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16 octobre 2021 6 16 /10 /octobre /2021 05:29

Qu’est-ce que l’Union Européenne (UE) ?

L’UE est un processus historique délibérément très lent dont la limite asymptotique est la formation des « États-Unis d’Europe », grand empire capitaliste continental, à tendance de plus en plus oligarchique, sur le modèle réalisé outre-Atlantique, processus dont les peuples concernés ne veulent pas, et dont il s’agit de contourner patiemment la volonté. Mais c’est aussi un processus impossible à mener à terme, parce que l’agenceur de la construction européenne depuis 1948, l’allié américain, qui prend aussi en charge la défense militaire de l’UE, ne veut pas le voir complètement aboutir, car il se satisfait de la satellisation actuelle du continent européen. L'Europe est donc le lieu où on débat de la meilleure formule pour sauver le capitalisme, sans pouvoir jamais conclure.

L’UE est aussi une force expansionniste dans la mesure où l’impérialisme états-unien et le néo-impérialisme allemand qui pousse son dernier couac peuvent se concilier un moment, contre la Russie ou le monde arabo-musulman.

Il y a plusieurs forces nationales, politiques et culturelles européennes qui veulent voir aboutir le projet d’une Europe fédérale: l’Allemagne (et de par l’influence historique du SPD, une partie de la social démocratie européenne) et l’Église catholique qui vise à une longue influence politique future dans un ensemble politique où elle serait, théoriquement, majoritaire, et pendant longtemps une force extérieure non négligeable, la Chine, ou certains secteurs en Chine, qui cherchaient ainsi à dissocier en deux morceaux le bloc occidental de plus en plus menaçant.

Il y a d’autres forces qui veulent immobiliser le statu quo d’une zone de libre échange en déclin économique sous protectorat américain : l’allié et patron états-unien, la bourgeoisie parisienne, les élites de la Grande Bretagne [ où les contradictions internes ont finit par devenir insupportables] , les multinationales du Net et de la finance, parce que cette conjoncture prolongée leur permet de s'approprier une plus grosse part du gâteau.

La petite bourgeoisie de part en part du continent est globalement européiste, par conformisme idéologique, sans bien voir ce clivage.

Les classes populaires sont globalement anti UE car elles ont compris depuis longtemps que l’UE n’est rien d’autre que le nom de marketing du capitalisme du futur, qui ne leur promet en fin de compte que le chômage et l'anomie, non sans verser parfois dans la nostalgie du capitalisme national de papa.

Le Brexit a ouvert la contradiction antagonique entre les deux forces européistes qui représentent deux projets d’avenir différents pour le capitalisme. Ces deux projets sont également dangereux et la tension entre les deux aboutit à une surenchère belliciste extrêmement dangereuse. Car qu’on veuille une Europe allemande ou américaine, elle sera certainement anti-russe.

Pourquoi quitter l’UE ?

  1. Pour des raisons de démocratie

L’UE est un pouvoir politique qui surplombe les institutions nationales de ses pays membres, et qui se trouve entre les mains de personnalités et d’institutions non élues, ou quand elles le sont, non responsables. La logique même de la construction consiste à limiter au maximum l’incidence du suffrage universel. Un des modèles historiques tirés du passé qui peut resservir à penser cette démocratie très limitée est l’Empire austro-hongrois, qu’on nommait avec raison « la prison des peuples ».

  1. Pour des raisons de souveraineté populaire

Les États membres abandonnent par pans entiers leur indépendance, et perdent leur autonomie en matière de politique économique, budgétaire, monétaire, mais aussi sur le plan de la politique étrangère. A quoi sert dans ces conditions de voter pour des élus qui devront rendre compte en plus haut lieu, à Bruxelles ou à Francfort ?

  1. Pour des raisons économiques

Le projet économique européen fixé par l’Allemagne est un projet libéral contrôlé, avec monnaie forte, parce que ce choix monétaire favorise les propriétaires au détriment des travailleurs. Il abouti à une désindustrialisation dans tous les autres pays qui y sont associés. 

A ce projet se superpose la politique globaliste de dérégulation financière qui a les faveurs de la Commission, qui est totalement perméable au lobbying des multinationales. Ces deux politiques également nocives pour l’emploi deviennent catastrophiques pour les travailleurs quand on cherche à les mettre en pratique ensemble. 

La crise du Covid comme celle des Subprime a introduit comme partout une grande incohérence et poussé à l'émission de quantité folles de monnaie, impensables en temps normal, qui ont servi principalement à soutenir les cours des actions.

