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31 mars 2022 4 31 /03 /mars /2022 05:01

Décidément, on n’en sortira jamais de ces anglo-américanismes à la mords-moi.

 

Un nouveau grand ensemble est en construction à Lyon. Très objectivement, je trouve qu’il a de la gueule. Mais si je ne suis pas expert en architecture, je me pique (ouïe !) de réfléchir aux faits de langue. Et, fatalement, cette affiche m’horripile.

 

On nous annonce donc, sur internet, rien moins qu’une « nouvelle icône pour l’entrée sud de la Part-Dieu ». Rien de plus tautologique que le mot icône, puisqu’il s’agit d’un signe qui ressemble à son référent. Rien de plus tautologique que le titre de l’article promotionnel d’Audrey Desfève : « L’immeuble New Age entre dans une nouvelle ère ». Traduction : l’immeuble nouvelle ère entre dans une nouvelle ère ! Pour rigoler, remplacez le mot “ immeuble ” par le mot “ casserole ”.

 

Et puis une icône traîne derrière elle, ce qui ne mange pas de pain, une légère connotation religieuse, chez les orthodoxes en particulier. Bref, une icône symbolise, représente, produit du mystère.

 

Alors, de quoi parle-t-on ici avec ce « nouvel âge », avec cette nouvelle ère qui a un mérite formidable : on ne sait pas quand elle a commencé et on ne sait pas combien de temps elle durera ? Disons jusqu’au jour où le système économique aura trouvé un nouveau jouet, une nouvelle manière d’attirer le chaland et de faire du bizness.

 

Le nouvel-âge est, comme disent les Africains, « affaire de Blancs ». C’est un courant spirituel occidental, gazeux, pour reprendre un terme cher à Mélenchon, où les individus (plus de groupes, trop dangereux) bricolent une syncrétique de croyances et de pratiques visant à les transformer dans le but de changer l’humanité. Est par exemple utilisé le concept de millénarisme pour définir une ère – qui sera à l’opposé de la précédente avec ses tensions et ses conflits – où règnera l’harmonie. Ah, si les Ukrainiens, les Érythréens, les Yéménites etc. avaient su…

 

Pour terminer. Sur une note plus légère, j’emprunterai une phrase parmi d’autres de l’article promotionnel qui m’a bien diverti, rédigée dans une langue à vomir : « Le bâtiment historique sera coiffé d’un rooftop [un toit aménagé ?] de près de 450 m², dédié [sic, consacré, affecté] notamment aux événements [calque de events, manifestations, réunions, soirées] d’entreprise – cocktails, afterwork [sic, après le travail], etc. »

 

Gommer artificiellement et pour quelques minutes les différences, les tensions, les hiérarchies, les conflits. Le rêve de l’entreprise à l’anglo-saxonne.

 

Construisons “ New Age ”
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commentaires

A
Du coup je suis allé sur Google et j'ai lu ça en entrée de page : " Le projet recompose l'ensemble immobilier en 3 volumes qui accueilleront à terme bureaux, espaces de coworking et de restauration dans une surface totale de 19 627 m2. Le bâtiment existant de 13 000 m2 est conservé et réhabilité. "<br /> Il y aura donc aussi du coworking . Ce qui est manifestement plus rassurant.<br /> Et puis je voulais voir la gueule de l'ensemble, c'est pas mal comme les perspectives des aménagements intérieurs.<br /> Plus généralement l'architecture est bien l'art qui ne laisse pas indifférent que ça soit à travers l'idée que l'on peut avoir devant ou à l'intérieur d'un bâtiment ou par l'influence diffuse qui s'en dégage. Qu'on pense, à ce sujet, la manière dont sont conçus les lieux de cultes, depuis des siècles, ou bien nos bibliothèques modernes ou nos musées.<br /> Pour ces raisons on peut être admiratif des architectes qui doivent faire des compromis en permanence entre des contraintes contradictoires. Entre les contraintes techniques, les coûts, leur ambition artistique ou encore l'environnement. Et au final faire en sorte que le bâtiment satisfasse exactement à sa destination.<br /> On peut imaginer que l'architecte conçoit toujours son œuvre comme une sculpture à l'échelle XXXL.<br /> Il me semble que l'exemple le plus abouti et le plus emblématique de cette affirmation est La Maison sur la cascade (Fallingwater ) célèbre maison de style Prairie School-moderne-organique construite pour Edgar J. Kaufmann (en) entre 1935 et 1939, par l'architecte américain Frank Lloyd Wright. Maison sur la cascade - Vikidia, l’encyclopédie des 8-13 ans.<br /> Maison qui a été pastichée dans le film d'Alfred Hitchcock, La mort aux trousses.
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