réalité était bien évidemment conditionnée par un environnement qui a lui-même évolué.<br /> Adolescent du temps où le cinéma était une distraction réellement populaire et où la télévision était inexistante, les salles étaient remplies par des spectateurs de toutes origines avec quand même un parterre composé majoritairement pour ne pas dire exclusivement de maghrébins. Il se trouve que c'était l'époque des westerns et des films d'Elvis Presley et ces films avaient un succès indéniable auprès de ces spectateurs. J'y vois par déduction une attirance pour la culture étasunienne de l'époque et pour tout ce qu'elle représentait. Il faut dire aussi que nous étions dans un mouvement mondial qui promouvait une culture universelle car même les nationalismes qui émergeaient n'étaient aucunement nationalistes. <br /> Par conséquent il apparaissait que les épisodes suivant devaient poursuivre ce chemin et pour cette raison et vu d'ici je voyais avec satisfaction la période Houari Boumédiène. Elle allait contredire la suffisance de tous les racistes.<br /> Sauf que en Algérie comme dans n'importe quel pays lorsqu' une caste - ici les militaires - s'installe au pouvoir elle fera logiquement tout pour maintenir les profits qu'elle en tire. <br /> C'est vrai aussi que, comme l'écrit l'auteur de l' article, " ....l’Algérien, de par sa nature culturelle, est généralement religieux. " . Cependant il y avait du temps du nationalisme arabe un mouvement de décrochage d'avec la religion ( voir les propos ironiques de Nasser) qui laissait supposer une laïcisation de la société. <br /> Je ne sais pas si nous sommes revenus en arrière mais ce mouvement a été brisé et on reste sans réponse devant une situation qui fait craindre un effondrement.
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