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4 février 2022 5 04 /02 /février /2022 06:06

Un article (paru dans le Grand Soir) comme on en rencontre assez peu dans les grands médias français qui soutiennent quasiment tous le point de vue des États-Unis.

 

La propagande de guerre froide ne fait pas dans la nuance. Voilà des mois que les porte-parole patentés de l’Occident martèlent d’une seule voix que la Russie va envahir l’Ukraine, que la guerre est imminente et qu’il faut se préparer à l’affronter. Vieille rengaine ! Au temps de l’affrontement Est-Ouest, on prétendait en Occident que la menace soviétique était suspendue comme l’épée de Damoclès au-dessus des démocraties. On affirmait même que l’arsenal militaire de l’URSS était nettement supérieur à celui des États-Unis, et qu’elle risquait d’exploiter cette supériorité pour envahir et soumettre l’Europe.

 

Or tout était faux. Cette menace systémique était une fiction. L’arsenal soviétique fut toujours inférieur à celui de ses adversaires, et les dirigeants de l’URSS n’ont jamais envisagé d’envahir l’Europe occidentale. En fait, la course aux armements fut sciemment entretenue par Washington dès le lendemain de la victoire alliée sur l’Allemagne et le Japon. Cyniquement, le camp occidental avait deux bonnes raisons de provoquer cette compétition : la guerre avait exténué l’URSS, causant 27 millions de morts et détruisant 30% de son potentiel économique, et elle avait fantastiquement enrichi les EU, qui assuraient 50% de la production industrielle mondiale en 1945.

 

Forgée par la guerre, cette suprématie économique sans précédent favorisait une politique étrangère agressive, hypocritement revêtue des oripeaux idéologiques de la défense du « monde libre » contre le « totalitarisme soviétique ». Cette politique impérialiste, conformément à la doctrine forgée par George Kennan en 1947, avait un objectif clair : l’épuisement progressif de l’URSS – rudement éprouvée par l’invasion hitlérienne – dans une compétition militaire où le système soviétique allait dilapider les moyens qu’il aurait pu consacrer à son développement.

 

Force est de constater que cette politique a porté ses fruits. Surclassée par un capitalisme occidental qui bénéficiait de conditions nettement plus favorables au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique a fini par quitter la scène en 1991 au terme d’une compétition harassante. Pourtant rien ne semble avoir changé, et la guerre froide continue de plus belle.Trente ans après la disparition de l’URSS, l’hostilité occidentale ne faiblit pas. On continue de prêter à Moscou des intentions belliqueuses, alors même que les démonstrations de force de l’OTAN aux frontières de la Russie illustrent suffisamment la réalité de la menace occidentale.

 

« De Staline à Poutine ». Quoi de plus ridicule que ce récit où transpire la bonne conscience occidentale, attribuant toutes les tares à la Russie, incriminant une puissance maléfique dont la résilience ferait peser une menace irrésistible sur le monde prétendument civilisé ? Ce discours lancinant s’obstine à désigner dans la Russie actuelle une sorte d’ennemi systémique, l’empire du mal soviétique ayant été simplement repeint aux couleurs russes pour les besoins de la cause. Aux yeux des élites dirigeantes occidentales, il faut croire que Moscou reste Moscou, et que la menace venant de l’Est est une donnée permanente de la géopolitique eurasienne.

 

Pour les obsédés de l’ogre moscovite, la Russie a tous les torts. Elle ne se contente pas de menacer l’Ukraine en massant ses blindés à ses frontières, elle veut aussi installer à Kiev un pouvoir pro-russe. Singulière inversion accusatoire, qui attribue à Moscou la politique menée par les Occidentaux dans un pays qu’ils ont vassalisé à coup de subventions en espérant le transformer en futur joyau de l’OTAN. En y fomentant le coup d’État de février 2014, ils ont tout fait pour le détacher de son voisin afin d’isoler davantage la Russie, dans la foulée de ces « révolutions colorées » qui ont été savamment orchestrées en Europe orientale et dans le Caucase. C’est depuis cette date que l’Ukraine est en proie à une grave crise intérieure, et Moscou n’y est absolument pour rien.

