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2 juillet 2022 6 02 /07 /juillet /2022 04:12

Ces trois linguistes, qui me sont très familiers, cheminaient à mon côté. Soudain, je me dis qu'ils (pardon : ielles) possédaient une masse de connaissances considérable, étant spécialistes, entre autres, des verbes prépositionnels et verbes à particule, du norois, du vieil-anglais, des constructions détachées en rupture, plus généralement des grammaires anglaise et française.

 

Et je me dis aussi qu'ils appartenaient à un temps révolu, celui où l'université française était le royaume de la science, de la connaissance, de l'épanouissement, de la culture.

 

Place, désormais, aux compétences. Aux projeeeeets. Á l'alignement sur le modèle anglo-saxon. Au classement de Shanghai auquel il faut se plier. Á l'immédiateté. Á la précarité. Á la “ visibilité ” et à la “ lisibilité ”. Á la concurrence féroce de tous contre tous.

 

Il est tout à fait normal que ces mutations passent en priorité par l'enseignement supérieur où les bataillons sont beaucoup moins importants que dans le secondaire. Cela n'a que peu à voir avec les individus, qu'ils soient jeunes ou vieux. Et cela n'a rien à voir, non plus, avec l'éthique personnelle des personnels. Pourquoi l'université est-elle un ventre mou face au rouleau compresseur du libéralisme et du capitalisme financier ? Parce que les établissements sont “ autonomes ”, parce qu'on ne cesse de faire appel à du financement privé pour la création de chaires et pour des projets de recherche, et parce qu'un nombre croissant de cursus sont désormais payants. Lorsqu'elle dirigeait, il y a peu, une université scientifique, l'actuelle ministre des Universités a parfaitement incarné ce type de philosophie et de pratiques. Elle s'adressait surtout aux enfants des classes moyennes supérieures et éduquées. Ceux dont les parents pouvaient – et pourraient de toute façon – payer.

Quand j'étais étudiant, des chercheurs comme Baudelot, Establet, Passeron, Bourdieu avaient démontré que l'Université, l'Éducation nationale plus généralement, ne corrigeaient pas les inégalités sociales. Elles sont aujourd'hui une machine à les creuser.

 

Trois linguistes
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