Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 mars 2022 1 21 /03 /mars /2022 10:08

 

 Quand une expression devient à la mode dans les médias, je me méfie. Quand cela prétend relever du bon sens, je me hérisse et sors mon revolver. Ainsi en est-il de « pouvoir d’achat ». Une expression brouillard qui nous empêche de réfléchir à la consommation, au pouvoir des citoyens sur leur environnement socio-économique, à l’indexation des salaires sur les prix. Une expression qui s’agrège à d’autres tout aussi floues comme « un salaire décent », le « mieux-vivre », les « jours heureux ». La plupart des syndicats, et même Fabien Roussel, sont tombés dans ce piège.

 

Or, de même que « gagner plus » ne doit pas être nécessairement corrélé à « travailler plus », sauf dans la droite orthodoxe style Sarkozy, la notion de « pouvoir d’achat » n’est pas forcément cousine de l’augmentation des salaires. Et vice-versa. Mettre en avant le pouvoir d’achat, comme le font les politiques et de nombreux représentants des travailleurs, c’est dédouaner le patronat de ses responsabilités. Et c’est surtout masquer sa politique. Les employeurs ne sont pas hostiles à une augmentation du pouvoir d’achat tant que ce sont les salariés qui se la payent par le biais d’une diminution des « charges » sociales, en fait des cotisations sociales qui sont du salaire différé, un outil d’égalité entre les citoyens en tant qu’acteurs économiques, une protection tout particulièrement pour les 20% des salariés les plus pauvres dans un pays comme le nôtre. Si la notion de « salaire différé » était martelée aussi souvent celle de « pouvoir d’achat », les salariés seraient beaucoup plus combattifs car ils cesseraient d’être bernés par des idéologues qui ne dominent que parce qu’ils sèment la confusion dans les esprits.

 

La politique de nos gouvernants est de déconnecter le contenue de notre porte-monnaie aujourd’hui avec la protection sociale que nous méritons au cours de notre vie, retraites incluses, en nous faisant oublier que cette protection, c’est nous qui la payons (avec nos employeurs). Nous polariser sur le pouvoir d’achat, c’est instiller dans nos têtes qu’à terme ni l’État – la société, donc – ni les employeurs ne devraient être responsables de notre existence en tant qu’être sociaux et agents économiques. C’est, en conséquence, poser le libéralisme comme un système indépassable, intouchable. Des pays démocratiques et autrefois progressistes, comme la Norvège par exemple, ont bien avancé dans cette voie.

 

Selon l’INSEE, « le pouvoir d'achat du salaire est la quantité de biens et de services que l'on peut acheter avec une unité de salaire. Son évolution est liée à celles des prix et des salaires. C'est ainsi que, si les prix augmentent dans un environnement où les salaires sont constants, le pouvoir d'achat diminue alors que si la hausse des salaires est supérieure à celle des prix le pouvoir d'achat pourra augmenter. La notion ici retenue est le salaire mais le raisonnement s'applique à l'ensemble des ressources (travail, capital, prestations familiales et sociales...) ».

 

Depuis un demi-siècle, l’idéologie dominante a progressé à un point tel que proposer, en temps de crise, le blocage de l’essence, par exemple, relève d’une insupportable dictature (soviétique, forcément soviétique). Or ce type de mesure était banale à l’époque de De Gaulle et de son ministre de l’Économie et des Finances Giscard d’Estaing. L’expression et la pratique du « contrôle des prix » ont disparu en 1986 sous Mitterrand qui avait voulu rompre avec le « dirigisme inflationniste » qui caractérisait la politique de la France depuis la Libération. Une ordonnance gouvernementale en abrogeait une autre : « L'ordonnance n° 45-1483 du 30 juin 1945 est abrogée. Les prix des biens, produits et services relevant antérieurement de ladite ordonnance sont librement déterminés par le jeu de la concurrence. »

 

Le libéralisme a été théorisé par von Hayek comme la possibilité – en fait l’obligation – de donner plus de marges de manœuvre, de rémunération, de pouvoir au capital (La route de la servitude). C’était en 1944. On n’est pas près de (et prêts à) remonter cette pente mortifère.

 

« Pouvoir d’achat », la nouvelle expression à la mode
Partager cet article
Repost0

commentaires