 

Car le putsch de Maidan a porté au pouvoir une clique ultra-nationaliste dont la politique a humilié la population russophone des régions orientales. Cette provocation délibérée des autorités usurpatrices de Kiev, soutenues par des groupes néo-nazis, a poussé les patriotes du Donbass et de Crimée à la résistance et à la sécession. Mais il n’y a jamais eu d’invasion moscovite. Aucun char russe ne foule le territoire ukrainien, et Moscou a toujours recommandé, pour résoudre la crise interne, une solution négociée de type fédéral ménageant les intérêts des différentes composantes du peuple ukrainien. Il est ahurissant de voir l’OTAN stigmatiser la Russie pour sa politique à l’égard de ce pays, alors que la seule armée qui tue des Ukrainiens est celle de Kiev, qui bombarde quotidiennement les populations civiles des républiques sécessionnistes de Donetsk et Lougansk.

 

C’est l’agressivité irresponsable de cette armée, noyautée par les ultra-nationalistes et portée à bout de bras par les puissances occidentales, qui entretient un climat d’affrontement. C’est l’hystérie antirusse des puissances occidentales qui jette de l’huile sur le feu dans la région, et non cette menace imaginaire contre l’Ukraine que les affabulateurs de la presse atlantiste attribuent à la Russie. Dans la crise actuelle, il est clair que c’est l’Occident qui représente une menace pour la paix en défiant outrageusement la Russie à ses frontières, et non l’inverse. Que l’on sache, Moscou n’organise pas de manœuvres militaires avec le Mexique ou le Canada, et sa flotte de guerre ne croise guère au large de Manhattan.

 

Washington, en revanche, poursuit l’encerclement de la Russie en étendant systématiquement le périmètre de l’OTAN à ses frontières. Or cette politique viole l’engagement pris auprès de Mikhaïl Gorbatchev, lequel accepta la réunification de l’Allemagne en échange d’une promesse de non-extension de l’Alliance atlantique vers l’Est européen. Cette offensive géopolitique est d’autant plus menaçante qu’elle s’est accompagnée de l’installation, sur le territoire des nouveaux États-membres, d’un bouclier antimissile américain. Impensable au temps de l’URSS, ce dispositif fait peser sur Moscou la menace d’une première frappe et rend caduc tout accord de désarmement nucléaire.

 

Impossible d’oublier, enfin, la toile de fond de cette démonstration de force du camp occidental maquillée en riposte aux ambitions de l’ogre russe : colossal, le budget militaire des EU représente près de la moitié des dépenses militaires mondiales, dépassant en 2021 les 740 milliards de dollars. En augmentation constante, il équivaut à neuf fois celui de la Russie, proportion qui s’élève à seize fois pour l’ensemble des États-membres de l’OTAN. Hormis les faux naïfs, qui peut accréditer la fable d’une invasion militaire imminente de l’Ukraine par les forces russes ? Prétendre que Moscou prépare la guerre pour assouvir ses appétits territoriaux aux dépens de ses voisins mériterait un éclat de rire s’il ne s’agissait d’une crise internationale sérieuse au cours de laquelle, une fois de plus, le bellicisme de Washington tente d’enrayer le déclin irrésistible d’un Occident vassalisé.

