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13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 06:06

Il nous a donné le meilleur de lui-même, comme joueur de tennis (le dernier français à remporter Roland-Garros), entraineur et sélectionneur au plus haut niveau, et comme chanteur et musicien. Il a eu cinq enfants de trois mariages. Sa seconde épouse a mené, depuis leur séparation, une vie particulièrement sulfureuse.

 

Sa carrière d’artiste a connu des hauts et des bas. Il a joué devant des salles peu remplies. Il a cessé d’être une des personnalités préférées des Français, chutant à la 23ème place. Il a peut-être pâti de ses soutiens contradictoires : François Hollande en 2012 et Dieudonné.

 

Á soixante ans passés, il semble avoir décidé de se réinstaller au Cameroun, le pays de son père où il a passé une partie de son enfance.

 

Yannick est le fils du footballer professionnel Zacharie Noah, né en 1937 à Yaoundé et décédé dans cette même ville en 2017. Zacharie était lui-même le fils de Simon Noah, combattant du 1er régiment de tirailleurs du Cameroun lors de la Seconde Guerre mondiale. Il mourra assassiné à 84 ans d’une balle dans le dos lors d’une tentative de coup d’État au Cameroun en 1985.

 

Zacharie commence sa carrière de footballeur au Stade Saint-Germain en 1956 avant de rejoindre Sedan en 1960, alors une des meilleures équipes françaises. C’est dans cette ville qu’il aura trois enfants : deux filles, puis Yannick. Malheureusement victime d’une fracture du bassin, il est contraint de mettre un terme à sa brillante et prometteuse carrière en 1962, à l’âge de 25 ans.

 

La mère de Yannick, Marie-Claire Perrier, est née à Sedan. Jeune fille, elle est très sportive : elle pratique le tennis et le basket à un bon niveau. Elle entre dans l’enseignement comme institutrice. Entre elle et Zacharie, le coup de foudre est réciproque. Ils se marient très discrètement dans une auberge des Ardennes. Après la grave blessure de Zacharie, la famille part s’installer à Yaoundé. Marie-Claire est institutrice avant de fonder sa propre école.

 

Dans un pays qui ne compte que huit courts de tennis, le jeune Yannick découvre ce sport où il brille rapidement. En tournée en Afrique, le grand champion Arthur Ashe (premier joueur noir à remporter un tournoi du Grand Chelem) le repère. Á 11 ans, Yannick part pour Nice pour suivre un stage avec l’ancien champion Patrick Beust. Il rentre au Cameroun à Noël où il aimerait rester. Mais il repart définitivement pour la France, déchiré par l’éloignement de sa famille.

 

Avant la brillante carrière et les honneurs mérités, on a donc une vie familiale en demi-teintes : un père qui passe du statut de vedette sportive à celui d’employé de banque et un fils qui brillera dans son sport au prix de la perte du Cameroun qu’il a fait sien où il était arrivé à l’âge de trois ans.

 

C’est en tant que Français que Yannick deviendra une vedette internationale du sport, mais c’est en tant qu’Africain qu’il créera de la musique. Son premier album s’intitule Black & What, avec des chansons principalement en anglais. Et quand il chante en français, il s’inspire fortement du français de « là-bas»:

 

Hey là, le type-là
Oui oui, petit blanc
Paris-Yaoundé
Connexion mais venez
Allons ambiancer
Ambiance soukouss
Ambiance makossa
Ou l'ambiance du bikutsi
Ambiance assiko
Mouvement partout
Et mouvement droite
Mouvement à gauche
Roulement de pecos
Direction à l'hôpital
Docteur, c'est mauvais
Attention a cheu

Saga Africa
Ambiance de la brousse
Saga Africa
Attention les secousses

 

Le site Brut publie une promenade de Yannick dans le Yaoundé de son enfance où il retourne après 48 ans. Des observateurs de ce reportage se sont offusqués du fait que l’ancien champion parle en quasi petit nègre. Mais, justement, « In Rome do as the Romans do ». S’il parlait dans son français usuel, on dirait de lui que « son chorobi est haut ». Et on lui demanderait d’arrêter de « chorobiter ». D’autres observateurs s’indignent du fait que Yannick puisse se parachuter comme chef de village. Oui mais, on n’élit pas, dans l’Afrique traditionnelle, selon le modèle du suffrage universel. Yannick succèdera ainsi à son père, trop tôt disparu, selon des procédures que je ne connais pas mais qui existent et qui conviennent forcément aux habitants du cru. Á soixante ans passés, j’imagine que Noah est dans la bonne “ classe d’âge ” pour être intronisé chef.

 

Maintenant, pour ce qui est de son retour aux sources, on ne sait rien de ses motivations profondes, de la sincérité de son élan. Tout ce qu’on constate c’est qu’il est métis, donc à la fois français et camerounais. Et même si, à ma connaissance, il n’a jamais fait preuve de racisme en France – pas plus qu’au Cameroun, cela dit – c’est son droit le plus strict de quitter l’Occident (il a beaucoup vécu aux États-Unis), peut-être pour toujours.

 

 

Yannick Noah : de la difficulté d’être
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commentaires

C
Riencompris à la chute, dsl
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A
Il y a un métissage qui est visible, celui des apparences et puis il y a un autre celui des origines nationales. Bien sur ce dernier ne souffre pas de certains rejets instinctifs puisqu'il est invisible mais il se manifeste plus ou moins lorsqu'il s'agit de donner son nom. Il y a souvent à ces moments-là un temps d'arrêt d'une nanoseconde qui est peut être imaginé par celui qui porte le patronyme en question mais dont il est pour toujours particulièrement sensible. Sans doute cette sensibilité provient-elle de ses années scolaires pendant lesquelles il a dû subir des plaisanteries à ce sujet et qu' il n'avait pas relevées à ces moments-là ou bien auxquelles il avait répondues par un sourire encore plus stigmatisant.<br /> Ainsi quoi qu'on fasse il restera toujours ce sentiment d'être au bord d'une communauté nationale. <br /> Il n'y a pas de possibilité d'inversion de ce statut car le pire dans cette situation c'est quand la personne concernée signale que son père ou quelqu'un d'autre de sa famille a fait la guerre pour le pays car cela s'apparente à l'expression d'une sollicitude, celle d'une mansuétude.<br /> Il n'y a pas à le déplorer ou à s'en féliciter car je pense que cela relève d'un tropisme humain. On pourrait penser que ce métissage culturel ouvre à plus de tolérance. Même pas. Nous avons la preuve sous nos yeux tous les jours en entendant tous ces français au nom d'origine étrangère et qui sont les plus violents au nom d'un nationalisme perverti.<br /> Je pense au film desierto dans lequel on voit un américain chasser, à la frontière mexicaine, les clandestins. Il les tuent tout en étant convaincu de sa " morale " puisqu'il crie à un moment " ce pays est à moi " lui qui est issu d'immigrants et sur un territoire volé au Mexique : https://www.cinema-comoedia.com/film/114964/
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