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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 05:01

En 2008, j'ai publié deux articles consacrés à la famille royale britannique sur le site du Grand Soir. Je me permets, jubilé oblige, de les reprendre ici.

Je voudrais évoquer ici quelques secrets de famille, qui ne le sont plus vraiment, concernant la famille royale britannique. Pour l’anecdote, ces secrets expliquent peut-être les comportements franchement déviants des plus jeunes rejetons royaux : port d’accoutrements nazis, beuveries multiples et variées.

On pourrait par exemple commencer par l’attitude de la défunte princesse Margaret, sœur cadette de la reine, lors d’une projection officielle, en 1993, du film de Steven Spielberg, La liste Schindler. L’épisode qui met en scène des soldats nazis et des chiens policiers se jetant sur des prisonniers juifs terrorisés provoqua chez la princesse une réaction très vive : elle se leva de son siège en déclarant qu’elle refusait de rester une minute de plus car elle ne voulait plus « entendre un seul mot sur les Juifs ou sur l’holocauste », en ayant suffisamment soupé « pendant la guerre ».

 

Dans la famille royale, le tropisme allemand est indéniable. La reine mère, décédée en 2002 à l’âge de 102 ans, dont certains affirment – seul l’ADN pourrait l’attester – que sa mère était une servante dans le château du comte où elle est née (la Reine d’Angleterre serait alors issue de bâtarde !), avait des cousins qui, pendant la Première Guerre mondiale, se sont battus contre les Anglais. Sa belle-mère parlait anglais avec l’accent allemand.

 

En 1893, le futur George V avait épousé Marie de Teck (issue d’une vieille famille allemande), précédemment fiancée à son frère Albert, mort brutalement d’une pneumonie. Il avait coutume de dire que les pays étrangers étaient horribles : « Je le sais, j’y suis allé. » Il avait honte de la santé de son plus jeune fils John, épileptique et légèrement débile. Il le fit enfermer dans une ferme du Norfolk, où il mourut en 1919 à l’âge de 13 ans, après n’avoir eu comme contact familial que celui de sa mère.

Le père de la Reine Élisabeth, George VI, souffrit, sa vie durant, d’une santé très précaire. Il bégayait, son corps était ulcéreux, ses poumons faibles, ses jambes rachitiques. Dans l’intimité avec sa femme, le pauvre George était, comme on disait pudiquement, « nerveux », si bien que la future reine-mère dut être fécondée artificiellement à deux reprises, une procédure rarissime à l’époque. Cette reine-mère, dans les années soixante, soutint la cause des colons blancs en Rhodésie. Elle en voulut toute sa vie à Lord Mountbatten et à sa femme (« dont la mère était à moitié juive », serinait-elle) d’avoir dirigé le processus d’accession de l’Inde à l’indépendance. Deux de ses nièces (Katherine et Nerissa, cousine germaines de la Reine Élisabeth), handicapées mentales, vécurent jusqu’à leur mort dans le secret le plus absolu dans un hôpital psychiatrique du sud de l’Angleterre. Nerissa mourut en 1986. Katherine en 2014 à l’âge de 81 ans. Trois de leurs cousines (également apparentées à la reine) passèrent également plusieurs années en institution psychiatrique. Il faut savoir que ces cousines, à proprement parler déficientes mentales, savaient parfaitement à quelle famille elles appartenaient.

 

Encore que cette histoire ne soit pas totalement attestée (mais on a écrit des livres fort détaillés sur le sujet), il semble bien que la reine mère eut dans sa lignée un véritable monstre, Thomas, l’un des fils de ses arrière-arrière-grands-parents. Ressemblant à un « énorme œuf flasque » (enormous flabby egg), il naquit en 1821 dans l’aristocratie écossaise. Il vécut au moins cinquante ans dans l’un des châteaux de la famille. D’autres secrets purent être cachés : l’alcoolisme du roi George VI, l’homosexualité, avant son mariage, du prince Édouard. Avant la Deuxième Guerre mondiale, la reine mère était en faveur de la politique d’apaisement, et même de réelles concessions au Reich. En sirotant l’un de ses nombreux gins quotidiens, elle lut Mein Kampf dans son intégralité, avant de le recommander en ces termes à un ami : « même une lecture rapide vous montre à quel point l’homme est à l’évidence sincère. » Juste avant d’abdiquer, un mois avant l’occupation de la Rhénanie en mars 1936, le futur duc de Windsor envoya ses « vœux de bonheur » à Hitler pour son 47ème anniversaire (selon le biographe Andrew Morton dans Seventeen Carnations – The Windsors, The Nazis and the Cover-Up).

