Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 juin 2022 7 26 /06 /juin /2022 04:28

Quand on veut trop bien faire... Et qu'on prouve, à son corps défendant  qu'on ne “ dit ” pas mais qu'on “ est dit ”.

 

Voulant remercier ses militants le soir de son élection, Sandrine Rousseau a fait une curieuse faute de grammaire, en voulant parler de manière inclusive. Enseignante et chroniqueuse RTL, Lisa Kamen analyse, à partir de cet exemple, les limites de l'écriture inclusive.

 

« Merci pour la campagne que vous avez fait et faite. » Sur le ton lyrique qu’on lui connaît et avec des airs de télévangéliste, c’est par cette étrange phrase que Sandrine Rousseau a congratulé son équipe dimanche 19 juin, soir de son élection à la députation. La France entière a sursauté. Enfin, tous les Français ayant dépassé le CM1 parce qu’ils se souviennent qu’aux temps composés, le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct s’il est placé avant le verbe. En l’occurrence, le pronom relatif que, dont l’antécédent féminin est « campagne » était placé avant le verbe.

 

La seule option possible était donc : « La campagne que vous avez faite. »Point. Et zéro pointé pour Madame Rousseau qui s’est pris les pieds dans le tapis de la grammaire inclusive, vous savez cette nouvelle grammaire supposée éviter les « discriminations sexistes » par les usages linguistiques. Féminisation des noms de métiers, usage du point médian, comme dans mon titre, ou encore accord de proximité pour les adjectifs ,sont censés contribuer à anéantir la domination masculine…

 

L’écriture inclusive fait évidemment partie de la panoplie de cette « écoféministe » comme elle se définit sur Twitter. Elle devrait la manier sans difficultés. J’ai pris le temps d’examiner son fil et à part un vilain « une demie heure », je n’ai pas relevé d’erreur d’orthographe majeure. Madame Rousseau est universitaire, elle a même été vice-présidente de l’université de Lille : elle s’exprime correctement. Alors, pourquoi cette grossière erreur ?

 

L’écriture inclusive est source de confusion, elle porte en elle le virus de la dysorthographie et le chaos grammatical. Si elle provoque des fautes de ce type dans le discours d’une personne adulte ayant acquis sa langue sans difficulté, imaginez quels effets désastreux elle peut provoquer chez des enfants en cours d’apprentissage, a fortiori ceux qui rencontrent des difficultés. Les personnes qui en prônent l’usage portent une grande responsabilité car l’écriture inclusive a surtout l’effet d’exclure.

 

L’orthographe et la grammaire françaises sont réputées compliquées. La maîtrise de leurs arcanes demande plusieurs années d’apprentissage et une attention permanente à des millions d’élèves et à leurs professeurs. Il suffit de lire quelques phrases en écriture inclusive pour apprécier leur illisibilité. Même de bons lecteurs se trouvent en difficulté devant tant de signes diacritiques, tant de « possibilités grammaticales ». Et c’est sans doute ce qui est arrivé à Madame Rousseau qui s’est rendue coupable d’hypercorrection : son militantisme féministe l’a poussée à en faire trop.

 

Bien que favorables à la féminisation de la langue, trente-deux linguistes ont publié une tribune collective en septembre 2020, estimant l'écriture inclusive profondément problématique. « Outre ses défauts fonctionnels, l’écriture inclusive pose des problèmes à ceux qui ont des difficultés d’apprentissage et, en réalité, à tous les francophones soudain privés de règles et livrés à un arbitraire moral. »

 

Toutes les réformes orthographiques précédentes ont eu pour objectif la simplification de la langue. L’écriture inclusive, elle, a pour résultat d’exclure d’office les élèves en difficulté et de provoquer une instabilité linguistique. Au passage, on observe souvent que les plus militants abandonnent d’eux-mêmes l’écriture inclusive après quelques lignes tant elle complique l’écriture.

 

Dernier point ! À ceux qui veulent « renverser la table », détruire le système et changer la société : un discours est beaucoup plus efficace lorsqu’il est beau ; il faut commencer par maîtriser l’exercice pour s’en affranchir et improviser ; la virtuosité d’un Clemenceau, d’un Victor Hugo ou d’un Zola qui ne s’amusaient pas à pervertir la grammaire mais la maîtrisaient parfaitement est bien plus puissante que les simagrées sans style d’Europe Écologie les Verts et les Vertes. Les Vertes et les Verts. Oh et puis je ne sais plus !

 

Sandrine Rousseau ou les raté.e.s de l’écriture inclusive
Partager cet article
Repost0

commentaires

A
Comme on dit " le diable est dans les détails " si jamais on considère que cette faute intentionnelle est un détail qui vient bousculer une règle grammaticale qui s'impose même à des fins politiques.<br /> C'est amusant comme tous ces gardiens de la bienséance de tous ordres sont pointilleux avec certaines personnes. D'accord Sandrine Rousseau aurait pu s'éviter cette ( très petite ) provocation. <br /> Avant la campagne présidentielle je ne connaissais pas Sandrine Rousseau. Depuis beaucoup. Non pas par ce que j'ai entendu directement d'elle mais par tous les commentaires qui s'intéressent à elle et à ses dires. Par exemple le dernier venant de Bernard Montiel dont on connaît la tendresse qu'il porte au couple Macron et qui la qualifie de dangereuse et agressive. Pourtant et ce n'est pas ici que je rappellerai d'autres violences nombreuses et de toutes sortes dont sont responsables le couple et ses séides. <br /> Souvenons-nous aussi des oppositions manichéennes Jadot/Rousseau et j'en passe et des meilleurs.<br /> Alors par une réaction qu'on pourrait juger simpliste j'en suis venu à apprécier Sandrine Rousseau d'autant que depuis je suis ses dires et ses choix. J 'avoue que la solidité de caractère et de conviction dont elle fait preuve face à une meute de contradicteurs ( elle est souvent seul face à ses opposants affichés ou déguisés en journaliste ) elle sait être inébranlable.<br /> On constatera que la machine à dévaluer non pas politiquement - car que peuvent-ils lui opposer politiquement ? - mais humainement fonctionne sur le même principe que celui utilisé pour Mélenchon. <br /> Alors oui c'est con ce fait/faite mais j'espère que Lisa Kamen que je ne connaissais pas mais que je salue au passage est aussi pointilleuse, j'ose pas dire exigeante, sur les analyses politiques qu'elle peut faire à propos de la politique jupitérienne.
Répondre
J
Tout à fait d'accord avec ce billet.
Répondre
C
Ouais, moi aussi. Ca contribue méchamment à me basculer dans la génération sortante, cette inclusivité. <br /> Avec son côté clivant et moralisateur, l'injonction féministe (?) est bien un moyen de monter les gens les uns contre les autres, donc de les éloigner des combats pertinents et des véritables enjeux (lutte des classes, impérialisme guerrier, démocratie...). Le burkini est dans la même catégorie, non ? <br /> Iels se donnent bonne conscience quant iels abusent des formulations du type « les salarié.e.s et leur.e.s représentant.e.s soutiendront les droits des migrant.e.s face aux employ.euse.eur.s... » : la littérature syndicale me semble être un champ particulièrement problématique puisque déjà la crédibilité des organisations chancelle. Mais l'administration y vient... <br /> Persuadé qu'on devrait bêtement conserver au masculin sa valeur générique, je regrette néanmoins qu'en 1676, le père Bouhours ait justifié ainsi une masculinisation pas si innocente : « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte ». <br /> Décidément je tourne passéiste réactionnaire.