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25 novembre 2021 4 25 /11 /novembre /2021 06:01

Selon le géographe Christophe Guilluy (entretien accordé au Figaro)

 

La question de délocalisation n’est pas seulement économique. Ce que les tenants de l’économisme n’ont toujours pas compris, c’est que les classes populaires et moyennes, non seulement étaient le ressort du modèle économique (ils portaient le modèle économique et social, ils finançaient l’État-providence par leur travail), mais ils portaient également un mode de vie majoritaire qui était la référence culturelle pour la classe politique, le monde culturel et les nouveaux arrivants. La question de l’intégration et de l’assimilation n’est pas une question abstraite à laquelle il suffirait de répondre par: «réaffirmons les valeurs républicaines». Si c’était le cas, on n’aurait pas exactement la même question posée en Suède, en Grande-Bretagne, aux États-Unis ou aux Pays-Bas.

 

Si l’autochtone a un travail et qu’il est respecté culturellement – deux conditions qui ont explosé dans les années 1980 -, alors il serait naturel que le nouvel arrivant se conforme à ce mode de vie. Malheureusement, les classes moyennes et populaires ne sont plus intégrées économiquement et géographiquement ni respectés par le monde politique et le monde culturel. L’essentiel des précepteurs d’opinion considère ces catégories comme des losers, des «déplorables». Quand on débarque de l’autre bout du monde, et qu’on nous dit que notre voisin est raciste, à moitié débile, à fond dans la consommation, son objectif de vie étant de bouffer et de regarder la télé, on ne va pas épouser ses valeurs.

 

L’impasse politique du moment c’est qu’on a un monde politique et médiatique qui ne veut pas lâcher le modèle des grandes métropoles et de la globalisation économique. Ils nous expliquent depuis le Covid qu’il est possible de concevoir qu’ils soient allés trop loin sur le libre-échange. La main sur le cœur, ils ont honte de détruire la planète. Je dis toujours que la première mesure écologique est d’arrêter de faire venir des produits de Chine en cargo. Or les écolos ne sont pas en faveur de la fin du libre-échange.

(…)

Ce qui me fascine autour de cette interrogation sur l’exode urbain, c’est le biais qu’il révèle. On se fiche de savoir ce qu’est le devenir de ceux qui vivent déjà dans la France périphérique (entre 60 % et 70 % des Français). Les élites pensent que l’avenir de ces territoires dépend de l’arrivée du bobo parisien, bordelais ou lyonnais. En réalité, l’arrivée de CSP+ par exemple sur les littoraux et dans les beaux villages de France fait qu’aujourd’hui les jeunes issus de milieux populaires ne pourront pas vivre là où ils sont nés. Ils sont obligés de se délocaliser le plus loin possible du littoral dans ce qu’on nomme le rétro-littoral, voire plus loin encore. Propriétaire à la mer, c’est fini pour les classes populaires. La vue sur la mer sera demain réservée aux catégories supérieures qui se seront rendues propriétaires de l’ensemble des littoraux. Cette violence invisible, cette appropriation, rappelle celle qu’ont connue les grandes villes hier et il n’y aura pas de retour en arrière.

Les conséquences du laminage des classes moyennes et populaires

Et pendant que les Antilles sont en effervescence, on trinque au ministère des Outre-mer, et on se contamine.

https://www.mediapart.fr/journal/france/231121/le-gouvernement-oublie-les-gestes-barrieres

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commentaires

A
La formule " le modèle républicain " a un avantage sur le mot " laïcité " c'est qu'il est défini par sa devise qui est simple et non simpliste et un objectif clair. En effet cette devise propose une progression dans les actions à mener. Ainsi sans liberté il ne peut pas avoir de justice et sans justice il est impossible d'instaurer la fraternité. La fraternité restant, bien entendu, un horizon puisque quelques soient les meilleurs contextes elle ne sera jamais ni totalement atteinte ni totalement permanente.<br /> Par conséquent il est mensonger de se réclamer du modèle républicain si la proposition politique ne concourt pas à satisfaire sa devise.<br /> Ensuite je reste écartelé intellectuellement et en permanence entre la logique indéniable qui lie les comportements sociaux avec les classes sociales et ce libre arbitre qui nous permet de juger par nous-mêmes en dehors de tout déterminisme. D'autant qu'aujourd'hui sans effort il nous est possible de juger d'une situation. Ce reproche est adressé en particulier aux classes moyennes et populaires car pour les premières car quoique qu'elles imaginent leur situation est précaire compte tenu de leur dépendance sociale et parce qu'elles seront entraînées vers le fond si la situation des classes populaires s'effondre. Pour les classes populaires, il n'est pas nécessaire de se retirer dans un monastère pour comprendre où se trouve son intérêt.<br /> J'en viens donc à ne trouver aucune excuse à ceux qui donnent les réponses qui produisent les sondages que nous connaissons et qui préfigurent les votes qui, pour ma part, sont à craindre.<br /> Par contre il y a bien une classe sociale qui agit selon sa nature, c'est celle des dominants en privilégiant leurs intérêts mais en oubliant au passage qu'en cas d'effondrement écologique ils feront partie du voyage.<br /> À propos de l'exode vers le littoral, je ferai remarquer qu'il est difficile de généraliser. Je prendrai pour exemple celui que je constate sur une commune comme Carnon qui me semble relever de sa particularité. Cette commune est la très proche banlieue de Montpellier. Quand on sort de Montpellier on a la mer et Carnon à portée du regard.<br /> Cette commune est devenue la résidence principale des papy boomers qui cultivent tranquillement toutes les idées pourries que charrie notre époque entre 2 parties de boule. Pour certains. <br /> Mais on y trouve également compte tenu de la proximité de Montpellier et compte tenu aussi que les studios et les F1 F2 sont majoritaires dans le parc immobilier des salariés célibataires, des couples sans enfants et des étudiants qui trouvent à se loger pour des loyers relativement supportables.<br /> Cette commune si en cours d'année sa population n'atteint les sommets estivaux, elle reste tout de même importante.
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