  1. Pour des raisons sociales

Ces deux projets sont également producteurs d’inégalité et de précarité, le premier étant favorable à une institutionnalisation de la pauvreté, et le second à une spécialisation parasitaire de l’économie dans la division du travail internationale (finance, marketing, spectacle, idéologie) qui ne propose aux classes populaires que des emplois de service déqualifiés.

  1. Pour des raisons patriotiques élémentaires

L’identité psychique élémentaire des individus vivants, dans la mesure où elle excède celle de simples consommateurs de marchandises, est structurée par leur appartenance nationale. L’Europe est même le continent le plus clivé sur ce plan. La disparition des patries européennes signifiera la mise au rancard de peuples entiers et notamment des classes populaires, ceux qui ne possédant rien possédant au moins leur pays. Sans elles, il n’y a plus aucune intégration à rien d’autre qu'au discours de marketing propagateur de la marchandise globale, et cela pour les immigrés comme pour les autochtones.

  1. Pour la Paix

Le projet européen peut bien se faire passer pour la paix éternelle entre la France et l’Allemagne, il signifie bel et bien une attitude fermée et hostile envers les autres continents, un déplacement et un renforcement des barbelés, et une sorte de mise en commun de l’impérialisme et de ses guerres. La guerre exclue de l’intérieur rejaillira aux frontières en des opérations néocoloniales qui prendront prétexte des « valeurs » universelles telles les "droits de l'homme" qui sont appropriées sans vergogne comme patrimoine européen quasi-national.

  1. Parce que l’Europe en fait n’existe pas en tant que puissance souveraine : c’est l’appendice de l’Occident anglo-saxon, dominé par les États-Unis.

Le monde actuel est dominé par une structure impériale en emboitement : les États-Unis d’Amérique et leurs multinationales de la finance, du pétrole et du Net, les pays anglo-saxons homogènes culturellement aux États-Unis et "junior-partners" qui servent d’amplificateur à leur influence mondiale (Grande Bretagne, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Israël), la zone satellisée de l’Union européenne, et les pétromonarchies du Golfe, sans parler de la classe dirigeante acculturée des écoles de commerce et des pensionnats de luxe partout dans le monde. 

L’UE n’est qu’une pièce rapportée de cette structure dont les ambitions sont dépassées par rapport au processus de domination globale à l’œuvre dans le monde.

 

La suite ici

Quitter l'Union Européenne : une nécessité existentielle (Gilles Questiaux)
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commentaires

A
Hier nous sommes allés nous balader à la foire de Montpellier. Par 2 fois la personne qui tenait un stand nous a vanté la qualité de son produit par le fait qu'il était allemand.
Ainsi va le monde dans de nombreux esprits, de bonnes grosses généralisations qu'il est difficile de retourner. Ceci serait insignifiant si elle n'induisait pas souvent du mépris mais aussi, comme dans cet exemple, une sorte de soumission.
J'ose à nouveau le répéter, concernant l'Allemagne, les industriels allemands et sa bourgeoisie ont réussi là où son armée a échoué. Le cas emblématique du sort qu'elle a imposé à la Grèce est le plus parlant.
Mais il faut bien dans ce cas comme dans le nôtre d'ailleurs des collaborationnistes. Cela se confirme dans les faits mais aussi dans leur idéologie et on comprend alors l " en-mème- temps " du jugement porté par Macron à propos de Pétain.
On n'oublie pas, on tait les faveurs considérables qui ont été accordées à l'Allemagne à la fin de la guerre sous la pression des USA. L'annulation de la dette de guerre a été payée 2 fois par les pays agressés : ils ont dû payer sur leur finance la reconstruction et ils ont hérité de la dette, pour la part qui concerne chacun d'eux, de la dette de l'Allemagne. S'y ajoute évidemment l'aide considérable accordée par les USA pour faire contrepoids à ceux d'en face. Donc ce qui est présenté comme un miracle n'est que la conséquence de faveurs.
Dans ces conditions l'Allemagne est devenue la maitre de l'Europe. Cette situation ne peut pas être acceptée et par conséquent la confrontation politique est inévitable. S'y ajoute en effet que l'Europe est une machine antidémocratique. Cependant le pilonnage idéologique favorable à non seulement à cette Europe-là mais aussi à une Europe idéalisée dans laquelle les peuples et leur histoire disparaîtraient par enchantement pour ne faire qu'une seule nation continuent et continueront à empêcher tout discernement par rapport à une réalité qui a mis des siècles à se construire.
Le poids de cette fable est facilement mesurable. Il suffit pour cela d'interroger les lycéens et je suis convaincu que nous obtiendront un recors soviétique pour l'adhésion à cette Europe. Une Europe vague pour eux quant à son contenu mais très bien réfléchie par les maîtres d'œuvre.
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G
L'UE !? une "enculade" supplémentaire à ciel ouvert ...
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