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7 octobre 2022 5 07 /10 /octobre /2022 05:01
Michel Pinçon ou l’art de démasquer l’oligarchie. 
Repris du blog L'Insoumission

Les riches ont des noms, des adresses, des goûts et une idéologie : il faut les nommer, les montrer

Le couple Pinçon-Charlot (puisque c’est sous cette dénomination que la plupart d’entre nous les avons découvert) se forme à Lille en 1965. Monique témoigne : « Ça a été un coup de foudre réciproque, entre deux boiteux qui avaient des névroses de classe inversées ». Elle est fille de magistrat, il vient d’une famille ouvrière. Leur camp sera celui des opprimés contre les dominants, les bourgeois, les capitalistes. Ils suivent les traces du sociologue Pierre Bourdieu. « Michel a toujours été habité par cette volonté de comprendre les injustices, qu’elles soient sociales, économiques, et surtout symboliques, celles dont il a le plus souffert lui-même » raconte Monique.

Michel et Monique Pinçon-Charlot ont remis au goût du jour l’étude des classes sociales. La plupart de leurs confrères, eux, théorisaient la fin de classes et la « moyennisation » de la société. Ils font partie des premiers à avoir eu cette intuition : les riches ont des noms, des adresses, des goûts et une idéologie. Ils ont UNE culture, ancrée dans un milieu social, une histoire et non pas le monopole de LA culture. Il faut les nommer, les montrer. Il faut connaître la cause de nos malheurs si l’on veut y mettre un terme. 

Les ultra-riches n’aiment pas la lumière. Ou seulement lorsque ce sont eux qui décident de l’angle des projecteurs. Depuis Dans les beaux quartiers (PUF, 1989) en passant par Les Ghettos du gotha (Seuil, 2007) jusqu’à Notre vie chez les riches (La Découverte/Zones, 2021),le couple de sociologues a écrit ensemble 28 ouvrages. Voilà autant de cailloux dans les bottines en daim de l’oligarchie.

Leurs ouvrages des études sociologiques sérieuses, poussées, qui permettent de situer socialement et historiquement la grande bourgeoisie. Ils donnent des armes. Ils permettent de critiquer cette idée selon laquelle le goût des bourgeois serait LE bon goût. Leur culture serait LA haute culture, leurs valeurs seraient universelles, quand les autres gens n’auraient le droit qu’à des sous-cultures, des opinions relatives et surtout, surtout du mauvais goût. 

 

Quand j’ai entendu leur nom pour la première fois en cours de SES en classe de terminale, j’ai su que je devais m’intéresser à leurs écrits. À contre-courant de leurs confrères théorisant la fin des classes sociales, Michel Pinçon et sa femme Monique ont rappelé qu’elles existaient toujours. Bel et bien. J’ai eu le privilège de les recevoir en conférence à la Sorbonne en 2018, lors de mes années à l’université. C’est là que j’ai mesuré leur célébrité au sein de ma génération. C’est à ce moment que mon admiration pour leurs travaux s’est confirmée une bonne fois pour toute.

Un de leurs derniers ouvrages s’intitule Les prédateurs au pouvoir. Michel Pinçon me l’a dédicacé à la fin de cette conférence. Il a écrit : « Pour Nadim. Pour que les prédateurs au pouvoir aient quelques ennemis. » Michel, merci pour tout ce que tu as enseigné. Nous continuerons ton combat, compte sur nous. Toutes mes pensées à sa femme, Monique Pinçon-Charlot.

Par Nadim Février

J’ai le cœur lourd. Je me souviens d’une journée de 2018. J’avais croisé Michel Pinçon et Monique Pinçon Charlot en gilets jaunes, place de la Bastille à Paris. Je me souviendrai toujours de l’humilité de celui qui a tant donné pour démasquer la grande bourgeoisie, bataille qu’on essaie modestement de poursuivre à l’insoumission. Un monument de la lutte des classes s’en va. Un homme qui s’est battu avec sa compagne, à un moment où l’immense majorité des intellectuels français avaient enterrés Marx. Ils ont participé tous les deux à ma formation intellectuelle, de Pierrot Bourdieu à Karlito Marx, à l’amour de la sociologie. Et en plus d’une humilité ! Toujours à mettre en avant celles et ceux qui ne se mettent jamais en avant. Les invisibles d’en bas comme ceux d’en haut. Très forte pensée pour tes proches Michel, ton combat continue.

Hommage à Michel Pinçon
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commentaires

A
" les injustices, qu’elles soient sociales, économiques, et surtout symboliques, celles dont il a le plus souffert lui-même »<br /> On se tromperait si on affirmait que les injustices sociales et économiques seraient moins violentes que les injustices symboliques mais si les 2 premières conditionnent la troisième, cette dernière se manifeste par une violence sourde dont les braises sont permanentes. Celui qui subit cette violence symbolique n'en sera jamais guéri même si sa condition sociale s'est améliorée et même s'il en a été de même pour sa culture. On ne dira jamais assez comment la culture reste une arme de distinction sociale d'autant plus quand elle est héritée. On n'en sort jamais de son origine sociale malgré ses acquis et le poids d'une hiérarchie court toute le long de notre vie même si nous la trouvons injustifiée. Il ne s'agit pas de dire que nous ne la trouvons pas insupportable ou que nous ne sommes pas dupes de sa facticité mais il traîne toujours un tropisme dont il est difficile de se défaire. <br /> On peut à ce sujet évoquer ce qui fait l'actualité du jour, l'attribution du prix Nobel de littérature à Annie Ernaux et le thème récurrent des transclasses. <br /> Alors de même que la colère est parfois ( il faut bien insister sur le mot parfois ) la seule issue pour celui qui se trouve dans une impasse psychologique, les révoltes sociales sont aussi l'expression irrépressible contre un mépris devenu insupportable.<br /> Autant Monique Pinçon-Charlot manifeste une aisance dans l'expression orale autant ça ne l'était pas pour Michel Pinçon. Pour cette raison c'est elle qui devait se coltiner les plateaux télé mais quand il y était il en ressortait une modestie qui le rendait encore plus attachant.<br /> Sinon il faut lire leurs livres car on y voit comment ce qui peut paraître théorique a des effets inégalitaires très concrets. Je pense, entre autres, à l'exemple du périphérique parisien qui, sur la totalité de son parcours est seulement recouvert dans sa section ouest au voisinage des quartiers huppés, pour en diminuer les nuisances sonores ou bien encore comment la loi littorale sensée d'intérêt général a permis à des propriétaires argentés de se prémunir de voisinages encombrants et de valoriser leurs biens. Il a également l'exemple des ports francs suisses juste derrière la frontière où dans des hangars immenses hyper sécurisés les personnes les plus fortunées de la planète entreposent de plus en plus d’œuvres d’art. Discrets, ces bâtiments permettent d’éviter de payer certains impôts. <br /> Étonnement ces fraudes fiscales font moins l'actualité que certaine fraudes sociales.
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