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25 août 2022 4 25 /08 /août /2022 05:01

Selon la dernière campagne du Planning familial. Et j'ajouterais : et mon cul c'est du poulet.

 

Observez cette illustration où l'on a atteint les tréfonds du pire confusionnisme. Deux créatures. A gauche, une femme à barbe qui caresse le ventrounet de son chéri enceint, un homme chauve, myope, noir et qui a été fécondé. On ne sait trop comment, mais on "sait" que les hommes peuvent être enceints. Et moi je sais que si ma tante en avait, comme on disait à l'école primaire dans les années cinquante, elle s'appellerait "mon oncle" et risquerait des problèmes de prostate.

On sait que les hommes peuvent être enceints

 

Comment s'étonner que les critiques de cette horreur viennent en priorité de chez Zemmour ou Le Pen ? A force de courage, de ténacité, grâce au dévouement de milliers de militantes et militants qui se sont battus pendant plusieurs dizaines d'années, le Planning familial, association progressiste, a fait bouger les lignes, a changé la société. Grâce au Planning, la cause des femmes a fini par être entendue. Pour jouir de leurs droits légitimes, les femmes n'eurent plus besoin de se cacher. Les réactions des Le Pen et Zemmour de l'époque, sans parler de celles de l'Eglise catholique dans sa majorité, furent violentes mais l'obscurantisme perdit son combat d'arrière-garde. Alors, aujourd'hui, les fafs boivent du petit lait.

 

Dans le sillage des aberrations étasuniennes où l'on vend des hormones comme on vend des bonbons à des parents qui veulent changer le sexe, pardon : le genre, de leurs enfants, d'aucuns chez nous ont oublié qu'on ne commande à la nature qu'en lui obéissant.

 

Les militantes et militants débloquants à plein tube d'aujourd'hui ont peut-être oublié qu'il y a cinquante ans Mastroianni s'était retrouvé enceint dans un film qui avait fait quelque bruit. Mais le brave Marcello avait abusé du poulet aux hormones dans une pochade qui ne se prenait pas au sérieux mais qui posait de vraies questions sans pour autant terroriser les masses assoupies dans la France pompidolienne où, cela dit, l'accès à la contraception était encore hésitant et où l'avortement était passible des assises.

On sait que les hommes peuvent être enceints

Des militants de gauche ont mis en garde contre cette dérive ridicule. Comme Hélène Franco, anciennement mélenchoniste, désormais proche du parti communiste, Cécile Pina, proche du parti socialiste, ou encore Pierre Minnaert-Guinedor, délégué au conseil fédéral d'EELV. Le Planning envisage des porter plainte contre ceux qui osent le critiquer. La terreur, toujours la terreur. Je lui souhaite bien du courage, pour ne pas parler de plaisir. Il sera heureusement soutenu par Greta Thunberg, Anne Hidalgo et Clémentine Autain, toujours en quête d'un wagon sociétal à raccrocher.

Deux petites dernières pour la route. L'auteur de l'affiche ci-dessus a également commis celle qui suit. Bien sûr, plus d'il : un iel d'autorité. Une femme musulmane, basanée, voilée. Portant pantalon et petite jupette fleurie. Un homme blanc qui en a : du poil... aux bras, ouf ! Une poitrine quasi féminine et un ventre prometteur. Pas de barbe. Et puis cette affirmation selon laquelle il y a plus de genres que de contraception (sans s). Comme il y a quatorze objets contraceptifs sur la table, on attend la liste des genres.

 

Au Pays de Galles, la police a expulsé sans ménagement des femmes lesbiennes de la marche des fiertés parce que leur présence « incitait à une confrontation » avec des hommes biologiques qui s’identifient comme des femmes transgenres.

Pourquoi ai-je du mal à visualiser ce dont on parle ici ? Parce que, comme disait Verlaine,

Suis-je né trop tôt ou trop tard ? 
Qu'est-ce que je fais en ce monde ? 
O vous tous, ma peine est profonde : 
Priez pour le pauvre Gaspard !

On sait que les hommes peuvent être enceints

J'en profite pour renvoyer à une lettre ouverte à la Première ministre de deux militantes féministes, Marguerite Stern et Dora Moutot, sur les dérives du Planning familial. Parue dans Marianne.

