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13 novembre 2021 6 13 /11 /novembre /2021 06:03

 

De 1956 à nos jours : 64 ans d'imagination fiscale… et de mensonges.


Je m’appelle Micheline S. Je suis née en 1927.

 

En 1956, quand Guy Mollet et Paul Ramadier ont instauré la vignette pour « fournir un revenu minimum à toutes les personnes âgées de 65 ans et plus »,  j'avais à peine 30 ans et j’étais très fière de pouvoir venir en aide aux anciens.

 

En plus, Paul Ramadier, le ministre des Affaires économiques, avait affirmé que ça serait une taxe temporaire… Il aura duré quarante-quatre ans le temporaire !

 

Surtout que les anciens n’en ont presque jamais vu la couleur, vu qu’au bout de trois ans, le Premier ministre, Michel Debré, a annoncé que le produit de la vignette serait finalement « acquis au budget de l’État… », qui le reverserait au Fonds national de solidarité. Enfin, en petite partie…

 

Ensuite en 1991, quand ils ont créé la CSG, la contribution sociale généralisée pour financer la branche famille, en remplacement des cotisations patronales d’allocations familiales, j’ai forcément payé !

 

Surtout que ça ne devait durer que cinq ans. « Une contribution transitoire » qu’ils disaient… et puis 1,1 %, c’était supportable. Seulement vingt-sept ans plus tard, elle transite toujours la CSG !

 

Et elle a grimpé à 9,2 % pour les salariés et 8,3 % pour les retraités. Par étapes, bien sûr, c’est moins voyant.

 

En 1993, elle est passée de 1,1 à 2,4 %. Pour alimenter en plus le Fonds de solidarité vieillesse. Y’avait pas déjà la vignette pour ça ?

 

En 1997, elle augmente encore pour financer, en plus, la branche maladie : on en est à 3,4 %.

 

En 1998, toujours pour la branche maladie, elle passe à 7,5 %.

 

Bref, la protection sociale ne s’est pas redressée et, ce qui devait être temporaire, est devenu un impôt de plus

 

La CSG rapporte plus que l’impôt sur le revenu aujourd’hui. Si on vous demande combien vous payez d’impôts par an, vous savez le dire. Mais si on vous demande combien vous payez de CSG, vous ne savez pas.

 

Chez moi on disait : « C’est tout un art de plumer l’oie sans la faire crier. »

 

Et puis en 1996, rebelote avec la CRDS, la « contribution à la réduction de la dette sociale ». J’ai payé.

 

À cette époque, les déficits sociaux s’élevaient à un montant estimé entre 30 et 38 milliards d’euros.  Oui, parce que nous, si on se trompe de dix euros dans notre déclaration de revenus, on risque une amende, mais les gouvernants, un flou de 8 milliards, ils ont le droit… Toujours est-il qu’ils avaient tout bien calculé : en treize ans, tout serait remboursé.

 

La CRDS devait disparaître le 31 janvier 2009.

 

Mais en septembre 1997, le gouvernement annonce 13 milliards d’euros supplémentaires de dettes, qui correspondaient aux déficits sociaux non financés des années 1996 à 1998.  Alors, ils ont tout bien recalculé, finalement pour tout éponger il fallait prolonger… jusqu’au 31 janvier 2014.

 

Mais en 2004 le plan de redressement de la Sécurité sociale concocté par Philippe Douste-Blazy annonce 50 milliards d’euros supplémentaires de dette à rembourser.  Alors, ils ont tout bien re-recalculé et ils ont vu que, finalement, la Trinité était la meilleure date pour arrêter la CRDS. Donc, on la paye toujours.

 

Et puis, en 2004, Raffarin a inventé la « journée de solidarité », vouée à « l’autonomie des personnes âgées ». Moi, ça va, j’étais déjà à la retraite, mais vous les travailleurs, vous avez travaillé sans être payés.

 

Et en 2013, une nouvelle taxe pour les retraités. CASA, ça s’appelle. C’est la « contribution additionnelle de solidarité à l’autonomie », 0,3 % sur les retraites, pensions d’invalidité, allocations de préretraite.

 

C’est-à-dire qu’ils font payer les vieux pour que les vieux soient autonomes ! La même année, Jean-Marc Ayrault nous gèle les retraites complémentaires…

 

Et comme ça ne s’arrête jamais, maintenant, parce que j’ai 1 247 euros de revenu fiscal par mois, j’ai une augmentation monstrueuse de la CSG : 25 % d’augmentation ! On nous a dit 1,7 % , mais c’est pas 1,7 % de ce qu’on payait, c’est le taux qui augmente de 1,7 % .

