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21 juin 2022 2 21 /06 /juin /2022 05:04

Toujours donner le lieu d’où l’on parle : je ne suis nullement climato-sceptique. L’âge aidant, j’ai eu le temps d’observer que les hivers rigoureux – en France pour ne parler que de notre pays – étaient de plus en plus espacés et que les étés caniculaires étaient de plus en plus rapprochés. J’ai eu également la possibilité d’observer, en effectuant à de nombreuses reprises, autour de 1985, la randonnée pour moi mythique du Glacier blanc, que celui-ci reculait annuellement de 50 à 60 mètres.

 

Ainsi donc, en juillet 1947, il fit 40°4 à Paris. Mes parents, qui se marièrent en ce beau mois dans le nord de la France, ont dû sentir passer la chaleur, bien plus accablante qu’à Alger ou Ajaccio. Mais lorsque je naquis en mai 1948, le printemps pourri annonçait un été encore plus pourri, limite froid.

 

Fait chaud ! Rien de neuf sous le soleil…

Ne me demandez pas d’expliquer les aberrations climatiques, qui ne datent pas d’hier apparemment. Je n’ai aucune compétence en la matière. Mais je me souviens, par exemple, très nettement, de l’hiver 1970. Il neigea de manière très inhabituelle à Poitiers où il fit -11° début janvier, avant un redoux exceptionnel en février. Á Val d’Isère, le chalet de l’UCPA fut enseveli par une avalanche. On compta 39 morts. Au même moment, venue de Belgique et du nord du pays, une tempête d’une extrême violence balaya des régions entières. Le vent avait une force telle que des vaches se retrouvèrent au sommet d’arbres. Mars et début avril connurent des giboulées comme personne n’avait vues de son vivant. Mi-avril, il fit 25 degrés en pays de Loire. La fonte des neiges provoqua des glissements de terrain en montagne. Le sanatorium du plateau d’Assy s’effondra et 71 personnes dont 56 enfants périrent dans leur lit. Pour beaucoup, sans se rendre compte de quoi que ce soit.

 

Il se trouve qu’au début des années 1980, il y a donc 40 ans, j’enseignais à l’Université nationale de Côte d’Ivoire, à Abidjan où il n’a jamais fait froid, et que j’avais pour amis et collègues une joyeuse bande de physiciens de l’atmosphère. De météorologues, pour parler simplement. Ils étaient tous bardés de doctorats divers et variés et étudiaient, de manière très pointue, des phénomènes climatiques dans la région.

 

On parlait déjà à l’époque de réchauffement, de l’effet de serre (greenhouse effect, comme on disait dans les publications scientifiques), de fonte de la calotte polaire (l’arctique, en attendant pire). Me souvenant qu’une des causes de la Révolution française était que, des dizaines d’années durant, le peuple avait crevé de faim en raison, tantôt d’hivers glaciaux, tantôt d’hivers pourris, je leur demandai un jour si le réchauffement était structurel ou conjoncturel. Ils étaient six ou sept devant moi et j’obtins six ou sept réponses différentes : du conjoncturel péremptoire au structurel accablé.

 

Nous étions fin juin et je leur posai une question de rattrapage : qu’elles étaient leurs prévisions pour l’été dans le nord de la France ? Ils me répondirent qu’ils étaient capables de prévoir le temps à cinq jours avec 95% de réussite. Au-delà, il fallait s’en remettre aux prévisions de la grenouille d’Albert Simon à Europe 1. C’est dire que, pour eux, les prévisionnistes à un ou deux mois étaient des foutriquets. Ils prévoiraient aujourd’hui, grâce aux progrès scientifiques, à dix jours. Pas plus.