 

PS : J'ai publié cette note sur le site du Grand Soir, un site nettement marqué à gauche dont je suis l'un des quatre administrateurs. Un lecteur très engagé, cultivé et qui signe d'un pseudonyme un peu ridicule (alors que les administrateurs du GS n'avancent pas masqués) s'est déchaîné contre moi en me prêtant des intentions que je n'avais pas. Je n'ai pas accepté de répondre sur les site du Grand Soir car je ne discute ou ne polémique jamais avec des gens qui m'insultent. Mais ici, je suis chez moi et donc je m'autorise à reproduire une partie des attaques de mon antagoniste, puis ma réponse.

 

 

« M. Gensane, vous parlez avec toute évidence de ce que vous ne comprenez pas. Si vous aviez dans votre entourage, une personne que vous aimez et qui est trans, vous ne vous permettriez pas ce genre de raccourci fallacieux. »

 

J’ai.

 

Lorsque l’on veut dialoguer, voire polémiquer (« article indigne » qui « pue la naphtaline », « vous ne connaissez pas la différence entre sexe et genre », « se dire de gauche et avoir un ressenti de droite »), il faut éviter de fournir les réponses aux questions que l’on pose. Et de clore le débat avant même qu’il ait commencé par des « point-barre » terrorisants.

 

Ainsi donc, dans mon entourage, j’ai deux personnes concernées par ce problème. Blanches, athées, mouvance universitaire, homosexuelles, 20 et 30 ans, moyenne bourgeoisie. Mutation dans le sens homme-femme. Pour la plus jeune, c’est en bonne voie, pour la plus âgée, c’est réalisé depuis un an. Je suis désolé de ne pas pouvoir ratisser, comme le PF, du côté des musulmans et des Noirs.

 

La personne la plus jeune est dans une grande souffrance. Physique, mais aussi psychique. Elle ne regrette nullement les quatre-cinquièmes du chemin accompli, s’est choisie un prénom féminin (un vrai, pas du genre Claude ou Dominique), elle veut aller de l’avant mais ne cesse de regarder en arrière. Elle voit un psy pour cela. Mais le pire, peut-être, pour elle, est que son père, qui avait déjà eu du mal à faire semblant de ne pas se rendre compte qu’il avait un fils homo, la reniera à tous les coups lorsque la mutation sera accomplie. Elle pense par ailleurs que le couple de ses parents explosera à ce moment-là et s’en sent déjà coupable. La personne trentenaire n’évoque qu’un seul problème, celui de sa voix à laquelle elle ne se fait pas mais qu’elle s’oblige à forcer vers des tessitures féminines. Accessoirement, comme elle mesure depuis longtemps plus d’1m80 et qu’elle s’obstine à porter des chaussures à talon haut, elle a de sérieux problèmes d’équilibre dans les rues de Lyon et d’ailleurs.

 

Les documents du PF publiés ici ne sont rien d’autre que des pubs. En tant que telles, comme 95% d’entre elles, elles sont réductrices, racoleuses et mensongères. C’est à ces pubs et à la démarche qui les sous-tend que je m’en prenais dans ce billet, certainement pas aux transgenres.

 

PPS : J'ai également publié ce texte dans le Club de Mediapart. Aucune réaction outrée à mon intervention. Au contraire : une réflexion fort utile de Luc Rigal, un de mes correspondants : 

 

Conséquence de la pénétration de l’intersectionnalité dans le féminisme, donc du communautarisme. La théorie du genre de Judith Butler a fait le reste. Or, cette théorie repose sur une construction qui a fait, depuis son apparition (1990), l’objet de critiques sur son insuffisance rationnelle. La norme hétérosexuelle, ou « hétéronormativité », serait une pure codification sociale qui engendrerait l’aliénation individuelle dans sa représentation de soi et enfermerait ses comportements dans un schéma réducteur. Or le genre est la conséquence inévitable d’une nécessité pour l’humain de traduire symboliquement le fait biologique de la différenciation sexuelle, l’individu ne s’y conforme qu’en tant qu’il se construit symboliquement. La tendance néoféministe qui condamne le modèle hétérosexuel mâle occidental semble prendre l’ascendant dans cette association historique consacrée au soutien des femmes. Mais c’est l’ultime version du transgenre vantant la licence narcissique de changer d’identité sexuelle à l’envi qui s’exprime à travers sa propagande. Ce n’est plus « on ne naît pas femme, on le devient », mais tout le monde peut désormais accéder à l’identité de femme à condition qu’il le décrète comme tel, homme compris. Une perversion logique qui traduit une volonté de puissance mal embouchée."

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