 

On ne saurait clore ce bref survol sans s’arrêter un instant sur Philippe d’Édimbourg, le mari de la reine. Bien que descendant de quatre familles royales (grecque, anglaise, danoise, russe), Philippe est né, après ses quatre sœurs, en 1921, sur la table de cuisine d’une petite maison de Corfou, sans eau, sans gaz, ni électricité. Son premier contact avec le monde fut donc une toile cirée. Son père était un Allemand, prince de Grèce, et sa mère une Allemande de la famille des Battenberg (« Mountbatten » étant la version anglicisé de ce patronyme allemand). Il apprit à communiquer par la langue des signes avec sa mère, sourde depuis la petite enfance. Son père, ayant servi le roi Constantin 1er obligé de s’exiler après la guerre gréco-turque de 1919-1922, fut banni de Grèce et s’installa neuf ans en banlieue parisienne (dans une maison louée par Marie Bonaparte, la protectrice de Freud), où il vécut de la charité de ses royales familles. En 1930, les autres sœurs de Philippe, qui avaient été élevées en Allemagne, épousèrent des dignitaires allemands. L’une des sœurs de Philippe baptisa son fils aîné Karl Adolf en l’honneur du Führer. Une autre sœur épousa Christophe de Hesse-Cassel, membre du Parti Nazi et de la Waffen-SS. Deux oncles du Prince Philippe, appartenant à cette branche, avaient été, pour l’un, messager de Hitler auprès de Mussolini et, pour l’autre, un des créateurs de la Gestapo. Philippe fut abandonné par son père à l’âge de dix ans. Sa mère fut internée, pendant deux ans, dans une clinique après une grave dépression nerveuse et un diagnostic de schizophrénie. Elle ne put assister aux mariages de ses filles. Philippe fut alors pris en charge par ses oncles George et Louis Mountbatten. En dix ans, Philippe fréquenta quatre écoles, dont la célèbre Gordonstoun, fondée par un Juif allemand réfugié en Grande-Bretagne. Il y régnait une discipline militaire de fer (deux douches froides par jour). Pendant les cinq ans de son séjour à Gordonstoun, Philippe ne reçut aucune visite de sa famille. Ce qui ne l’empêchera pas, plus tard, d’y envoyer son fils le Prince Charles. En 1944, la mère de Philippe vivait à Athènes dans « des conditions très humbles, pour ne pas dire sordides », selon le futur Premier ministre anglais Harold MacMillan. Lorsque Philippe épousa la future reine, sa mère était présente, mais pas ses sœurs. La mère du Duc d’Édimbourg, dont les filles doivent beaucoup à l’Allemagne nazie, demanda à être enterrée sur le Mont des Oliviers, en Israël. Elle fut honorée comme une « Juste parmi les nations » pour avoir caché une famille juive pendant la guerre. Sur les photos, c’est une très belle femme.

 

 

Revue de presse 409
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commentaires

A
Merci pour ce rappel historique de la famille royale d'Angleterre. Nous sommes au XXIème siècle et il est toujours étonnant de constater cette attirance pour la royauté, même pour nous, Français, qui avons tout de même provoqué une Révolution pour essayer d'avoir un système plus égalitaire : système qui demanderait une révision de la Constitution de 1958, ne serait-ce que l'article 16. Reconnaissons modestement et justement que certains présidents de notre République ont (et ont eu) tendance à se conduire comme des roitelets (on n'ose écrire dictateurs), soutenus en cela par un entourage servile et fort concupiscent ! <br /> D'autre part, la consanguinité n'a jamais rien donné de bon et ces mêmes familles royales n'en sont-elles pas un exemple édifiant ? Remarquons toutefois qu'en Angleterre, les deux petits-fils d'Elisabeth II ont eu l'heureuse idée de ne pas épouser des... cousines !
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A
Nous pourrions comprendre les raisons qui sont avancées pour justifier l'existence des rois aux premiers temps de l' humanité. Mais même dans ces hypothèses nous nous demandons si ces nécessités sont supposées ou réelles et si par une inversion des causes et des effets ce n'est pas plutôt le désir de certains d'être roi qui a justifié l’invention d’une nécessité sociale.<br /> En tout cas le goût pour les rois ou les reines est largement partagé par les hommes. Et même si nous constatons que cet état d'esprit est entretenu culturellement pour des raisons, qu'on nous permette, de trouver spécieuses, on reste définitivement accablés de voir tant de gens cultiver et justifier un esprit de soumission volontaire. La preuve par la foule qui remplissait le Mall ces derniers jours face à Buckingham. Il ne faut se tromper car il en serait de même en France<br /> Quant à ces mariages royaux aux arrangements amphigouriques pour préserver des royaumes, des possessions au sein d'une même lignée l'exemple le plus extreme et "le plus célèbre est celui de la dynastie des Habsbourg d'Espagne (entre le XVIe siècle et le XVIIe siècle), où les multiples mariages consanguins ont entraîné notamment une malformation de la mâchoire et un grand nombre de décès prématurés ", et pour finir la fin de la dynastie et l'installation du petit fils de Louis XIV sur le trône d'Espagne.<br /> Un peu à l'image de ce qui se passe aujourd'hui, avec les USA en Ukraine, où la puissance dominante de l'époque, la France, installait un des siens dans un pays pour en faire un allié. Sauf que jamais ces calculs n'assurent des associations pérennes.
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