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commentaires

A
Pour le vulgum pecus, c'est à dire moi, c'est vrai que dans bien des domaines le nez sur le guidon du quotidien on aurait tendance à juger de tout sans recul. Les mouvements lents et profonds sont imperceptibles. Leurs dynamiques ne sont pas moins déterminants car ils agissent, brique après brique, de manière irréversible jusqu'à ce qu'ils s'effondrent d'eux-mêmes lorsqu'ils sont arrivés au bout de leur viabilité. <br /> Il me semble que c'est vrai dans le domaine dont il est question ici mais aussi dans le domaine politique car par exemple, pardon pour cette digression, le succès du RN si il tient à une une situation conjoncturelle à savoir l'addition du libéralisme et du macronisme, il est l'aboutissement d'une longue trajectoire commencée dans les années 70. <br /> Le Libéralisme et le macronisme ne suffisent pas à expliquer ce phénomène car en cours de route d'autres facteurs imperceptibles sont venus s'agréger et produire la situation que nous connaissons. <br /> Mais comme pour le climat il me semble, toujours, que nous ne sommes pas arrivés au terme de ces mouvements. <br /> Le climat est un bon exemple de l'esprit qui gouverne les hommes car c'est un phénomène dont on peut constater l'évolution scientifiquement car si 10 jours restent les limites des prévisions météo, les courbes des températures étudiées sur le long terme dessinent les évolutions. <br /> Bien évidemment les climato-sceptiques pourraient, entre autres arguments, faire remarquer que la mondialisation de l'actualité au jour le jour peut fausser la vision que nous avons du monde car ces phénomènes n'étaient peut-être pas moins présents dans le passé mais aujourd'hui le flot continu de l'info internationale crée un lien dans nos esprits entre le tsunami du Japon, les incendies en Californie et la sécheresse ici. Nos mémoires personnelles restent quand même et malgré toute leur subjectivité une bonne appréciation de l'évolution climatique. Je pendrai pour exemple les épisodes cévenoles. Avant 1988, ici à Nîmes c'était un phénomène inconnu et mon épouse née à Nîmes n'avait jamais connu ces inondations. Bien sûr notre région connaissait le phénomène de précipitations brusques et importantes. Pour s'en convaincre il suffit de constater la largeur du lit du Gardon à Ales. L'espace réservé au filet d'eau qui court en temps normal paraît surdimensionné mais laisse deviner ce qui peut en être parfois. Donc depuis 88 il y a bien eu un changement au niveau de ces précipitations du point de vue de leur ampleur et de celui de leur périodicité. Maintenant il est vrai que ce constat ne répond pas à la question qui concerne l'évolution réelle du climat et que seuls les scientifiques peuvent nous éclairer sur la réalité. <br /> Mais je prendrai l'exemple de la pêche pour rappeler un constat que tout le monde peut faire et qui est une indication de la pente prise par notre environnement, celui qui va du milieu jusqu'aux espèces, dont nous, qui s'y trouvent. Le progrès scientifique a non seulement supprimé les aléas attachés à cette activité, ce qui peut être un progrès, mais il a permis de traquer avec précision les bancs de poissons et d'en pêcher la plus grande quantité possible. Alors on peut discuter sans fin des avantages comparatifs et des inconvénients d'avant et de maintenant mais il n'empêche que j'ai constaté que, sur le bord de mer que je connais, les 4 ou 5 pêcheurs qui vendaient 3 ou 4 fois par semaine le produit de leur activité il y a seulement 4 à 5 ans sont aujourd'hui quasiment absents.<br /> Je veux revenir et terminer sur l'élection des 80 députés RN car si le climat que nous connaissons est apparemment la conjonction de causes naturelles et humaines, celui de la présence de ces hommes et de ces femmes à l'assemblée est le résultat de choix délibérés de politiques qui l'ont favorisée. C'est un événement d'une gravité extrême car le RN va profiter à plein des financements publics pour promouvoir sa haine d'autant que ses élus ont dorénavant le vernis de la notabilité que leur confère leur nouveau statut. Malheureusement ce parti, mieux qu'avant, est installé pour longtemps dans notre paysage politique et on en vient dès maintenant à discuter banalement dans nos médias de ces idées détestables et dont peu de personnes mesurent la gravité de leur conséquences que contiennent leur logique.
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