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20 février 2022 7 20 /02 /février /2022 06:02

Je cite souvent ReSpublica, en particulier la chronique d'Évariste, pour ma revue de presse. J'ai donc plaisir ici à accompagner cette équipe qui fête son millième numéro en reprenant l'historique qu'elle a établi de son combat pour la laïcité, inséparable de la lutte pour la justice sociale et d'un vrai changement politique.

 

You are currently viewing Millième numéro de ReSPUBLICA ! Histoire d’une saga militante

Ce numéro 1 000 de ReSPUBLICA nous permet de revenir sur l’histoire d’un journal qui, dès le départ en 1999, fut créé par et pour des militants du mouvement social et politique.

 

Ses initiateurs avaient vécu la double trahison de la gauche, contre la laïcité dès les errements des directions du bloc FEN à la fin des années 60, et contre les conquis sociaux dès mars 1983 lors du tournant néolibéral du gouvernement nommé par François Mitterrand.

L’action anti-laïque du gouvernement Mitterrand-Rocard-Jospin en 1989 sur la laïcité à l’école, et celle du gouvernement d’union de la gauche de Lionel Jospin (1997-2002), plus grand privatiseur de l’histoire de France, continuateur de l’étatisation de la Sécurité sociale par le plan Juppé de 1995, ont finalement convaincu ces militants de gauche de la nécessité de créer un média électronique. Quel fut le contexte militant des dix années ayant conduit à la création de ReSPUBLICA ?

1989-1992 : les reculs laïques de Mitterrand-Rocard-Jospin et la bataille pour la laïcité

Ces reculs débutent avec les accords anti-laïques Lang-Cloupet, et surtout la loi Jospin du 10 juillet 1989 et son article 10 qui servira au Conseil d’État dans son avis du 27 novembre 1989.


Cette loi dite d’orientation scolaire de Lionel Jospin dans le gouvernement Rocard (avec présidence François Mitterrand) qui stipulait que la liberté des élèves était la même dans l’enceinte scolaire que celle des enfants à l’extérieur. Le vote de cette loi a servi aux trois socialistes hypocrites ci-dessus de demander alors au Conseil d’État de dire le droit. L’arrêt du Conseil d’État du 27/11/1989 tient bien évidemment compte de l’article 10 susnommé. Les circulaires de Jean Zay du Front populaire en 1936 et 1937, interdisant les signes politiques et religieux dans l’école, ont donc été abolies par la jurisprudence liée à l’article 10 de la loi du 10 juillet 1989. Des auditeurs amis du Conseil d’État nous ont convaincus qu’une gigantesque bataille d’éducation populaire était nécessaire tant les trahisons étaient générales dans toutes les organisations naguère laïques politiques, syndicales et associatives.

La seule organisation qui réagit immédiatement fut le Grand Orient de France (GODF) par son banquet républicain du 21 octobre 1989 avec 1500 personnes (voir les retombées duMonde et de Libération entre autres). Puis, trois semaines plus tard « la bande des 5 » du Nouvel Obs réunie par Catherine Kintzler et Elisabeth Badinter, en première page du journal en novembre 1989. La bataille de la loi contre les signes religieux à l’école est lancée
En début 1992, le GODF décide, sans modifier sa position de fond, d’arrêter d’animer la lutte, en modifiant lui-même sa propre commémoration prévue du bicentenaire de la République du 22 septembre 1992. Celle-ci devait être une initiative de relance politico-médiatique sur le sujet et fut transformé en micro-colloque intime.

Le banquet républicain d’Initiative Républicaine (IR) prend le relais. Plus de 900 personnes y participent à la mutualité en décembre 1992 avec la plupart des intellectuels et militants qui s’étaient solidarisés avec l’initiative du GODF. Marc Blondel, Catherine Kintzler, Jean-Marie Kintzler, Richard Gerbaudi, Philippe Schwartz, Bernard Teper et beaucoup d’autres sont là.

1993-2004 : continuer la bataille au sein du mouvement social hors du champ politique

La CGT-FO, qui avait soutenu le banquet de décembre 1992 (les trotskistes lambertistes influents au sein de la direction de la centrale, prenant position contre le projet de loi qui interdirait les signes religieux à l’école) et Initiative républicaine ayant décidé de rejoindre le champ politique, commence une nouvelle période.

Ceux qui décidèrent de continuer la bataille au sein du mouvement social hors du champ politique, acceptèrent la proposition d’André Fortané, président-fondateur de l’UFAL, de le faire à partir de l’UFAL.