 

Bref, nous les vieux, on est passés de 6,6 % à 8,3 % de CSG, ça nous fait 25 % dans les dents....enfin celles qui nous restent.

 

Et maintenant, la cerise sur le pompon : on nous annonce que nos retraites vont être revalorisées de 0,3 %. Cinq fois moins que l’augmentation dont on aurait dû bénéficier si le code de la Sécurité sociale avait été simplement respecté, puisqu’il prévoit que les pensions soient revalorisées du montant de l’inflation moyenne sur l’année pour éviter toute dégradation du niveau de vie. Et l’inflation prévue d’après l’Insee est de 1,6 % . Et Bruno Le Maire prétend : « Mais ils ne seront pas perdants, leur pension de retraite continuera à être revalorisée. » Il croit qu’on est tous gâteux ou quoi ?

 

Je n’ai que mon certificat d’études, mais je peux comprendre qu’une hausse de 0,3 % des pensions, quand les prix augmentent de 1,6 %, revient à une baisse du pouvoir d’achat.

 

D’après le baromètre de l’institut Elabe, publié le 6 septembre, 72 % des retraités déclarent ne pas avoir confiance dans le chef de l’État, alors qu’ils étaient 44 % en janvier et 35 % lors de son élection. Il faudra qu’ils s’en souviennent le jour de l’élection.

 

Un type qui, pour se faire élire, déclarait en décembre 2016 : « L’engagement que je prends ici devant vous, c’est que, avec moi, toutes les petites retraites auront leur pouvoir d’achat protégé. » Et squi ajoutait en février 2017 : « Je ne veux pas, moi, faire d’économies sur le dos ni des retraités, ni de celles et ceux qui sont à quelques années d’aller à la retraite.

Et au 20 heures de France 2 en mars 2017 : « Je ne touche pas à la retraite de celles et ceux qui sont aujourd’hui retraités. Leur retraite sera préservée. Il n’y aura pas de perte de pouvoir d’achat, c’est essentiel ! »

 

Alors je pose la question : 72 % qui n’ont pas confiance, comment est-ce possible ?

 

Comment peut-il se trouver encore 28 % de retraités qui lui fassent confiance ?

 

Toute ma vie, j’ai payé pour aider les vieux et maintenant que je suis vieille, il faut que je paye pour aider les jeunes ?

 

Que vont-ils nous inventer encore ?

Une retraitée de 94 ans, privilégiée, forcément privilégiée, fait le bilan
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commentaires

A
Il faut d'abord saluer le travail que représente cet historique mais comme à mon habitude je vais reprendre une phrase, ici citée, de notre indépassable président :« L’engagement que je prends ici devant vous, c’est que, avec moi, toutes les petites retraites auront leur pouvoir d’achat protégé. »<br /> Bon, d'abord mettant de côté cette promesse qui n'engage que ceux qui l'écoutent.<br /> Cette idée 100 fois répétée selon laquelle le pouvoir d'achat des petites retraites doit être protégée exclue de facto les autres pensions de retraite de toute indexation par rapport à l'inflation. L'injustice est double car ce non-dit sous-entend que les concernés sont des privilégiés et secondement elle réduit par degré l'échelle des pensions en les alignant toutes et au fil du temps sur les pensions minimum. <br /> Sur l'historique il faut à nouveau rappeler que " Pour Ambroise Croizat « Faire appel au budget de l’État, c’est inévitablement subordonner l’efficacité de la politique sociale à des considérations purement financières qui risqueraient de paralyser les efforts accomplis ». <br /> Et donc : " La Sécurité Sociale est à gestion paritaire sous un contrôle étroit de l’État. Le financement du système repose sur des cotisations réparties entre salariés et employeurs. L’impôt est absent. La solidarité est d’abord professionnelle et fondée sur des cotisations sociales dans un budget différent de celui de l’État. "<br /> Les fondateurs avaient voulu non seulement protéger le système des aléas politiques mais également de son intégration dans le budget de l'état car nous savons que les recettes fiscales ne sont pas affectées et par conséquent leurs utilisations laissées au bon vouloir du politique.<br /> D'où ces histoires de CSG autres bidouillages que nous subissons <br /> D'où la proposition de certains de rétablir un vrai système de sécurité sociale basé sur les cotisations patronales et salariales et de verrouiller les nouvelles règles en les mettant à l'abri d'une constitution qui ne peut être modifiée que par référendum.
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