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commentaires

M
Serait-ce un scénario définitivement inéluctable, le fait qu'à chaque fois cette grande coquine qu'est l'Histoire nous repasse toujours ses mêmes plats indigestes ?<br /> <br /> Sinon oui, il faut bien avouer que la guerre est une activité des plus "bankable" qui soit, évidemment ; tout économiste officiellement reconnu, forcément crédible et d'indubitable bonne foi vous le certifiera, chiffres à la pluie...<br /> <br /> Car le "guerrorisme" de l'OTAN, pour sage, démocratique et responsable qu'il est, fait aussi vivre des millions de personnes ; et surtout que si ce n'est pas eux, ce sera évidemment les autres qui concevront, fabriqueront, vendront et utiliseront ces précieuses armes qui nous défendent le cœur... Allons donc !<br /> <br /> L'essieu du Bien c'est l'Oncle Sam, celui du Mal c'est la clique des "cocos", un point c'est tout.<br /> <br /> "Si tu veux la Paix prépare la Guerre" : quoi de plus logique, comme toutes les immondes conneries à la tonne qu'on nous assène en permanence sur les grands médias indépendants, neutres, impartiaux et autorisés. Il faut dire que cette fois, au sujet de l'Ukraine, ça atteint des sommets inégalés en matière de surenchère d'arguments fallacieux, propagande "coup de poing" et déclarations toutes plus débiles les unes que les autres de la part du clan occidental.<br /> <br /> Les States ont trop besoin d'être en conflit ouvert quelque part, surtout depuis le retrait d'Afghanistan où ils ont brillé scintillé gagné vaincu, victorieux et une nouvelle fois tout auréolés de gloire... Sans doute trouveront-ils une autre mise en scène que le coup de la petite fiole à l'ONU, d'autant que Powell n'est plus. Je crois que n'importe-quoi fera l'affaire pour justifier le prochain lancement en Ukraine d'un grand spectacle de pyrotechnie événementielle, dont ils ont le secret et ne sont pas avares, loin s'en faut...<br /> Enfin, perso je suis objecteur de conscience (service civil en 1981) et bien forcé de constater qu'en matière de pacifisme, tout est toujours à recommencer de zéro, bordel !
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A
Dimanche dernier Mélenchon était sur la 5, à l'émission C politique. Évidemment on en est venu à parler de la Russie. Le biais des questions étaient celui qui est décrit dans cet article, comme une évidence qui allait de soi et que j'ai trouvé particulièrement inquiétant. Les 3 personnes qui interviewaient parlaient de la guerre tranquillement comme une prochaine étape, en quelque sorte comme un fait à venir, inéluctable.<br /> La distance qu'il y avait entre cette sérénité avec laquelle ces 3 personnes évoquaient la nécessité, selon elles, de s'engager dans un processus pré-conflit et la gravité considérable de cette logique était étonnante de leur part d'abord en tant qu' êtres humains prétendument raisonnables et ensuite en tant que spécialistes cultivés.<br /> Alors devant ce spectacle on ne peut empêcher des souvenirs historiques de remonter à la surface. On se dit que décidément rien ne change ni les bourrages de crânes, ni les bons esprits qui par degré préparent les peuples aux massacres collectifs.<br /> Dans toute cette histoire ce qui étonne aussi c'est que peu de personnes se demandent qu'elle est l'intérêt aujourd'hui de la Russie dans l'annexion d'un quelconque territoire et, partant, d'un conflit pour cette raison. La réponse est simple : aucun.<br /> La Russie a un territoire immense et des ressources de toutes sortes qui ne la mettent pas dans la nécessité d'une politique expansionniste comme l'Occident. Son intérêt est inverse car il s'agit pour elle d'assurer des débouchés commerciaux pour ses ressources et les gains afférents qui pourraient lui permettre de développer des meilleures conditions de vie à sa population.<br /> Les USA sont dans une situation opposée. D'abord la nécessité de faire tourner la machine militaro-industrielle qui représente une activité sociale considérable et une logique agressive qui assure sa domination économique.<br /> Ce qui étonne également c'est, comme il est dit dans cet article, l'absence de comparaison : que dirait-on si la Russie installait des missiles non pas au Canada ou au Mexique mais en Argentine ? On se souvient des missiles de Cuba.<br /> Il me semble quand même que, à contrario, si la Chine n'a pas de politique agressive, aujourd'hui, elle sera conduite, dans le temps, compte tenue de sa démographie et de ses ressources à chercher à trouver des débouchés sur d'autres continents. C'est d'ailleurs déjà en partie le cas : https://fb.watch/aYDCU4oSqz/<br /> Toutefois à cet instant rien ne justifie là aussi l'agressivité que la chine subit actuellement. <br /> Enfin je terminerai sur une remarque que Mélenchon a fait à cette occasion mais également des fois précédentes. Dans l'indifférence. Il a insisté sur la guerre cybernétique et en effet le développement des outils informatiques rendent obsolète la dissuasion nucléaire réduite à elle seule. Nous savons aujourd'hui qu'il est possible de paralyser tout un pays grâce aux moyens informatiques dont certains disposent. Toutes les armes de défense, aux hôpitaux en passant par les centrales nucléaires, les réseaux de communication, notre quotidien, tout peut être réduit à néant, à un effondrement dont nous serions les spectateurs désarmés et les victimes à la fois.<br /> Nous sommes passés de l'ère atomique à l'ère de l'électron.
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