Au cours de ces années, l’UFAL s’est donné comme objectif de transcrire ses positions philosophiques et politiques dans le langage juridique pour mener d’une part la campagne d’éducation populaire tournée vers l’action (réunions publiques sur un discours cohérent, précis et homogène) et d’autre part, de partir à l’assaut des assemblées parlementaires. Cette période est prolifique :

La mission parlementaire présidée par Jean-Louis Debré reprend mot pour mot la proposition de l’UFAL (« interdiction des signes religieux visibles dans l’école ») donnée lors de son audition. Cette dernière avait été préparé avec des juristes (magistrats et avocats) L’estocade est la tribune parue dans Libération en mai 2003 avec une adresse courriel : ce fut le déferlement !

Sachant cela, et sans attendre la fin de la mission parlementaire, le lobby catholique fait pression sur la présidence de Jacques Chirac qui invente la Commission Stasi pour tenter de casser ou de modérer les résultats prévisibles de la mission parlementaire.

Les retombées des réunions publiques très suivies de l’UFAL, l’action d’Henri Pena-Ruiz et de la directrice d’Elele, Gaye Petek, dans la commission Stasi, et surtout l’estocade prévisible du 17 octobre 2003 portant audition de Jean-Paul Costa, alors vice-président de la Cour européenne des droits de l’homme, explicitant les jurisprudences de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) fait chavirer les directions de l’UMP et du PS sans débat interne comme d’habitude. L’application de l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme organise une jurisprudence européenne supérieure, dans la hiérarchie des normes, à la loi française. Elle stipule que les restrictions dues à l’application du principe de la laïcité sont autorisées, à condition qu’elles ne soient pas générales et qu’elles soient notées dans une constitution ou une loi nationale.

Suivront la décision de l’Elysée en novembre 2003 et la loi du 15 mars 2004.

Entre temps, le groupe qui avait lancé Initiative républicaine et qui avait rejoint l’UFAL pour la troisième phase de ce combat a souhaité créer un journal en 1999. ReSPUBLICA naît alors. Il appuie la campagne pour une loi contre les signes religieux à l’école. Tout en insérant cette lutte dans le cadre d’une nécessité d’intégrer ce combat à l’intérieur d’un projet de République sociale d’où le titre choisi, ReSPUBLICA, la chose publique en latin.

Depuis 2004, le combat laïque reste tout aussi nécessaire

Mais le lobby clérical ne désarme pas, Tour à tour, l’accord Kouchner-Vatican, le rapport Machelon, la loi Carle (financement obligatoire des municipalités du forfait scolaire aux écoles privées confessionnelles d’autres communes si elles scolarisent des enfants de la commune) montre que la volonté du Secrétariat général de l’enseignement catholique (SGEC) de préparer des réformes régressives avec les partis néolibéraux de droite comme de gauche est toujours présente. Pire, il ne se passe plus une année sans une augmentation, malgré la crise, des subventions au lobby catholique et à ses écoles. Une lecture des livres d’Eddy Khaldi sur ce point est édifiante.

Dans la séquence qui a suivi, notre tâche fut difficile. Car le principe de laïcité vit trois dérives. La première, c’est la dérive néo-concordataire qui s’amplifie car le mouvement réformateur néolibéral se développe avec son allié, le communautarisme. La tendance des capitalistes néolibéraux, c’est la dérive néo-concordataire qui s’oppose au principe laïque défini par Victor Hugo qui s’écrie à la chambre des députés le 15 janvier 1850 : « je veux l’État chez lui, l’église chez elle ». L’autre dérive, c’est celle de la « laïcité usurpée » d’une partie de la droite et de toute l’extrême droite qui utilise le principe de laïcité contre une seule religion, hier le judaïsme, aujourd’hui l’islam alors que la laïcité est pour la liberté des cultes. La troisième dérive est celle de la laïcité d’imposture de plus en plus fréquente à gauche et à l’extrême gauche, qui cache mal sa préférence pour le communautarisme. Cette troisième dérive prendra un nouvel essor avec le développement de la gauche identitaire qui remplacera la lutte des classes par la lutte identitaire.

Nous avons même vécu un évènement singulier contre la dérive de la laïcité usurpée lorsque nous avons été infiltré, quelques semaines avant notre victoire dans la bataille pour une loi contre les signes religieux par quelques personnes, dont le leader, venait de la LCR et de la CGT du Livre. Nous nous sommes aperçus ensuite qu’ils se préparait à une dérive doriotiste, qu’il pratiquait ce que nous appelons la laïcité usurpée, et qu’il ne faisait pas de différence qui, pour nous est centrale, entre des croyants musulmans d’une part et des intégristes et djihadistes d’autre part et qu’ils étaient contre le clivage gauche-droite, contre la lutte des classes, qui pour nous sont centrales. Après notre surprise vu la provenance de ces personnes, nous les avons convoqués à une réunion d’explication pour les confondre, ils ont préféré ne pas venir et sont partis créer Riposte laïque qui dès sa création a travaillé avec l’extrême droite identitaire.

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