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16 décembre 2021 4 16 /12 /décembre /2021 06:06

 

On sait que dans la famille de Philippe de Villiers (Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon) il s’en est passé des vertes et des pas mûres il y a quelques années. Mais si l'on remonte la flèche du temps, un chevalier de Villiers, né en 1652 des amours de Monsieur de Jarzé et de la célèbre courtisane Ninon de Lenclos, eut la surprise de sa vie lorsqu’il découvrit l’identité de la (vieille) femme dont il était tombé follement amoureux.

Je propose cette stupéfiante histoire, telle qu’elle a été narrée par Roger Duchêne.

 

Elle inspira « une passion funeste » à un fils chéri, le chevalier de Villiers, dont le père est cette fois Jarzé. Elle le reçoit chez elle « comme elle recevait alors les jeunes gens de la plus haute naissance, que leurs parents venaient la prier d'admettre au nombre de ses amis pour y prendre, si j'ose le dire, cette fleur du monde qu'elle avait l'art de répandre sur tous ceux qui l'approchaient ». Jarzé, qui destinait son fils « à des emplois où les grâces de la figure et de l'esprit pouvaient être essentielles, ne voulut pas lui faire perdre des leçons si utiles pour lui et auxquelles il avait plus droit qu'aucun autre ». Mais le chevalier de Villiers avait un coeur sensible et sa reconnaissance pour le bon accueil de Ninon se transforma bientôt en sentiments plus tendres, encouragés inconsciemment par la préférence involontaire qu'on lui marquait. « Cent fois, il ne sut que penser de quelques regards où se peignait de la tendresse. »

Quand Ninon s'aperçut de l'amour que le jeune homme n'arrivait plus à lui cacher, elle essaya contre lui les secours de la rigueur et de l'absence. Il lui promit de ne plus l'aimer. Vainement. Un jour, elle le fit passer dans son cabinet : « Levez les yeux sur cette pendule, insensé que vous êtes. Il y a maintenant plus de soixante cinq ans que je vins au monde. Me convient il d'écouter une passion comme l'amour ? Est ce à mon âge qu'on peut aimer et qu'on doit être aimée ? Rentrez en vous même, chevalier. Voyez le ridicule de vos désirs et celui où vous voudriez m'entraîner. » Les larmes versées en prononçant ces mots par l'objet de sa passion ne firent qu'augmenter les désirs du jeune homme. « Est ce là, réplique-t-il, cette Ninon si tendre et si philosophe ? N'a t elle pris que contre moi cette ombre de vertu qui suffit à son sexe pour se croire estimée ? » Prisonnière de son personnage, la séductrice ne sait que répondre et ordonne au jeune homme de sortir.

Elle décide de frapper un grand coup, et après avoir consulté Jarzé, qui la délivre du secret, elle convoque le chevalier dans sa petite maison de Picpus, au faubourg Saint Antoine. Il y vole comme à un rendez vous galant. Il trouve sa dame seule, mais triste et abattue. Il lui redit son amour, qui surpasse toute raison. N'écoutant que son ivresse, il se porte « à la dernière extrémité » quand Ninon, indignée, s'écrie : « Arrêtez, cet affreux amour ne sera point au dessus des devoirs les plus sacrés. » Elle lui découvre sa naissance. Mais le jeune homme « prononce à peine une fois le doux nom de mère », tant il sent brûler dans son cœur la même ardeur criminelle. Il s'enfuit et, dans un bosquet proche, se jette bientôt sur son épée. Ninon l'y trouve et, "dans ses yeux presque éteints", aperçoit encore de l'amour...

Ninon de Lenclos fut une des femmes les plus extraordinaires du XVIIe siècle. À la fois savante, athée et libertine. Elle corrigea une première version du Tartuffe de Molière et légua par testament 2 000 livres au jeune Arouet (Voltaire), alors âgé de 11 ans, en qui elle avait vu un petit génie. Elle mourut peu après à 85 ans.

 

 
Le Chevalier de Villiers
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commentaires

A
Je ne connaissais rien sur Ninon de Lenclos, je continue à ne rien connaître à son sujet si ce n'est le nom et en commençant la lecture de ce texte j'allais tout droit aligner des mots sur la courtisanerie qui est l'autre nom de la prostitution pour les milieux bien nés, une vénalité avec des rubans et de belles manières. Puis il y a en fin de texte une note sur Molière et sur Voltaire et du coup je me dis que cette première réaction était peut-être ayatollesque.<br /> Quant au sieur de Villiers, celui du texte, je ne comprends pas comment étant le fils du Jarzé et de la Lenclos , il est de Villiers. Bon ça s'explique certainement mais je m'en fous.<br /> Par contre j'ai lu l'autre jour celui d'aujourd'hui affirmer que les titres de sa famille ont été gagnés par ces ancêtres sur les champs de bataille au péril de leur vie et pour la France. Sauf qu'ils en ont tiré objectivement des avantages et que des milliers d'autres commandés par eux sont tout aussi morts mais dans l'indifférence et l'anonymat, aussi insignifiants qu'une plante qu'on écrase en passant.
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A
Chère Ninon de Lenclos, courtisane célèbre qui sut profiter intelligemment, comme disait nos grands-mères, de " ses charmes " ! Elle était intelligente et savait en user de... "ses charmes" (et reconnaissons qu'elle devait en avoir). Après avoir poursuivi une "carrière" digne, depuis l'Antiquité, d'une Aspasie, Thaïs ou Messaline, elle fut, à son époque, une sorte de madame Claude, à la nôtre. Comme quoi, la "prostitution de luxe" (restons courtois) a toujours existé. <br /> <br /> Et surtout, surtout pour l'amour que cette chère Ninon sut provoquer chez un ancêtre beaucoup plus jeune qu'elle d'un candidat actuel et... possible d'une " vieille famille subsistante " , surtout ne pas faire de rapprochement... disons... hasardeux !<br /> Bof ! comme disait Alfred de Musset n'est-ce pas " lorsqu'on vient d'en rire qu'on devrait en pleurer " ?
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